Commémoration de Srebrenica: le premier ministre serbe touché par un jet de pierre doit quitter les lieux

0
Le Premier ministre serbe Alexandar Vucic entouré de ses gardes du corps quitte en courant le mémorial Potoocari le 11 juillet 2015 à Srebrenica (Elvis Barukcic/AFP)
Le Premier ministre serbe Alexandar Vucic entouré de ses gardes du corps quitte en courant le mémorial Potoocari le 11 juillet 2015 à Srebrenica (Elvis Barukcic/AFP)

Des dizaines de milliers des personnes étaient réunies samedi à Srebrenica dans une atmosphère chargée d’émotion pour le 20e anniversaire de la pire tuerie perpétrée en Europe depuis la Seconde guerre mondiale: le massacre en Bosnie de 8.000 Musulmans, qualifié de génocide par la justice internationale.
—–
Mise à jour au 11/07/2015 à 8h02

Le Premier ministre serbe touché à la tête par une pierre aux cérémonies du 20e anniversaire du massacre de Srebrenica, a été contraint de quitter les lieux en courant, conspué et hué, entouré de ses gardes du corps.

«La délégation dirigée par Aleksandar Vucic a quitté la cérémonie après une attaque au cours de laquelle le Premier ministre a été touché à la tête par un jet de pierre et que ses lunettes ont été cassées», a rapporté l’agence officielle Tanjug citant des correspondant à Srebrenica.

Il venait de déposer une fleur devant un monument portant les noms des plus de 6.200 victimes identifiées et enterrées au mémorial, lorsque la foule a commencé à scander Allah Akbar (Dieu est grand) et à lancer des pierres dans sa direction.

Entouré de ses gardes du corps, M. Vucic a réussi à quitter le mémorial en empruntant un sentier en haut d’une colline, en direction de plusieurs voitures, tandis que par hauts-parleurs, les organisateurs lançaient des appels au calme.

—–

Par une chaude journée d’été, les familles et les proches se recueillaient près des tombes de plus de 6.200 hommes et adolescents enterrés au centre mémorial, attendant la mise en terre vers 13H00 locales, (11H00 GMT), de 136 nouvelles victimes identifiées.

« J’ai perdu mon père ici. J’imagine ses souffrances », soupire Emina Malic, âgée de 20 ans, à peine née, lorsque le massacre a eu lieu. « De tels drames ne doivent plus se répéter », dit en s’effondrant en larmes cette jeune femme qui vit aujourd’hui à Chicago, aux États-Unis.

Begajeta Salihovic, 51 ans, va enterrer son père. « Quand j’ai appris que les restes de mon père avaient été retrouvés, j’ai eu l’impression qu’il venait à peine de mourir », murmure cette femme qui a également perdu un frère dans le massacre et dont deux autres frères, tués au début de la guerre, n’ont toujours pas été retrouvés.

« crime monstrueux » pour Belgrade

A Belgrade, juste avant son départ pour Srebrenica, le Premier ministre serbe, Aleksandar Vucic, a dénoncé un « crime monstrueux », sans toutefois prononcer le mot « génocide ».

À son arrivée à Srebrenica, M. Vucic a été brièvement conspué par un groupe de participants aux cérémonies, avant d’entrer dans un hangar où il a signé le livre de condoléances. Il s’est entretenu avec des mères de victimes, et l’une d’elles lui a donné une longue accolade.

De son côté, le président américain Barak Obama, a dénoncé dans un communiqué le « génocide de Srebrenica » tout en assurant que son pays restait « déterminé à aider ses partenaires des Balkans à guerrir les blessures du passé ».

Il y a vingt ans, en juillet 1995, alors que la région était déclarée « zone protégée » par l’ ONU, quelque 8.000 hommes et garçons musulmans ont été tués à Srebrenica par les forces serbes bosniennes, la pire tuerie en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre intercommunautaire de Bosnie (1992-95) a fait 100.000 morts et environ 2 millions de réfugiés, soit près de la moitié de la population à l’époque.

Nombre de responsables internationaux, parmi lesquels le président des États-Unis à l’époque Bill Clinton – dont le gouvernement a été l’architecte des accords de paix de Dayton qui ont mis fin au conflit bosnien -, étaient présents à Srebrenica.

M. Clinton avait également fait le déplacement pour le 10e anniversaire du massacre.

Le président serbe à l’époque, le pro-européen Boris Tadic, était lui aussi présent en 2005, de même qu’en 2010 à l’occasion du 15e anniversaire de ce massacre.

Figée dans ses divisions

La Serbie refuse obstinément d’accepter qu’un génocide a été perpétré. Le sujet anime toujours les débats sur la scène politique internationale et reste une question qui empoisonne les relations entre la Serbie et la Bosnie.

Mercredi, la Russie a opposé son veto à un projet de résolution de l’ONU sur Srebrenica, une décision dont Belgrade s’est félicité et que les familles des victimes ont déplorée, estimant qu’elle « rendait la réconciliation impossible ».

Les leaders politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, accusés d’être les éminences grises du massacre de Srebrenica, sont aujourd’hui jugés pour génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

En 2001, un commandant serbe de Bosnie Radislav Krstic, a été le premier condamné pour un génocide en Europe. Quatre autres condamnations pour génocide ont suivi.

Vingt ans après le massacre de Srebrenica, la Bosnie, un des pays les plus pauvres d’Europe, est figée dans ses divisions et reste à la traîne des candidats à l’adhésion à l’Union européenne.

Après une période d’ébauche de construction d’un État viable – au forceps et sous la pression de la communauté internationale -, sur les ruines d’un conflit meurtrier, la Bosnie n’a pas trouvé de formule pour rassembler son peuple.

Les commentaires sont fermés.