Élections ou pas, le contrat de 55 M $ des radars mobiles de Bagotville et Cold Lake annulé

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Le radar mobile Ground Master 400 de Thales Raytheon Systems monté sur un camion blindé. (Thales)
Le radar mobile Ground Master 400 de Thales Raytheon Systems monté sur un camion blindé. (Thales)

Alors qu’à l’approche des élections, le gouvernement fédéral inonde les médias de communiqués annonçant jusqu’au plus minuscule contrat (hier matin, le ministre des Anciens combattants annonçait un soutien de 7.500 $ à l’Association de la Force aérienne du Canada), un autre achat militaire, de plusieurs millions de dollars, lui, a déraillé, rapporte la télévision publique canadienne.

Le gouvernement Harper met fin à son contrat avec Thales Canada Ltd., qui devait fournir de nouvelles unités mobiles de radar Ground Master 400 pour soutenir les escadrons de CF-18 à Cold Lake, en Alberta, et à Bagotville, au Québec.

Le Ground Master 400, fabriqué par Thales Raytheon Systems est un radar de défense aérienne 3D à longue portée, offrant une capacité de détection à très haute ou à très basse altitudes. Il suit un grand nombre de cibles, aussi bien des avions tactiques très manœuvrables volant à très basse altitude que des cibles non conventionnelles à petite surface équivalente radar comme les drones ou les missiles de croisière, assurant ainsi vue aérienne globale.

Le système peut être mis en place par une équipe de quatre hommes en 30 minutes et peut être commandé à distance. Le système tient dans un conteneur de 6 mètres et pèse moins de dix tonnes. Le système peut être déployée rapidement monté sur un camion tactique et peut être transporté par un seul aéronef C-130 ou un hélicoptère.

L’architecture de la gamme Ground Master (GM) repose sur des composants de base et des interfaces communs, un concept à faisceaux étagés et une technique numérique de mise en forme des faisceaux assurant une couverture complète en portée et en altitude, explique Thales. Pour faciliter la maintenance, les radars GM peuvent être contrôlés à distance par un protocole standard renforcé par des solutions électroniques.

L’accord d’une valeur de 55 millions de $ pour les systèmes radar tactique avait été signé en novembre 2010 avec les premières livraisons en 2013.

Des documents du département de la Défense montrent que les coûts avaient augmenté de plus de 78 millions $ en 2013 et, depuis novembre 2014, le ministère des Travaux publics négociaient avec Thales pour résoudre les problèmes.

« En février 2015, le Canada et Thales ont conclu un accord de principe pour mettre fin à ce contrat par consentement mutuel », a déclaré la porte-parole des Travaux publics (TPSGC), Annie Trepanier, citée par la télévision publique canadienne.


Thales GROUND Master 400 (Thales)

Discussions finales toujours en cours

Les négociations pour un accord final pour mettre fin au contrat sont toujours en cours, et on ne sait rien pour l’instant sur les pertes pour le contribuable causées par les pénalités qu’Ottawa sera fort probablement amené à verser à l’entreprise, ni sur le motif exact de la résiliation.

« Travaux publics travaille avec le MDN [ministère de la Défense nationale] pour identifier une voie appropriée à la rencontre de leur capacité à long terme a besoin sur ce projet », s’est contenté de déclaré la porte-parole de TPSGC.

De son côté, un porte-parole pour Thales Canada, Siegfried Usal, a confirmé il y a un accord de principe avec Travaux publics de mettre fin au projet. »Aucune résolution finale n’a encore été négocié, donc Thales fera aucun autre commentaire à ce sujet, » a-t-il déclaré dans un courriel.

Documents de la Défense nationale indiquent toutefois que les Forces armées canadiennes avaient quant à elles déjà dépensé 6,5 millions d$ pour le projet maintenant annulé.

L’accord pour deux radars de défense aérienne Ground Master 400, un produit lancé par Thales en 2008, prévoyait de remplacer l’équipement existant acquis en 1991.

Douce ironie, «Les investissements de notre gouvernement contribuent à faire en sorte que nos aviateurs et les femmes ont de l’équipement à jour et les infrastructures nécessaires pour accomplir leurs missions », avait alors déclaré le ministre de la défense de l’époque, Peter MacKay, lors de l’annonce du contrat en 2011.

Et pendant tout ce temps, les ministres et députés conservateurs se promènent en annonçant le moindre petit bout « d’investissement », même lorsqu’il s’agit en apparence de travaux de maintenance qui vont de soi.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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