Kaboul annonce la mort du mollah Omar, chef suprême des talibans

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Le Mollah Omar fut le chef d'état des talibans et de l'Afghanistan de 1996 à 2001. (capture d'écran)
Le Mollah Omar fut le chef d’état des talibans et de l’Afghanistan de 1996 à 2001. (capture d’écran)

Les autorités afghanes ont annoncé mercredi soir la mort du mollah Omar, le chef suprême des talibans en fuite depuis 2001 et dont l’absence risque d’accentuer les divisions au sein de l’insurrection islamiste quant à la poursuite ou non du processus de réconciliation avec le gouvernement de Kaboul.
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Mise à jour au 29/07/2015 à 16h16

La Maison Blanche a jugé mercredi que les informations sur la mort du mollah Omar, annoncée par les autorités afghanes, étaient crédibles, sans toutefois les confirmer elle-même.

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Depuis la chute des talibans à la suite de l’intervention d’une coalition dirigée par les États-Unis dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, des rumeurs ont régulièrement fait état du décès du mollah Omar, qui a, selon des sources concordantes, trouvé refuge au Pakistan voisin après la chute de son régime.

Mercredi, à deux jours d’un nouveau cycle de discussions prévu entre Kaboul et les talibans visant à pacifier l’Afghanistan, un pays endeuillé par près de 14 années consécutives de guerre, des responsables afghans ont officiellement annoncé la mort de celui que ses fidèles nomment « le commandeur des croyants ».

« Le mollah Omar est mort. Il est mort dans un hôpital de Karachi (sud du Pakistan) en avril 2013 (…) dans des circonstances mystérieuses », a dit à l’AFP Haseeb Sediqi, le porte-parole des services secrets afghans, le NDS, venant confirmer à micro ouvert ce que des responsables afghans suggéraient jusque-là à mots couverts.

Un haut responsable du gouvernement afghan avait ainsi déclaré sous couvert d’anonymat à l’AFP que le chef des talibans était « mort de maladie il y a deux ans et avait été enterré » dans le sud de l’Afghanistan, sa région d’origine. Selon lui, ce décès a également été confirmé au gouvernement afghan par des responsables pakistanais.

« Selon mes informations, il est mort », a aussi confié un responsable taliban sous couvert d’anonymat, ajoutant ne pas avoir de détails sur les causes et la date exactes de son décès.

Les talibans n’ont officiellement ni confirmé ni démenti la mort de leur chef, qui n’a pas été vu en public depuis 2001 et dont le mutisme pèse sur une rébellion divisée au moment où elle commence à rencontrer le gouvernement afghan en vue de négociations de paix.

Les autorités afghanes ont longtemps accusé le Pakistan de téléguider les talibans, en lutte contre les forces de l’Otan et leurs alliés afghans, ou de « garder sous la main » des cadres de la rébellion afin de les utiliser à un moment jugé opportun par Islamabad.

Début juillet, le Pakistan a organisé à Murree, cité touristique sur les hauteurs de la capitale Islamabad, une première rencontre officielle entre des cadres talibans et des représentants du gouvernement de Kaboul afin de mettre sur les rails des pourparlers de paix.

Divisions au sein des talibans

Or, l’annonce du décès du mollah Omar, qui avait hébergé en Afghanistan l’architecte des attentats du 11-Septembre, Oussama Ben Laden, risque de compliquer la poursuite du dialogue à deux jours à peine d’une deuxième série de discussions prévue entre Kaboul et les talibans.

« Cette nouvelle va certainement affecter les pourparlers », a déclaré à l’AFP Rahimullah Yusufzai, expert de la mouvance talibane. « Si leur chef suprême est bien mort, les talibans risquent de se diviser sur les pourparlers (…) il faudra même savoir si les discussions prévues auront bien lieu », a-t-il ajouté.

Le dernier message attribué au discret mollah Omar était un communiqué écrit envoyé à la mi-juillet juste avant l’Aïd el-Fitr, la fête qui marque la fin du mois de jeûne du ramadan, dans lequel il donnait son assentiment implicite au dialogue avec Kaboul, jugeant que les « contacts pacifiques avec les ennemis ne sont pas interdits ».

Ces derniers mois, de nombreux commandants talibans exigeant des preuves attestant que leur chef était bien en vie, ou simplement hostiles à un rapprochement avec les autorités de Kaboul, ont quitté les rangs du mouvement pour faire allégeance à l’organisation Etat Islamique (EI) qui cherche à étendre à l’Afghanistan son califat proclamé sur des pans entiers des territoires de la Syrie et de l’Irak.

Les talibans ont toujours officiellement posé comme préalable à toute négociation le retrait d’Afghanistan de l’ensemble des soldats de l’Otan, qui après avoir été plus de 140.000 vers 2010 ne sont aujourd’hui plus que 12.500, chargés de former et d’assister les forces gouvernementales face aux rebelles.

Mais ces derniers sont éparpillés, entre la nouvelle génération de commandants qui continuent de se battre sur le terrain, et les anciens cadres du mouvement exilés depuis 2001, eux-mêmes divisés.

Les premiers contacts avec Kaboul ont ainsi mis en lumière de profonds différends entre des cadres talibans en exil au Pakistan, et ceux du « bureau politique » en exil au Qatar et qui accusent les premiers d’être téléguidés par le gouvernement pakistanais.

Les contacts n’ont pour l’heure eu aucun effet positif sur le terrain, où les talibans ont intensifié leurs attaques contre les forces afghanes et multiplié les accrochages avec leurs nouveaux rivaux islamistes de l’EI.

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