La Turquie déclare la guerre à l’EI et effectue un premier raid aérien contre des positions djihadistes

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Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, lors d'une conférence de presse à Ankara le 15 juillet 2015. (Adem Altan/AFP)
Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, lors d’une conférence de presse à Ankara le 15 juillet 2015. (Adem Altan/AFP)

La Turquie s’est résolument engagée dans la lutte contre le groupe armé État islamique (EI) en menant vendredi son premier raid aérien contre des positions djihadistes en Syrie, quatre jours après un attentat-suicide meurtrier attribué au mouvement radical.

Peu avant 4 h (21 h, heure de Montréal), trois chasseurs F-16 de l’armée de l’air turque ont bombardé en territoire syrien trois objectifs tenus par les djihadistes. L’opération s’est déroulée dans la zone frontalière qui fait face à la ville turque de Kilis (sud).

Jeudi, des combattants djihadistes avaient ouvert le feu depuis la Syrie sur un poste frontalier de l’armée turque de cette région, tuant un sous-officier et blessant deux soldats, selon l’état-major turc.

Des chars turcs ont immédiatement riposté en ouvrant le feu sur une position djihadiste, tuant un de ses combattants et endommageant trois véhicules.

Cette confrontation directe intervient dans la foulée de l’attentat-suicide commis lundi à Suruç (sud), qui a fait 32 morts et une centaine de blessés parmi un groupe de jeunes militants de gauche partisans de la cause kurde qui souhaitaient participer à la reconstruction de la ville syrienne de Kobané.

Les autorités ont identifié un jeune Turc de 20 ans, Seyh Abdurrahman Alagöz, comme le «kamikaze». Selon la presse, il avait effectué un séjour en Syrie dans les rangs de l’EI.

Depuis l’attentat de Suruç, le gouvernement islamo-conservateur d’Ankara, longtemps accusé de complaisance envers l’EI, a clairement renforcé sa lutte contre les djihadistes.

Selon un responsable militaire américain, Ankara a ainsi enfin autorisé les États-Unis à utiliser plusieurs de ses bases aériennes, dont celle d’Incirlik (sud), pour mener des raids aériens contre des cibles du groupe État islamique en Syrie ou en Irak.

Sécurité renforcée

Le feu vert des Turcs, sollicité de longue date par Washington, a été officialisé au lendemain d’un long entretien téléphonique des président turc Recep Tayyip Erdogan et américain Barack Obama.

La Turquie était jusque-là restée l’arme au pied face à l’EI. Elle avait refusé d’intervenir militairement en soutien aux milices kurdes de Syrie, par crainte de voir se constituer une région autonome hostile dans le nord de ce pays.

«La République de Turquie est déterminée à prendre toutes les précautions pour défendre la sécurité nationale», a répété vendredi le bureau du premier ministre Ahmet Davutoglu, au lendemain d’une nouvelle réunion du gouvernement avec les chefs militaires et des services de sécurité ou de renseignement.

Selon le quotidien Hürriyet citant des responsables turcs, le gouvernement envisage aussi de déployer des dirigeables au-dessus des 900 km de sa frontière syrienne et de doubler celle-ci par un mur afin d’empêcher les mouvements des djihadistes. La Turquie constitue le principal point de passage des recrues djihadistes vers la Syrie.

Les autorités turques ont également lancé vendredi matin dans tout le pays un coup de filet sans précédent contre des membres présumés de l’EI.

Ce raid a également visé des cibles des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont revendiqué le meurtre de deux policiers mercredi à Ceylanpinar, à la frontière syrienne, en riposte à l’attentat de Suruç.

Raid antiterroriste

le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a également indiqué que 297 personnes soupçonnées de liens avec des « groupes terroristes », militants de l’EI, kurdes ou d’extrême gauche, avaient été arrêtées vendredi par la police dans treize province du pays. Parmi ceux-ci figurent 37 ressortissants étrangers, a-t-il précisé.

Une militante d’extrême gauche a été tuée lors d’une fusillade avec la police dans un quartier d’Istanbul, a rapporté l’agence progouvernementale Anatolie. Elle faisait partie du Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), un groupuscule marxiste auteur de nombreux attentats en Turquie.

L’attentat-suicide de Suruç a suscité la colère de la communauté kurde de Turquie, qui reproche au gouvernement islamo-conservateur d’Ankara d’avoir fermé les yeux sur les activités de l’EI sur son sol.

Ankara a toujours catégoriquement réfuté les allégations de complaisance avec les groupes extrémistes qui combattent le régime de Damas, sa bête noire.

Jeudi encore, un policier turc a été tué et un autre grièvement blessé par deux hommes masqués dans la grande ville à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est). Les funérailles de la victime de cette attaque, qui n’a pas été revendiquée, ont eu lieu vendredi.

L’attentat de Suruç a suscité la colère de la communauté kurde de Turquie, qui reproche au gouvernement d’Ankara d’avoir fermé les yeux sur les activités de l’EI sur son sol.

L’attaque du PKK a ravivé les risques de débordement en Turquie de la guerre qui oppose les milices kurdes aux djihadistes sur le sol syrien.

Une organisation proche des rebelles kurdes de Turquie a ainsi affirmé sur son site internet avoir tué mardi soir à Istanbul un commerçant présenté comme un membre du groupe EI. «Les meurtriers de Suruç rendront des comptes», a écrit le Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H).

De nombreux manifestants, notamment kurdes, défilent chaque jour dans les villes du pays pour dénoncer la politique syrienne de M. Erdogan. Le principal parti kurde de Turquie a appelé à un grand rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

Les opérations contre l’EI et vont se poursuivre promet le premier ministre

Les opérations engagées vendredi par l’armée et la police turques contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) et les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) vont continuer, a annoncé le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

« Les opérations commencées aujourd’hui ne sont pas ponctuelles, elles vont se poursuivre », a déclaré à la presse M. Davutoglu, après les raids aériens qui ont frappé des cibles jihadistes en Syrie et le raid lancé contre des membres de l’EI et du PKK dans tout le pays.

« L’opération menée contre l’EI a rempli son objectif et ne s’arrêtera pas », a-t-il insisté.

« Je le dis ici très clairement, il n’est pas question pour la Turquie de prendre part à la guerre qui dure depuis quatre ans en Syrie », a-t-il souligné, « mais nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour protéger nos frontières ».

« Le moindre mouvement menaçant pour la Turquie entraînera la plus sévère des réactions », a prévenu le chef du gouvernement.

M. Davutoglu a également indiqué que, contrairement à certaines informations, son pays n’avait pas prévenu le régime de Damas des frappes aériennes conduites tôt vendredi matin contre l’EI à l’interieur de son territoire. Ces informations sont « sans fondement », a-t-il dit.

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