Tennessee: le spectre du loup solitaire

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Mohammad Youssuf Abdulazeez (Shérif du comté de Hamilton)
Mohammad Youssuf Abdulazeez (Shérif du comté de Hamilton)

Mohammad Youssuf Abdulazeez, le jeune homme de 24 ans qui a tué 4 Marines jeudi dans le Tennessee pourrait être un nouvel exemple de «loup solitaire», l’individu isolé répondant aux sirènes du djihadisme qui est le cauchemar des autorités occidentales.

En France, les autorités viennent d’annoncer avoir déjoué un projet d’inspiration djihadiste d’attaque contre un site militaire, par trois jeunes hommes «fortement radicalisés, en particulier par le visionnage de vidéo de l’EI», selon le procureur de Paris.

Pour ce qui concerne l’attaque du Tennessee, le FBI a estimé qu’il était «prématuré» de spéculer sur les motivations du tueur, qui n’a pas laissé de témoignage ou de signe de radicalisation.

Mais «cette attaque présente les caractéristiques trop familières des récentes attaques terroristes», ont souligné vendredi les experts américains du Soufan Group, spécialisé dans l’analyse du terrorisme.

Les autorités s’intéressent de près à un séjour du jeune homme en Jordanie, a déclaré à l’AFP un responsable américain, confirmant des informations du New York Times et du Wall Street Journal.

Si les motivations du jeune homme restent à établir, «sa source d’inspiration sera sans doute moins difficile à déterminer, étant donné les incessants messages» de groupes djihadistes comme le groupe État islamique pour «attaquer partout où c’est possible et de quelque manière que ce soit», soulignent les experts du Soufan Group.

Le FBI ne cesse d’évoquer son inquiétude face aux attaques de tueurs isolés, s’autoradicalisant sur l’internet.

Le directeur du FBI James Comey a plusieurs fois décrit les messages sur Twitter du groupe État islamique comme «un diable sur l’épaule» pour des Américains fragiles, répétant sans cesse «tue, tue, tue».

Les services de police sont démunis pour prévenir les attaques de personnes isolées, qui ne communiquent pas ou très peu avec d’autres, ou agissant de leur propre chef, sans recevoir d’instructions de quiconque.

Mohammad Youssuf Abdulazeez, un jeune homme apparemment sans histoire qui vivait dans une banlieue calme de Chattanooga, «n’était pas à notre connaissance» suivi par les autorités comme un danger potentiel pour la sécurité nationale, a expliqué vendredi le maire de Chattanooga Andy Berke sur CNN.

L’identification des individus susceptibles de passer à l’acte meurtrier est l’une des priorités du FBI, qui utilise informateurs et agents infiltrés pour les repérer.

Le FBI a ainsi mené plus d’une dizaine d’arrestations de personnes liées au groupe État islamique sur les quatre ou six semaines qui ont précédé la fête nationale américaine du 4 juillet, déjouant notamment des projets d’attaque visant les festivités elles-mêmes, selon M. Comey.

Illustrant la difficulté de la tâche du FBI, M. Comey a laissé entendre que la justice n’avait pas forcément pu retenir d’incriminations de terrorisme contre les personnes arrêtées, les arrestations ayant eu lieu très en amont dans le projet d’attaque.

Le FBI est d’autant plus inquiet face à la menace extrémiste djihadiste qu’il voit se multiplier le développement d’applications cryptées sur l’internet, qui permettent des communications inviolables entre aspirants terroristes aux États-Unis et responsables djihadistes au Moyen-Orient.

Beaucoup d’experts soulignent que la bataille contre l’extrémisme djihadiste n’est pas seulement policière mais aussi et surtout une bataille idéologique et de valeurs, face à la crise d’identité traversée par de nombreux jeunes musulmans.

«Depuis le 11 septembre, les jeunes musulmans ont expérimenté une profonde crise d’identité, sans précédent dans l’histoire moderne», a déclaré mercredi devant une commission parlementaire américaine Farah Pandith, qui a travaillé avec les administrations Bush et Obama sur les programmes destinés à prévenir l’extrémisme.

«Ils sont affamés de réponses, ils se cherchent une raison de vivre et une appartenance», avait-elle poursuivi.

«Je ne pense pas à une guerre du message sur Twitter. Je pense à trouver des voix, crédibles» au sein des communautés locales musulmanes pour «vacciner» contre l’extrémisme, a-t-elle poursuivi.

«Je pense à aider les parents à comprendre les tactiques des groupes extrémistes pour qu’ils puissent éduquer les enfants», à «travailler étroitement avec les psychologues et psychiatres pour comprendre la mentalité adolescente».

Jusqu’à maintenant, «nous n’avons approché la guerre idéologique avec les mêmes ressources ni le même respect que pour la guerre physique», a-t-elle déploré.

La police américaine annonce régulièrement avoir déjoué des attaques de sympathisants de l’EI.

Un Américain de 21 ans, Fareed Mumuni, se réclamant de l’EI, et qui était sous surveillance du FBI pour des projets terroristes, a été arrêté le 17 juin à New York après avoir tenté de poignarder un agent fédéral.

Début mai, deux hommes ont été abattus par la police à Garland (Texas), après avoir tenté d’attaquer un festival de caricatures de Mahomet.

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