Égypte: après les attentats, l’armée veut éradiquer le « terrorisme » dans le Sinaï

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Un bâtiment de la police visé par un attentat le 12 avril 2015 à El-Arish dans le Sinai. (Archives/AFP)
Un bâtiment de la police visé par un attentat le 12 avril 2015 à El-Arish dans le Sinai. (Archives/AFP)

L’Egypte se disait jeudi déterminée à éradiquer les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) dans la péninsule du Sinaï, au lendemain d’une vague d’attentats sans précédent qui a fait des dizaines de morts, dont des militaires.

Mais les opérations de l’armée, lancées il y a deux ans dans le Sinaï (est), ont été jusqu’à maintenant incapables d’enrayer les attaques visant les forces de l’ordre et qui se sont multipliées depuis la destitution par les militaires du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013.

Il s’agit du second coup dur pour les autorités en l’espace de deux jours, après l’assassinat lundi au Caire du procureur général d’Egypte dans un attentat à la bombe, le plus haut représentant de l’Etat à être tué depuis 2013.

Après cette attaque, qui n’a pas encore été revendiquée, le président Abdel Fattah al-Sissi a promis une législation antiterroriste plus dure et dès mercredi, le gouvernement a approuvé une nouvelle loi qui doit « offrir une justice rapide et venger nos martyrs », selon un communiqué.

Mercredi, des dizaines de combattants affiliés à l’EI ont lancé une série d’attaques coordonnées contre plusieurs positions de l’armée, dans le nord de la péninsule.

Des affrontements sans précédent ont ensuite éclaté entre soldats et jihadistes dans la localité de Cheikh Zouweid, tandis que les chasseurs F-16 de l’armée ont bombardé des positions de l’EI.

L’armée a fait état de 17 soldats tués et 100 jihadistes abattus dans les violences. Mais des responsables avaient auparavant annoncé la mort de 70 soldats et civils.

« Nous sommes déterminés à arracher les racines du terrorisme noir et nous ne nous arrêterons pas avant d’avoir purifié le Sinaï des foyers terroristes », a affirmé dans la nuit de mercredi à jeudi l’armée dans un communiqué.

Son porte-parole a publié des dizaines de photos sur sa page Facebook montrant les cadavres ensanglantés de « terroristes ».

La presse égyptienne a largement relayé ces photos, affichant dans son immense majorité son soutien aux militaires: « Revanche » titrait ainsi le quotidien étatique Al-Akhbar. « La victoire ou le martyre », affirmait le quotidien étatique Al-Gomhoureya.

Dans un communiqué, la Maison Blanche a condamné les attaques du Sinaï, assurant que les Etats-Unis « continueraient d’assister l’Egypte face aux menaces touchant sa sécurité ».

Affrontements « inédits »

Les jihadistes disent agir en représailles à la sanglante répression qui s’est abattue sur les pro-Morsi, et dans laquelle plus de 1.400 personnes, en majorité des manifestants islamistes, ont été tuées.

Des milliers d’autres sympathisants ont également été emprisonnés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs qualifiés par l’ONU de « sans précédent dans l’histoire récente » du monde.

Les derniers attentats interviennent alors que l’Egypte marque vendredi le deuxième anniversaire de la destitution de M. Morsi par M. Sissi, à l’époque chef de l’armée.

Ils ont été revendiqués par le groupe « Province du Sinaï » qui a précisé que trois kamikazes avaient participé aux assauts contre une quinzaine de barrages de l’armée.

Se faisant autrefois appeler Ansar Beït al-Maqdess, ce groupe a changé de nom pour bien marquer son allégeance à l’EI qui a proclamé il y a un an un « califat » sur les territoires conquis en Irak et en Syrie.

L’une des attaques de mercredi, menée avec une voiture piégée contre un check-point au sud de Cheikh Zouweid, près d’Al-Arich, chef-lieu du Nord-Sinaï, a coûté la vie à quinze soldats.

Avant de se retirer, les jihadistes ont miné les abords d’un commissariat du Cheikh Zouweid pour empêcher l’arrivée de renforts, prenant position sur les toits des immeubles alentours pour attaquer le bâtiment avec des lance-roquettes.

« Durant des heures, les terroristes se déplaçaient librement dans les rues », a raconté à l’AFP Aymen Mohsen, un habitant de Cheikh Zouweid qui a assisté aux combats.

Les affrontements et les attaques « sont inédits et uniques à la fois par leur intensité, leur nombre, leur qualité et leur force de frappe », a estimé Mathieu Guidère, spécialiste français des mouvements jihadistes.

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