Torture: les psychologues américains ont aidé la CIA pour «se faire bien voir» des militaires

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Les tortures par l'eau, des techniques de torture qui datent de fort longtemps, sont centrées sur l'idée de faire suffoquer la victime. Son statut de torture est aujourd'hui officiellement reconnu (WikiC)
Les tortures par l’eau, des techniques de torture qui datent de fort longtemps, sont centrées sur l’idée de faire suffoquer la victime. Son statut de torture est aujourd’hui officiellement reconnu (WikiC)

Selon un rapport de la réputé firme juridique Sidley Austin, l’Association des psychologues américains, qui se confond ce week-end en excuses, a conçu des directives éthiques validant les techniques d’interrogatoire « poussées » de la CIA.

Sidley Austin est le sixième plus grand cabinet d’avocats d’entreprise aux États-Unis avec 1900 avocats avec des revenus annuels de plus d’un milliard de dollars et des bureaux dans 18 villes dans le monde. On ne peut certainement pas le soupçonner d’être anti-américain. Ses racines plongent dans l’histoire des États-Unis et il a déjà compté, au XIXe siècle, la veuve d’Abraham Lincoln parmi ses clients.

Le rapport a été rédigé par un groupe de sept éminents avocats de la firme, dirigé par Dustin H. Hoffman, un ancien inspecteur général, procureur fédéral, et greffier de la Cour suprême.

Il est adressé au Conseil d’administration de l’American Psychological Association, l’Association des psychologues américains (APA). L’Association est la plus grande organisation scientifique et professionnelle des psychologues aux États-Unis, et même du monde, avec près de 137 000 membres, dont des scientifiques, des éducateurs, des cliniciens, des consultants et des étudiants.

Un rapport validant la torture pour s’attirer les faveurs du ministère de la Défense

L’Association des psychologues américains a conçu avec le Pentagone et la CIA des directives éthiques qui ont validé les techniques d’interrogatoire « poussées » pratiquées par le gouvernement américain après le 11 Septembre et qualifiées depuis de tortures, indique un rapport de l’association.

Certains membres de l’American Psychological Association (APA), y compris des responsables, ont cherché à « se faire bien voir » des responsables militaires, explique ce rapport de 542 pages commandé par l’APA et publié vendredi sur son site.

Les agences gouvernementales « voulaient des directives éthiques permissives/laxistes pour que leurs psychologues puissent continuer à participer à ces techniques d’interrogatoire violentes », telles que la simulation de noyade ou la privation de sommeil, précise le rapport.

« La principale motivation de l’APA était de s’aligner sur le ministère de la Défense et de s’en s’attirer les faveurs. Il y avait deux autres motivations importantes: créer de bonnes relations entre eux et continuer à développer la psychologie » dans l’armée.

La commission du renseignement du Sénat américain a publié en décembre un rapport détaillant la brutalité de ces techniques d’interrogatoire, comme la réhydratation rectale ou les passages à tabac, qualifiées de tortures par les organisations de défense des droits de l’homme et utilisées par la CIA sur de présumés membres du réseau islamiste Al Qaïda après le 11 Septembre.

Après la publication du rapport Hoffman, vendredi 9 juillet, l’American Psychological Association a publié dès le lendemain 10 juillet un long communiqué présentant ses excuses et annonçant une première série de politiques et mesures « en réponse aux conclusions de collusion individuelle et de défaillances organisationnelles dans les activités du groupe liées à la guerre de l’administration Bush contre le terrorisme ».

Un contrat du Pentagone

Le directeur de l’éthique de l’APA, Stephen Behnke, a notamment travaillé avec un psychologue de l’armée pour rédiger des communiqués et a obtenu un contrat du Pentagone pour former des militaires qui devaient mener ces interrogatoires. Mais ce responsable de l’APA n’a pas informé l’association de son travail au Pentagone. Selon le rapport, deux anciens présidents de l’APA ont siégé dans des commissions de la CIA et l’un deux a affirmé à l’agence d’espionnage qu’il ne considérait pas la privation de sommeil comme de la torture.

L’APA s’est aussitôt « excusée » vendredi et a assuré qu’elle réviserait sa politique en interdisant notamment à ses psychologues de participer directement aux interrogatoires. « Notre organisation n’avait pas l’intention d’autoriser des techniques d’interrogatoires violentes ou de participer à la violation des droits de l’homme, mais cela a pu en résulter », a affirmé Nadine Kaslow, qui a commandé ce rapport. « Nous présentons nos excuses pour ce comportement et les conséquences qu’il a entraînées », a affirmé l’APA.

En 2005, un groupe de travail de l’APA avait conclu qu’il n’y avait pas de violations éthiques dans la participation de ses psychologues aux techniques d’interrogatoires dites « poussées » du gouvernement. Or, M. Behnke aurait « participé en coulisses aux conclusions de ce groupe de travail », précise le rapport. Les opposants à ces techniques cités dans le rapport affirment que les décisions de l’APA étaient prises « avec l’intention d’aider le gouvernement à commettre la torture ». Ces directives éthiques « ont donné la priorité à la protection des psychologues (…) sur celle du public ».

*Avec AFP

150712-APA-FINAL-Report-7.2.15

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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