Soulèvement de 2014 à Kiev: l’ambassade du Canada a couvert des manifestants antigouvernementaux

0
Un drapeau ukrainien flotte sur la place de l'Indépendance, à Kiev, le 23 février 2014 (Genya Savilov/AFP)
Un drapeau ukrainien flotte sur la place de l’Indépendance, à Kiev, le 23 février 2014 (Genya Savilov/AFP)

Au cours du soulèvement de l’hiver 2014 qui a conduit à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, l’ambassade du Canada à Kiev a servi de refuge à des manifestants antigouvernementaux durant plusieurs jours, rapporte La Presse Canadienne sous la plume de Murray Brester.

L’inviolabilité des ambassades est garantie par l’article 22 de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Les agents de l’État hôte n’ont pas le droit d’y pénétrer sans l’accord du chef de la mission, ce qui a alors permis aux manifestants réfugiés à l’ambassade canadienne, dont certains avaient commis des actes violent, d’échapper toute une semaine à la police qui les pourchassait.

Art. 22 de la convention de Vienne

1. Les locaux de la mission sont inviolables. Il n’est pas permis aux agents de l’Etat accréditaire d’y pénétrer, sauf avec le consentement du chef de la mission.
2. L’Etat accréditaire a l’obligation spéciale de prendre toutes mesures appropriées afin d’empêcher que les locaux de la mission ne soient envahis ou endommagés, la paix de la mission troublée ou sa dignité amoindrie.
3. Les locaux de la mission, leur ameublement et les autres objets qui s’y trouvent, ainsi que les moyens de transport de la mission, ne peuvent faire l’objet d’aucune perquisition, réquisition, saisie ou mesure d’exécution.

La Presse Canadienne dit avoir a passé plusieurs mois à reconstituer la chaîne d’événements entourant cet incident qui a débuté le 18 février 2014, au plus fort des violentes répressions contre les manifestants ukrainiens pro-Européens. Une brèche de sécurité dont lw gouvernement fédéral n’a « jamais pleinement reconnu à ce jour la portée et l’étendue de cette brèche de sécurité, même si elle a eu « d’importantes conséquences sur la manière dont les Canadiens sont perçus dans la région », écrit le journaliste chevronné.

Selon de multiples sources à Kiev et à Ottawa, tout a commencé quand un manifestant pourchassé par la police anti-émeute a brandi un passeport canadien au service de sécurité de l’ambassade du Canada à Kiev, située tout près de la place de l’Indépendance (Maïdan), indique Murray Brewster. Une fois les portes ouvertes, d’autres manifestants armés de bâtons et de pavés se sont alors pressés à l’intérieur.

L’actuel ambassadeur du Canada à Kiev, Roman Waschuk, cité par La Presse Canadienne a précisé que des manifestants avaient bien campé dans le hall principal de l’ambassade durant au moins une semaine, une information qui ni le ministère des Affaires étrangères, ni le gouvernement de Stephen Harper n’avaient dévoilée publiquement auparavant.

Certains alliés européens du Canada s’exprimant sous couvert d’anonymat pour éviter de blâmer publiquement le Canada, ont estimé que le fait que des manifestants antigouvernementaux soient tolérés durant si longtemps et qu’ils aient pu agir en toute liberté a fait paraître le Canada comme un participant actif du changement de régime, et non seulement comme un soutien moral, ajoute Murray Brewster.

Il s’agit sans aucun doute de la perception qu’en a eu le ministère de l’Intérieur ukrainien, qui supervise les opérations des policiers, de la garde nationale et des services de renseignements.

Le hall de l’ambassade a été utilisé pour soigner les blessés durant la nuit du 18 février 2014, avant qu’ils ne soient transférés à l’hôpital en ambulance malgré les gestes de violence, dont le vol d’une fourgonnette par des manifestants, selon les représentants du ministère de l’Intérieur. Le véhicule a plus tard été retrouvé brûlé, bien qu’Ottawa n’ait jamais reconnu les faits, selon eux.

L’ambassade a été par la suite fermée et l’est demeurée durant le reste de la période de soulèvement contre le régime ukrainien alors en place.

Soutien sans faille du Canada aux forces pro-occidentales en Ukraine

Le Canada et l’Ukraine entretiennent d’étroites relations bilatérales depuis que le Canada est devenu le premier pays occidental à reconnaître l’accession de l’Ukraine à l’indépendance le 2 décembre 1991. Ces relations, soutenues par les 1,2 million de Canadiens d’origine ukrainienne, se sont développées pour comprendre la coopération dans les domaines du commerce, de la politique, du développement et de la sécurité.

Depuis le début de la crise ukrainienne qui a mené à la fuite du président pro-russe Ianoukovitch vers la Russie, le 22 février, jusqu’à aujourd’hui, le canada a été un soutien inconditionnel des pro-occidentaux, la rhétorique anti-Kremlin du premier ministre Harper et de son ministre des Affaires étrangères de l’époque, John Baird, dépassant même en virulence celle des Américains.

Depuis le début de la crise en Ukraine, le Canada a imposé des sanctions contre plus de 285 personnes et entités russes et ukrainiennes associées au régime Poutine. Le Canada a également fourni une aide militaire non létale et a accru de manière considérable son aide bilatérale à l’Ukraine, a envoyé des centaines d’observateurs à l’appui d’élections dans le pays et a consenti 400 millions de dollars en prêts bilatéraux à faible taux d’intérêt à l’Ukraine.

De plus, le Canada élabore et met en œuvre des programmes de formation militaire et de renforcement des capacités destinés au personnel des forces ukrainiennes.

Les dirigeants canadiens et ukrainiens se sont rencontrés à plusieurs reprises, au Canada et en Ukraine. Le Premier ministre Harper a fait trois visites en Ukraine depuis janvier 2014. Le président Petro Porochenko a effectué sa première visite officielle au Canada le 17 septembre 2014 et, cette semaine, le Premier ministre Arseni Iatseniouk effectuera à son tour sa première visite au Canada le 14 juillet 2015.

Le Canada, où auront lieu des élections législatives cet automne, compte 1,200,000 électeurs d’origine ukrainienne.

*Avec PC

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.