Photographe brûlé vif en 1986 au Chili : nouvelles arrestations d’ex-militaires

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Le général Augusto Pinochet, mort en décembre 2006, chef de la junte militaire qui s'empara du pouvoir après avoir renversé en 1973 le président socialiste élu  Salvador Allende qui s'est suicidé dans le palais de la Moneda, sous les bombes putschistes. (Archives/AFP)
Le général Augusto Pinochet, mort en décembre 2006, chef de la junte militaire qui s’empara du pouvoir après avoir renversé en 1973 le président socialiste élu Salvador Allende qui s’est suicidé dans le palais de la Moneda, sous les bombes putschistes. (Archives/AFP)

Un juge chilien a ordonné lundi l’arrestation de cinq ex-militaires supplémentaires dans l’enquête sur le meurtre d’un jeune photographe brûlé vif par une patrouille militaire après une manifestation contre la dictature d’Augusto Pinochet, en 1986.

«Le juge Mario Carroza a lancé lundi cinq autres mandats d’arrêt», a indiqué à l’AFP un porte-parole du département de la Justice.

Quatre d’entre eux ont déjà été arrêtés. La semaine dernière, sept anciens militaires avaient été interpellés dans le cadre de cette enquête.

Rodrigo Rojas de Negri, 19 ans prenait des photos d’une manifestation en compagnie de Carmen Gloria Quintana, 18 ans, lorsqu’ils ont été aspergés d’essence et brûlés vifs par des militaires.(Compte Twitter/@adnradiochile)
Il y a presque 30 ans, le photographe Rodrigo Rojas de Negri, 19 ans, exilé aux États-Unis, venait de rentrer au Chili et prenait des photos d’une manifestation dans un quartier populaire en compagnie d’une amie étudiante de 18 ans, Carmen Gloria Quintana.

Interpellés par des militaires, ils avaient été aspergés d’essence et brûlés vifs avant d’être abandonnés dans les environs de Santiago.

La jeune fille, atrocement défigurée, a survécu à ses blessures et vit aujourd’hui à Montréal, mais Rodrigo Rojas est mort après quatre jours d’agonie.

Malgré le témoignage de Carmen Gloria Quintana, la justice n’avait jamais pu démontrer la participation aux faits des militaires unis par un «pacte du silence» organisé par leurs supérieurs.

«L’armée détient beaucoup d’informations qu’elle ne rend pas publiques et a une dette envers l’État. C’est le moment d’assumer sa responsabilité en tant qu’institution», a déclaré Carmen Gloria Quintana à la chaîne Chilevision dimanche soir.

«Il y a des gens qui connaissent la vérité sur de nombreux cas non résolus et le Chili leur demande de suivre l’exemple du soldat Fernando Guzman et d’aider à soulager toute cette douleur», a dit lundi la présidente Michelle Bachelet, elle-même torturée sous la dictature et dont le père a été éliminé par le régime militaire.

Tous les accusés sont d’anciens officiers et sous-officiers. Ils ont été arrêtés à l’issue d’investigations menées après les confessions de l’un d’entre eux, fin 2014.

Dans sa déposition écrite devant la justice, l’ancien militaire Fernando Guzman Espindola, né en 1965, affirme notamment que toutes les déclarations faites par ses ex-compagnons et lui-même lors de l’enquête menée après les faits «sont des mensonges».

Il accuse ensuite la hiérarchie militaire d’avoir fait pression sur eux pour dissimuler la vérité.

Ce crime, survenu dans les dernières années de la dictature (1973-1990), avait suscité une indignation internationale.

L’enquête avait été clôturée initialement dans les années 1990, un seul militaire ayant été accusé pour négligence. Elle avait été rouverte en 2013.

La dictature du général Pinochet a fait plus de 3000 morts et disparus, et 38 000 personnes ont été torturées, selon des organismes de défense des droits de l’homme.

Augusto Pinochet est mort le 10 décembre 2006 sans n’avoir jamais été condamné.

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