À Hiroshima, le monde se rappelle les 70 ans du premier bombardement nucléaire

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La première bombe atomique a été larguée par un avion aux États-Unis sur la ville japonaise d'Hiroshima le 6 Août 1945. (Hiroshima Peace memorial Museum)
La première bombe atomique a été larguée par un avion aux États-Unis sur la ville japonaise d’Hiroshima le 6 Août 1945. (Hiroshima Peace memorial Museum)

Les cloches ont sonné jeudi à 8h15 (19h15, mercredi, heure de Montréal) à Hiroshima, 70 ans exactement après le lancement par un bombardier américain de la bombe atomique, première attaque nucléaire de l’histoire, qui conduisit à la capitulation du Japon et à la fin de la Seconde Guerre mondiale

Les 70 ans du premier bombardement nucléaire ont aussi été marqués à Montréal, jumelée à Hiroshima, par une commémoration et un hommage musical qui se voulait une message de mémoire, de paix et d’espoir de la part de la collectivité montréalaise envers les citoyens de Hiroshima et du monde entier.

Le 6 août 1945, un B-29 baptisé Enola Gay, volant à haute altitude au-dessus de la ville, largua une bombe à uranium dotée d’une force destructrice équivalente à 16 kilotonnes de TNT. On estime à 140 000 le nombre de morts, au moment de l’impact puis ultérieurement, sous l’effet de l’irradiation.

Le premier ministre Shinzo Abe et des représentants de 100 pays, le plus grand nombre jamais présent aux cérémonies de Hiroshima, étaient parmi les dizaines de milliers de personnes observant une minute de silence dans le Parc mémorial de la paix de cette ville de l’ouest de l’archipel.

«Pour coexister, nous devons abolir le mal absolu et le comble de l’inhumanité que représentent les armes nucléaires. Il est temps maintenant d’agir», a déclaré le maire de la ville, Kazui Matsui, dans un discours.

Trois jours après Hiroshima, l’armée américaine a largué une bombe au plutonium sur la ville portuaire de Nagasaki, tuant quelque 74 000 personnes. Ces deux bombes ont porté un coup final au Japon impérial, qui s’est rendu le 15 août 1945, marquant le terme de la Seconde Guerre mondiale.

Shinzo Abe a déposé une couronne de fleurs lors de la cérémonie à laquelle assistait l’ambassadrice des États-Unis au Japon Caroline Kennedy et d’autres responsables officiels.

La sous-secrétaire américaine chargée du contrôle des armements Rose Gottemoeller, plus haut responsable américain jamais envoyé de Washington pour les commémorations annuelles de Hiroshima, devait également assister à la cérémonie.

L’usage de l’arme atomique à la fin de la Seconde Guerre mondiale divise encore les opinions. Certains historiens estiment que celle-ci a épargné un bien plus grand nombre de victimes en évitant une attaque terrestre de l’archipel nippon, d’autres que le Japon était de toute façon proche de la défaite et que les deux bombes n’étaient pas nécessaires pour mettre fin au conflit.

Cinquante-six pour cent des Américains considèrent que les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki étaient justifiées, selon un sondage réalisé en février par l’institut de recherche américain Pew Research Center en février. 79% des Japonais interrogés par ce think tank pensent au contraire qu’elles étaient injustifiées.

Paul Tibbets, pilote de l’Enola Gay, avait dit dans une interview en 2002, cinq ans avant sa mort: «Je sais que nous avons fait ce qu’il fallait».

Washington, allié très proche de Tokyo depuis la guerre, n’a jamais exprimé d’excuses officielles pour ces bombardements.

Et à Montréal

Et à 19h15 ici,(8h15, heure du Japon), à Montréal, ville jumelée depuis 1998 avec Hiroshima, se tenait au Jardin botanique une commémoration musicale pour le 70e anniversaire du bombardement.

À l’heure du largage de la bombe atomique, la cloche de la paix a retenti dans le Jardin japonais. La Cérémonie de la paix à laquelle présidait le maire de Montréal, Denis Coderre, s’est déroulée simultanément à celle qui se tenait à Hiroshima et a été retransmise en direct sur l’Esplanade Financière Sun Life du Parc olympique.

Puis, dès que cette cloche a fini de résonner, a débuté au Parc olympique un grand hommage musical de l’OSM, accompagné du Choeur des enfants de Montréal.

Non seulement des écrans était installés au Jardin botanique et au Parc olympique, mais la cérémonie a été également retransmise à Hiroshima en différé. « Par devoir de mémoire envers nos amis de Hiroshima, et par respect pour les familles des victimes, les hibakusha, la Cérémonie de la paix ainsi que l’hommage musical dirigé par Kent Nagano sera retransmis dans certaines places publiques de la ville d’Hiroshima tout au long de la journée du 6 août », avait déjà indiqué la Ville de Montréal lors d’un rappel de l’événement quelques jours auparavant.

Le chef de l’OSM, Kent Nagano, né en Californie, mais d’ascendence japonaise, avait choisi trois oeuvre dans le but de «partager l’âme et la culture québécoise» avec les Japonais, «en solidarité et sensibilité»: une création du compositeur Ichiro Nodaïra, un lied de Schubert et une berceuse extraite du disque Shoka.

Le chef a également précisé que la participation des musiciens s’est faite sur la base du volontariat et que tous ont été volontaires.

La Cérémonie de la paix à la mémoire des victimes du bombardement d’Hiroshima, un rituel annuel à Montréal depuis 1998, se veut un rappel à l’importance de maintenir la paix dans le monde. La cloche de la paix est d’ailleurs un cadeau de la ville de Hiroshima, ville jumelle de Montréal. Et cette année du 70e anniversaire du bombardement d’Hiroshima, l’événement avait une importance toute particulière.

Les effets de la bombe se font encore sentir

La Croix-Rouge japonaise soigne encore des milliers de rescapés des bombardements atomiques, 70 ans après Hiroshima et Nagasaki.

Sur les quelque 200’000 rescapés au total des bombardements des 6 et 9 août 1945, des milliers souffrent des effets résiduels des rayonnements. En 2014, les hôpitaux de la Société de la Croix-Rouge du Japon ont traité 4657 survivants à Hiroshima et 6030 à Nagasaki, ont précisé dans un communiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-rouge.

Jusqu’en mars 2014, 63% des décès dus aux bombardements atomiques à l’hôpital d’Hiroshima étaient imputables à des cancers. Ce taux atteint 56% à Nagasaki.

« Même après tant de décennies, l’impact sanitaire catastrophique de l’utilisation des armes nucléaires sur ces deux villes est omniprésent », a déclaré le président du CICR Peter Maurer.

La Société de la Croix-Rouge du Japon gère des hôpitaux pour les survivants des bombardements atomiques depuis 1956 à Hiroshima et depuis 1969 à Nagasaki. Ces hôpitaux ont pris en charge plus de cinq millions de personnes.

Triste note, la commémoration du 70e anniversaire des bombardements atomiques intervient juste quelques mois après l’échec de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qui n’a pas n’a pas abouti à des avancées pour l’élimination de ces armes.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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