Omar Khadr est condamné au civil aux États-Unis à verser 134 M$US à deux soldats américains

0
Emprisonné pendant des années en prévention à Guantanamo, Omar Khadr a finalement plaidé coupable notamment de meurtre, en 2010, en vertu d'une entente qui lui permettait de purger encore huit ans de prison dans un pénitencier canadien. (Bowden Institution)
Emprisonné pendant des années en prévention à Guantanamo, Omar Khadr a finalement plaidé coupable notamment de meurtre, en 2010, en vertu d’une entente qui lui permettait de purger encore huit ans de prison dans un pénitencier canadien. (Bowden Institution)

Une Cour fédérale américaine a condamné Omar Khadr, l’ex détenu canadien de Guantánamo transféré ici pour purger le reste de sa peine et libéré sous caution en mai dernier, à verser 134,2 millions $ US dans le cadre d’une poursuite civile intentée au nom d’un soldat tué et d’un autre blessé en Afghanistan, en 2002, rapporte l’Associated Press.

La Cour fédérale en Utah a rendu son jugement par défaut, puisqu’Omar Khadr n’avait pas répondu à la poursuite. L’avocate des plaignants, Laura H. Tanner, du cabinet Winder and Counsel de Salt lake City, a admis qu’il sera difficile de faire respecter ce jugement, mais elle s’affaire à trouver un cabinet d’avocats au Canada qui pourra l’aider à recouvrer la somme exigée par le tribunal.

Il faut toutefois replacer ce jugement dans le contexte américain où les condamnations à payer des sommes parfois faramineuses abondent.

La firme de Me Tanner, spécialisée notamment en recouvrement des dommages, a travaillé également de concert avec un consortium de bureaux avocats à travers les États-Unis à recouvrer des dommages contre Al-Qaïda et l’Iran pour les victimes des attaques terroristes du 11 septembre 2001. La Cour fédérale du district de New York a d’ailleurs rendu à ce sujet un jugement 7 milliards $ US contre l’Iran pour son implication dans la facilitation de ces attaques.

Toutefois, compte tenu des difficultés qu’il y a à faire exécuter ce genre de jugement, après avoir eu gain de cause les bénéfices restent plutôt, pour les plaignants, la satisfaction morale d’avoir obtenu une condamnation, et pour les avocats, la publicité que ce genre de cas très médiatisé leur apporte.

Quant à Omar Khadr, après ses 10 années à Guantánamo, il serait assez étonnant qu’il dispose de la coquette somme de 134 millions $ américains.

Khadr pourrait bien poursuivre à son tour

Emprisonné dans la tristement célèbre prison de Guantanamo, Khadr, qui n’avait que 15 ans au moment des faits, avait plaidé coupable, notamment de meurtre, en 2010, en vertu d’une entente qui lui permettait alors de purger sa peine dans un pénitencier canadien.

Omar Khadr, aujourd’hui âgé de 28 ans, qui avait admis qu’il avait lancé la grenade qui a tué le soldat Christopher Speer et blessé son camarade Layne Morris, lors de l’offensive de l’armée américaine en Afghanistan en 2002, n’avait plaidé coupable que pour pouvoir enfin quitter Guantanamo, soutient-il aujourd’hui.

Transféré ensuite dans un pénitencier canadien, il a obtenu plus récemment la permission d’en appeler du jugement de la commission militaire spéciale aux États-Unis

Mais depuis, malgré les jugements de tribunaux américains et l’avis juridique de plusieurs experts aux États-Unis, la section d’appel de la commission militaire n’a toujours pas encore entendu la cause, alors que Khadr, âgé de 28 ans, doit terminer de purger sa peine en octobre 2018.

C’est pour cette raison que, le 7 mai, en attendant la suite des procédures aux États-Unis, d’une extrême lenteur, la juge Myra Bielby de la cour d’appel de l’Alberta a confirmé la remise en liberté sous caution d’Omar Khadr, malgré les vaines tentatives du gouvernement fédéral de bloquer la sortie de prison de l’ancien prisonnier de Guantanamo. Il habite depuis chez son avocat, Dennis Edney, à Edmonton.

Et s’il obtient gain de cause aux États-Unis, Omar Khadr n’exclut pas à son tour d’intenter des poursuites pour toutes ses années de détention dans des conditions déplorables.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.