Élections fédérales 2015, semaine 2: sécurité et engagement militaire à l’avant-scène

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Un technicien de l'Aviation royale canadienne près d'un CF-188 Hornet lors des contrôles pré-volau Camp Patrice Vincent, au Koweït lors de l'opération IMPACT le 11 Juin 2015 (op Impact/MDN)
Un technicien de l’Aviation royale canadienne près d’un CF-188 Hornet lors des contrôles pré-volau Camp Patrice Vincent, au Koweït lors de l’opération IMPACT le 11 Juin 2015 (op Impact/MDN)

Après une première semaine de campagne centrée sur la question de l’économie au cours de laquelle son bilan a été sévèrement critiqué par ses adversaires, le premier ministre sortant a ramené les questions de défense et sécurité à l’avant-scène, défendant avec vigueur sa décision d’engager militairement le Canada au Moyen-Orient sur l’air bushien de’Combattons les là-bas pour ne pas avoir à les combattre ici!’.

Il s’est aussi empressé, comme on s’y attendait, de remettre à l’avant-plan la question du terrorisme.

Cette semaine, alors qu’il faisait part de sa promesse de créer un nouveau programme triennal doté d’un budget de 9 millions $ afin de soutenir les minorités religieuses persécutées au Moyen-Orient, Stephen Harper a non seulement défendu l’engagement militaire canadien au Moyen-Orient, mais attaqué avec virulence les positions des libéraux et des néo-démocrates sur la mission militaire que mène le Canada aux côtés de ses alliés en Irak et en Syrie contre le groupe armé État islamique (ÉI).

Une politique dépourvue d’un volet militaire se résumerait à larguer de l’aide humanitaire «sur des personnes mortes», a lancé M. Harper dans le cadre d’un passage lundi dans une église copte orthodoxe de Markham, dans la grande région de Toronto.

« Et laisser les combattants du groupe armé ÉI continuer à perpétrer leurs atrocités «créerait des millions, des dizaines de millions de réfugiés et de victimes sur une base mensuelle», a-t-il martelé, entouré de représentants de diverses communautés religieuses.

En s’engageant la veille, dimanche, à instaurer une interdiction de voyage dans certaines régions contrôlées par des groupes terroristes, le chef conservateur avait aussi braqué les projecteurs sur la question de la sécurité.

Les « zones interdites »

La veille, le premier ministre sortant s’était engagé à mettre fin à ce qu’il a appelé le «tourisme terroriste».

Si le Parti conservateur venait à être réélu le 19 octobre prochain, le gouvernement conservateur s’engagerait à créer une nouvelle catégorie de zones de déplacements étrangers interdites appelées «zones désignées». Ces zones désignées seront des régions dans des pays étrangers où des entités terroristes reconnues comme le groupe armé État islamique réalisent des activités hostiles et recrutent et forment des partisans. Selon cette nouvelle mesure législative, ce sera une infraction criminelle pour les Canadiens de voyager à ces endroits.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a clairement déclaré quant à lui qu’il ne croit pas que cette nouvelle mesure qui établirait des zones interdites de déplacement puisse combattre efficacement le terrorisme.

Le jour même de l’annonce de Stephen Harper, le chef néo-démocrate a expliqué qu' »il y a très peu de preuves » qu’une telle politique «aurait un effet concret» sur le phénomène de radicalisation, faisant remarquer que, de toutes façons, les jeunes Canadiens radicalisés ne se rendent pas dans des zones contrôlées par des groupes terroristes directement mais plutôt via d’autres pays qui ne sont pas sous la coupe des terroristes.

Qu’en serait-il alors de pays comme le Liban (où de nombreux canadiens ont de la famille), de la Turquie (un pays de l’OTAN) ou de l’Arabie saoudite, un pays allié membre de la coalition anti-EI, avec cette mesure? Qu’en est-il des familles restées au pays des réfugiés syriens que le Canada a accueilli ou se préparent à accueillir?

Invité à ce propos à préciser de nouveau les détails de ce plan visant à contrer le « tourisme terroriste », le chef conservateur a rétorqué, parlant des zones interdites de déplacement qu’il veut établir, que «Ce ne sont pas des régions où des familles font des visites. Ce sont des régions où des terroristes tuent des visiteurs ». « Il n’y a pas de droit humain de rendre visite à l’État islamique. Sérieusement», a-t-il renchéri.

Cela n’en inquiète pas moins les Syriens du Canada qui craignent que leurs familles, en zones de conflit, s’en retrouvent davantage isolées.

Dix Canadiens arrêtés à l’étranger en 2014

Cette même semaine dans le quotidien La Presse, on apprenait aussi dans un article signé Gabrielle Duchaine qu’un nombre record de Canadiens ont été arrêtés en 2014 à l’étranger pour des affaires de terrorisme ou de sécurité nationale.

S’appuyant sur des documents obtenus du ministère des Affaire étrangères canadien, la journaliste montréalaise écrivait que dix citoyens canadiens ont été arrêtés en 2014 par les autorités d’autres pays pour des infractions qui, selon ces pays, touchaient le terrorisme ou menaçaient la sécurité nationale, contre six en 2013 et un seul en 2012. En depuis le début de 2015, trois autres ont été envoyés derrière les barreaux .

« Le risque que des Canadiens participent à des activités extrémistes violentes à l’étranger a augmenté de façon significative au cours des dernières années. », notait Rex Brynen, professeur de sciences politiques à l’Université McGill, cité dans l’article du quotidien montréalais. « Ce qui se passe au Moyen-Orient est une des principales raisons pour cela: des groupes comme l’État islamique (EI) cherchent activement à recruter des combattants étrangers, que ce soit pour combattre dans des guerres locales ou pour d’éventuels actes de terrorisme international. La coopération internationale pour résoudre ce problème a augmenté, mais le problème a augmenté aussi. »

De nouveaux chiffres de Statistique Canada publiés en juillet indiquaient en outre qu’au moins 14 personnes sont partis grossir les rangs des djihadistes. Les chiffres ont été compilés dans chaque ville en 2014 et c’est Toronto qui remporte la palme, avec 7 sur 14, suivi de Montréal, avec 3 sur 14. Mais, avec le groupe de jeunes radicalisés du Collège de Maisonneuve partis au début de 2015, les chiffres de cette année seront sans aucun doute nettement plus élevés pour Montréal qui n’aura pas de peine à confirmer sa place peu enviable, avec Toronto et Calgary, au palmarès des foyers canadiens du terrorisme.

Pendant ce temps, faisant fi du retour des déficits, de la récession qui pointe le bout de son vilain nez, du secteur pétrolier en crise ou des questions environnementales, le premier ministre sortant aura pu faire campagne cette semaine sur un thème qui ressemblait beaucoup à « Protégez-vous avec Harper! ». Peut-être pas une campagne de peur, mais une campagne de ‘Harpeur’ en quelque sorte…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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