Rapport annuel de Washington sur le trafic d’êtres humains: le Canada n’est pas à l’abri

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Les experts estiment que millions de personnes sont victimes du trafic sexuel en Inde. Certains, comme ici sur la photo tirée du Rapport annuel du Département d'État américain sur la traite des êtres humains, sont exploitées dans les bordels de Delhi sur Garstin Bastion, la tristement célèbre "GB" Road. (Department of State)
Les experts estiment que millions de personnes sont victimes du trafic sexuel en Inde. Certains, comme ici sur la photo tirée du Rapport annuel du Département d’État américain sur la traite des êtres humains, sont exploitées dans les bordels de Delhi sur Garstin Bastion, la tristement célèbre « GB » Road. (Department of State)

Les États-Unis ont accusé lundi la Thaïlande, la Russie, l’Iran ou encore la Libye de ne pas lutter suffisamment contre la traite des êtres humains, dans leur rapport annuel sur cet « esclavage moderne » où le Canada, lui, se classe dans la catégorie des pays qui font des efforts louables pour venir à bout de ce fléau, même s’il est lui aussi affligé par ce problème.

La Thaïlande, la Russie, l’Iran et la Libye, tout comme le Venezuela, l’Algérie, la Syrie, le Yémen, la Corée du Nord ou le Zimbabwe étaient déjà l’an dernier au plus bas du classement dressé chaque année par le département d’État et dévoilé par son patron John Kerry.

Ce rapport « ne reflète pas correctement les efforts importants » faits par Bangkok, a réagi le ministère thaïlandais des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les pays relégués en catégorie 3 sont accusés de ne pas respecter les normes internationales et de ne pas faire d' »efforts importants » en la matière. La Russie figure dans cette dernière catégorie, au moins depuis 2013, ce qui avait provoqué la fureur de Moscou à l’époque.

Appel par les États-Unis

La Chine, en revanche, était remontée d’un cran en 2014, au rang 2 « sous surveillance » et y est toujours cette année. Et la Malaisie, qui avait dégringolé l’an passé en queue de peloton, est remontée au niveau de la Chine pour les « efforts significatifs » de Kuala Lumpur pour lutter contre la traite d’êtres humains.

La plupart des pays occidentaux, ceux d’Europe, les États-Unis et l’Australie, mais aussi Israël, Taïwan, le Chili ou l’Arménie, sont dans la première catégorie. Ils sont loués pour leur lutte contre la traite des êtres humains et le respect total des normes internationales.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la traite des êtres humains représente 150 milliards de dollars de bénéfices par an, dont 99 milliards pour l’industrie du sexe. Les Etats-Unis estiment que quelque 20 millions de personnes en sont les victimes.

« La traite d’humains est une insulte à la dignité humaine et une attaque contre la liberté », a souligné John Kerry dans l’introduction du rapport. Il appelle à mener le »combat contre de l’esclavage moderne ».


Le Secrétaire d’État américain, John Kerry, a présenté ce lundi 27 juillet à Washington le rapport annuel du Département d’État américain sur la traite des êtres humains dans le monde publié en juillet 2015.(Department of State)

Le Canada n’est pas à l’abri

Selon le classement du rapport du Département d’État américain, le Canada est, quant à lui, dans la première catégorie, Le Canada loué pour ces efforts, mais la situation est loin d’être parfaite.

Le Canada est tout à la fois une une source, un lieu de transit et un pays de destination pour les hommes, les femmes et les enfants soumis à la traite sexuelle et le travail forcé.

Alors que des femmes, des filles et des garçons, exploitées ici aussi, les femmes et les filles des communautés et autochtones sont particulièrement vulnérables, ainsi que les femmes en provenance d’Asie et d’Europe orientale, note le rapport.

Les victimes de la traite d’être humains comprennent aussi de travailleurs étrangers d’Europe de l’Est, en Asie, en Amérique latine et en Afrique, qui entrent au Canada légalement, mais sont ensuite soumis au travail forcé dans une variété de secteurs, notamment l’agriculture, la construction, les usines de transformation alimentaire, les restaurants, le secteur de l’hôtellerie, ou doivent travailler comme domestiques, y compris dans les ménages diplomatiques

Le Canada, en outre, fournit son contingent de touristes qui voyagent à l’étranger pour avoir des relations sexuelles avec des mineurs.

Par contre, le gouvernement du Canada se conforme parfaitement aux normes internationales pour l’élimination de la traite, souligne le rapport. Et les autorités canadiennes font des efforts constants pour lutter contre les trafiquants du sexe et pour mieux protéger les travailleurs domestiques employés dans les ménages diplomatiques.

En 2014, la police a porté des accusations contre 121 personnes dans 77 cas de traite en vertu des lois sur la traite d’être humains; de ces 77 cas, seulement quatre des 77 cas concernaient le travail forcé.

Les autorités ont aussi, ce qui avait fait grand bruit, engagé des poursuites pénales contre une diplomate étrangère et son conjoint qui avaient réduit en servitude une travailleuse domestique, mais le couple a quitté le Canada avant d’être traduit en justice.

Le bilan canadien pour 2014, 22 condamnations pour trafic sexuel et aucune pour travail forcé , est, si on le compare au reste de la planète, fort honorable, même s’il importe de rester vigilants.

Le plan d’action canadien contre la traite des personnes

Le 6 juin 2012, le gouvernement canadien a lancé le Plan d’action national de lutte contre la traite des personnes, qui comprend quatre éléments fondamentaux : la prévention de la traite des personnes, la protection des victimes, la poursuite des délinquants et le travail en partenariat avec d’autres intervenants sur les fronts autant national qu’international.

Grâce à ce plan d’action national, le Canada

  • a mis sur pied d’une équipe d’application de la loi de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) chargée de mener des enquêtes sur la traite des personnes;
  • a octroyé des fonds pour un certain nombre d’organisations internationales et d’organisations non gouvernementales (ONG) qui collaborent avec des gouvernements pour aborder la question de la traite des personnes, en mettant l’accent sur la prévention, la protection et le rétablissement des victimes de la traite des personnes;
  • a fourni, en vertu du Fonds d’aide aux victimes de Justice Canada, une somme pouvant aller jusqu’à 500 000 $ par année pour soutenir des projets visant à améliorer les services offerts aux victimes de la traite des personnes;
  • a modifié le Règlement pris en application de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés pour offrir une plus grande protection aux travailleurs étrangers temporaires (TET), y compris garantir que les employeurs déploient des efforts raisonnables pour offrir un milieu de travail exempt de toute forme de mauvais traitements;
  • a lancé une campagne nationale de sensibilisation sur la traite de personnes à des fins sexuelles chez les Autochtones vivant à l’intérieur et à l’extérieur des réserves et dans les collectivités rurales et du Nord;
  • a mobilisé la société civile et tous les ordres de gouvernement, et a collaboré avec ces derniers, afin de soutenir l’échange de connaissances, de renforcer les partenariats et d’éclairer l’élaboration de politiques, y compris l’organisation d’un forum national;
  • et a mené des recherches pour mieux comprendre la traite de la main‑d’œuvre et a effectué une étude exploratoire sur la traite des femmes et des filles autochtones.

150727 Trafficking in Persons July 2015 Us Department of Sate

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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