La Turquie autorise la Coalition à utiliser sa base d’Incirlik et bombarde elle-même des positions de l’EI en Syrie

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Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu (c) préside le 23 juillet 2015 un réunion du comité de sécurité à Ankara. (Bureau du Premier ministre turc/AFP/Hakan Goktepe)
Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu (c) préside le 23 juillet 2015 un réunion du comité de sécurité à Ankara. (Bureau du Premier ministre turc/AFP/Hakan Goktepe)

Complet retournement de la Turquie dans la lutte au groupe armé l’État islamique.La Turquie a bombardé jeudi des positions du groupe État islamique (EI) en Syrie en riposte à la mort d’un de ses soldats, tué par des tirs djihadistes, trois jours après un attentat suicide meurtrier attribué par Ankara aux djihadistes et a, en outre, autorisé Washington à utiliser plusieurs de ses bases, dont Incirlik, pour combattre l’EI

Dans un climat de forte tension, exacerbé encore davantage par l’assassinat d’un autre policier soupçonné de collaborer avec l’EI dans la grande ville kurde de Diyarbakir (sud-est), ce bombardement par l’artillerie constitue le plus grave incident armé entre les forces de sécurité turques et l’EI depuis que le mouvement radical a pris le contrôle de larges parties du territoire syrien il y a un an.

L’incident s’est produit lorsqu’un groupe de cinq djihadistes a ouvert le feu sur un poste avancé de l’armée turque à la frontière, près de Kilis (sud). Un sous-officier a été tué et deux autres militaires blessés, a indiqué l’état-major dans une déclaration.

Conformément à ses règles d’engagement, l’armée turque a immédiatement riposté en bombardant le territoire syrien. Des chars ont ouvert le feu sur les positions de l’EI, tuant un de ses combattants et endommageant trois véhicules, selon l’armée.

Cette confrontation directe intervient dans la foulée de l’attentat suicide commis lundi à Suruç (sud), qui a fait 32 morts et une centaine de blessés parmi un groupe de jeunes militants de gauche partisans de la cause kurde qui souhaitaient participer à la reconstruction de la ville syrienne de Kobané.

Les autorités turques ont identifié un jeune Turc de 20 ans, Seyh Abdurrahman Alagöz, comme le « kamikaze ». Selon les médias locaux, il a effectué un séjour en Syrie dans les rangs de l’EI.

Cette attaque a suscité l’indignation et la colère de la communauté kurde de Turquie, qui reproche au gouvernement islamo-conservateur d’Ankara d’avoir fermé les yeux sur les activités de l’EI sur son sol, principal point de passage du matériel et des recruesdjihadistes vers la Syrie.

Jeudi, la police turque a été la cible d’une nouvelle attaque.

Ankara autorise Washington à utiliser la base d’Incirlik pour combattre l’EI

En outre, la Turquie a accepté de laisser des avions de la Coalition dirigée par les Américains d’utiliser plusieurs de ses bases, notamment de sa base d’Incirlik proche de la frontière syrienne, pour mener des bombardements contre l’État islamique (EI), rapporte Le Wall Street Journal dans son édition d’aujourd’hui, citant des officiels du ministère de la défense américain s’exprimant sous couvert d’anonymat.

La Turquie a été souvent accusée de laisser les djihadistes de l’EI et leur matériel traverser son territoire en toute liberté.

Privilégiant la lutte contre le régime de Bachar Al-Assad, la Turquie, pourtant membre de l’OTAN, avait jusqu’à maintenant limité son engagement au strict minimum dans la coalition internationale menée par les États-Unis contre l’EI depuis le début des bombardements, en septembre. Elle s’opposait notamment depuis septembre à ce que les avions américains puissent utiliser sa base stratégique d’Incirlik, située à 200 kilomètres de la frontière syrienne, dans la région d’Adana.

Mais l’attentat de Suriç a changé la donne. Les présidents Barack Obama et Recep Tayyip Erdogan se sont parlé mercredi, selon la Maison Blanche, citée par le quotidien économique américain. L’utilisation d’Incirlik, promise pour des avions avec et sans pilotes, ferait partie d’un accord aux contours plus larges entre les deux pays qui vise à approfondir leurs relations dans la lutte contre l’EI.

L’accès aux bases turques devrait augmentera de beaucoup l’efficacité opérationnelle de la coalition. Dans le cas d’Incilik, Washington demandait d’ailleurs, depuis plusieurs mois à Ankara le droit d’utiliser cette base.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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