Infrastructures de défense: c’est la pluie d’annonces

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La base des Forces canadiennes Gagetown, au Nouveau-Brunswick. (page Facebook de la 5e Division du Canada)
La base des Forces canadiennes Gagetown, au Nouveau-Brunswick. (page Facebook de la 5e Division du Canada)

Des 5,8 milliards $ en « nouveaux » investissements fédéraux pour des infrastructures, la Défense nationale reçoit 452 M$ pour la rénovation et la modernisation des installations des Forces armées canadiennes, affirme Ottawa.

Mais Ottawa utilise le mot « investissement » aussi bien pour la réparation d’une toilette qui fuit que pour des améliorations ou des ajouts qui accroissent la valeur des infrastructures. Si bien qu’on ne sait plus sur cette question. si on avance, on recule et on se maintient.

Comme la quasi-totalité des 452 millions de $ serviront à réparer ou mettre à niveau des installations des Forces armées canadiennes, ne parler que d’investissement peut être trompeur.

Quand on entend « investissement », on pense tout de suite à des acquisitions ou à des améliorations durables qui permettront d’être plus performant et ajouteront à ce que nous possédons déjà. Il est communément admis qu’un investissement  sert à accroître véritablement le capital d’une entreprise ou d’une collectivité, mais, dans ce cas-ci, beaucoup de ces « investissements » visent plutôt simplement à conserver la valeur de ce que nous possédons déjà.

On compte jusqu’au dernier clou

À l’approche des élections, le gouvernement conservateur ne cesse d’annoncer le moindre clou qu’il achète, achètera ou a l’intention d’acheter pour les militaires ou les anciens combattants. Il devient alors difficile de distinguer les véritables investissements accroissant la valeur des infrastructures des simples dépenses pour les maintenir en état et, en étourdissant les Canadiens d’annonces, se créent forcément des amalgames trompeurs.

La moindre des petites réparations à un manège militaire au pays est annoncée en grande pompe. Tout, absolument tout, semble faire l’objet d’un communiqué.

Seulement hier, coup sur coup, trois annonces claironnant des « investissements » qui, de toute évidence, maintiendront pour la plupart la valeur des infrastructures mais ne l’accroîtront pas.

  • annonce d’1 million de $ d’ »investissement  » au manège militaire de Trail (C.-B.) sur deux  ans pour le remplacement de fenêtres, de portes ainsi que des améliorations aux systèmes de chauffage, de ventilation, d’’air conditionné’ et de sécurité-incendie, et aux salles de bains, également des travaux de peinture aux murs extérieurs.

Toujours le 13 juillet 2015

  • annonce d’un investissement de 280 000 $ dans des travaux de réparation et de modernisation au manège militaire du sergent Frederick Hobson, V.C., à Simcoe d’une valeur de 280 000 $ prévoyant notamment le remplacement du toit et de l’éclairage de secours, l’installation de gicleurs et d’autres améliorations.

Encore le 13 juillet 2015

  • annonce d' »investissement » de 540 000 $ à Chatham pour des réparations et à des améliorations à l’éclairage de secours, aux systèmes de chauffage et de ventilation, et à la toiture du manège militaire de Chatham.

Le communiqué annonçant ces travaux précise bien que cet argent est dépensé « pour assurer que le bâtiment continue à respecter les normes et demeure dans le meilleur état possible ».

On ajoute pas nécessairement aux infrastructures existantes, on ne fait parfois que « les garder debout ».

Annonce importante ou pas

Les annonce se multiplient à un rythme tel que lors de la dernière annonce portant sur les infrastructures, aujourd’hui, le gouvernement a cru bon de préciser dans le titre du communiqué que, cette fois, l’annonce était importante.

Cette annonce portait sur trois projets pour la 5 Div CA Gagetown comprenant des travaux d’ »amélioration » aux logements militaires (4 millions de dollars) et des logements résidentiels (16 millions de dollars), ainsi que des travaux d’enlèvement de la moisissure (1,1 million de dollars).

Et bien sûr, comme dans toutes les annonces du genre, le communiqué soulignait que « Ce projet aidera aussi à créer des emplois et assurer la prospérité économique » de la province où il le projet se réalisera.

Mais, quand les Canadiens lisent que le gouvernement fédéral investit, pensent-ils  vraiment à l’enlèvement de moisissure qui, bien que nécessaire, n’est pas nécessairement un « investissement » dans les infrastructures propre à susciter enthousiasme et applaudissements?

Il y a manifestement une différence entre ce qu’Ottawa appelle un investissement et ce que ce mot évoque pour les Canadiens. Un simple citoyen affirmera « J’ai investi dans ma propriété, cette année je me suis fait creuser un piscine »,  mais, s’il a du payer des travaux d’enlèvement de moisissure, il dira plutôt « J’ai du ‘dépenser’ pas mal d’argent cette année pour cette satanée moisissure ».

Pour Ottawa, tout ça est sous la rubrique « investissement ».

Et pendant ce temps, des projets d’acquisition stagnent ou déraillent

Mais, pendant que le gouvernement fédéral inondait les médias de communiqués annonçant jusqu’au plus minuscule contrat, déraillait un autre achat militaire important, un projet d’acquisition de 55 millions $ millions de dollars, lui.

On apprenait en effet cette semaine que le gouvernement Harper mettait fin à son contrat avec Thales Canada Ltd., qui devait fournir de nouvelles unités mobiles de radar Ground Master 400 pour soutenir les escadrons de CF-18 à Cold Lake, en Alberta, et à Bagotville, au Québec.

Quoi qu’il en soit, pour en revenir aux infrastructures, nul doute que dans les milliards annoncés par le gouvernement conservateur il y a de véritables investissements, mais ce ne sont pas tous les millions annoncés depuis quelques mois qui créent de la valeur.

Interrogé lors d’une conférence de presse (justement pour annoncer un autre de ces fabuleux « investissement », l’attaché de presse d’un ministre que nous ne pouvons citer nommément, a bien voulu admettre qu’il s’agissait dans bien des cas de travaux aux infrastructures, certes, mais pas d’ajouts ou d’amélioration. Mais, a-t-il a expliqué,le choix du mot « investissement » était dicté par les impératifs de la communication: « Le mot dépense est si…négatif! ».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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