Talibans: le mollah Akhtar Mansour succède au mollah Omar

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Le mollah Mansour succède donc au mollah Omar.
Le mollah Mansour succède donc au mollah Omar.

Les rebelles talibans afghans ont annoncé vendredi la nomination du mollah Akhtar Mansour à la tête de leur mouvement, en remplacement du défunt mollah Omar, et Sirajuddin Haqqani, dirigeant du réseau du même nom, comme adjoint.

«Après la mort (du mollah Omar), le conseil de direction et des dignitaires musulmans de tout le pays ont nommé son proche ami et ancien bras droit le mollah Akhtar Mansour à leur tête», expliquent les rebelles islamistes dans un communiqué diffusé sur leur site internet.

Le mollah Mansour, Afghan de l’ethnie pachtoune tout comme son prédécesseur, est considéré comme le bras droit du mollah Omar, dont les talibans ont confirmé la mort jeudi soir.

À l’époque du régime des talibans en Afghanistan (1996-2001), le mollah Mansour occupait le poste de ministre de l’Aviation civile.

«Lorsque le mollah Omar était en vie, le mollah Akhtar Mansour était considéré comme digne de confiance et la personne idoine pour prendre de lourdes responsabilités», poursuivent les talibans dans ce texte rédigé en langue pachtoune.

En outre, les talibans nomment deux adjoints: le mollah Haibatullah Akhundzada, ancien chef des tribunaux de l’«émirat islamique», nom que se donnent les talibans, mais surtout Sirajuddin Haqqani, le fils de Jalaluddin Haqqani et leader du réseau du même nom, une influente branche de la rébellion talibane proche d’Al-Qaïda et auteur de nombreuses attaques contre les forces de sécurité afghanes et américaines.

Le réseau Haqqani est considéré comme un «groupe terroriste étranger» depuis septembre 2012 par les États-Unis. Le département d’État offre dix millions de dollars pour tout renseignement menant à la capture de Sirajuddin Haqqani.

Un successeur naturel
Le mollah Akhtar Mansour, qui apparaît comme le successeur naturel du mollah Omar par ses origines et son parcours, compense son absence d’aura religieuse par le pragmatisme.

Leurs origines se croisent: nés tous deux au début des années 1960 dans la province de Kandahar, le coeur du pays pachtoune et berceau de la rébellion talibane qui dirigea l’Afghanistan de 1996 à 2001.

De même que le mollah Omar fuyait les caméras, les interviews et même les apparitions publiques, son successeur apparaît sur très peu de photos. Sur les rares clichés, on voit un homme à la barbe noire fournie et le crâne surmonté d’un turban.

Le mollah Mansour a passé une grande partie de sa jeunesse au Pakistan, à l’instar des millions d’Afghans qui fuyaient la guerre. Au fil du temps, il a tissé des liens avec l’ISI, les services secrets pakistanais, régulièrement accusés par l’Afghanistan d’avoir créé et d’alimenter l’insurrection talibane.

Au milieu des années 90, les talibans contrôlent la majeure partie du pays et il devient ministre de l’Aviation civile du gouvernement des islamistes.

S’il est réputé très proche du mollah Omar, il n’a pas l’aura religieuse de ce dernier, désigné «émir des croyants» à son avènement en 1996, titre qui lui conférait un supplément de légitimité auprès des combattants.

Pour autant, en fin tacticien, le mollah Mansour a su naviguer entre les différentes chapelles qui composent le mouvement taliban: de la «choura de Quetta», la direction des talibans au Pakistan, aux talibans installés au Qatar et jusqu’aux commandants sur le terrain, en Afghanistan.

Il a également damé le pion au mollah Yaqoub, un des fils du mollah Omar, pressenti par certains pour prendre la succession de son père, mais jugé trop jeune du haut de ses 26 ans.

«Le mollah Mansour est le leader de fait des talibans depuis 2013», explique à l’AFP un responsable intermédiaire des insurgés au Pakistan. «Il est perçu comme proche du Pakistan et en faveur des négociations de paix», entamées au début du mois de juillet avec le gouvernement de Kaboul, ajoute cette source qui tient à conserver l’anonymat.

Il reprend le flambeau à un moment charnière pour le mouvement taliban, dont les objectifs quant aux pourparlers de paix semblent incertains.

En outre, il devra mettre un frein à l’expansion de l’organisation de l’État islamique en Afghanistan, qui recrute de plus en plus de talibans déçus par la direction du mouvement.

Dans un message publié en juin, le mollah Mansour avait d’ailleurs mis en garde le chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, contre toute implantation en Afghanistan, sous peine de «réaction» de la part des talibans.

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