En ce 9 août 2015, c’est le blues des Casques bleus canadiens oubliés

En 20 ans, la contribution canadienne en personnels aux opérations de maintien de la paix a diminué de près de 96%. (Archives/Jamie in Bytown)
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En 20 ans, la contribution canadienne en personnels aux opérations de maintien de la paix a diminué de près de 96%. (Archives/Jamie in Bytown)
En 20 ans, la contribution canadienne en personnels aux opérations de maintien de la paix a diminué de près de 96%. (Archives/Jamie in Bytown)

En cette journée où on est censé se remémorer les Casques bleus canadiens tuées au Moyen -Orient en 1974, on peut aussi mesurer le chemin parcouru depuis cette époque héroïque jusqu’à aujourd’hui, alors que ce sont maintenant les pays du tiers-monde qui fournissent les contingents nécessaires aux opérations de maintien de la paix et que se multiplient les mauvaises nouvelles, des attaques contre les soldats de l’ONU aux scandales sexuels.

Au Canada, le 9 août est désigné depuis 2008 comme une journée pour honorer et commémorer les Gardiens de la paix canadiens qui ont servi ou servent actuellement dans des opérations de paix partout dans le monde.

Cette date a été choisie pour commémorer les événements du 9 août 1974, où neuf Gardiens de la paix canadiens, au service de la Force d’urgence des Nations Unies en Égypte et en Israël, ont péri lors de l’écrasement de leur avion abattu par un missile en Syrie.

Ici, au Québec, pendant plusieurs années, la cérémonie de la «Journée des gardiens de la Paix» réunissait à Québec à la Place Georges V, face au Manège des Voltigeurs un millier de personnes pour rendre hommage aux nombreux soldats canadiens qui ont servi dans les missions de la paix de l’ONU.

Le principal organisateur de la «Journée des gardiens de la paix» était le sergent à la retraite Dan Lafontaine et l’Association des vétérans autochtones.

Puis, l’an dernier, c’est la 2e division qui a repris l’organisation de la commémoration et des militaires de Valcartier, accompagnés de vétérans, de policiers et de civils, se sont réunis à Place George-V pour commémorer les sacrifices et le travail des gardiens de la paix canadiens lors d’une cérémonie plus modeste et plus sobre.

Finalement, cette année, rien!

Daniel Lafontaine décide de reprendre le flambeau pour 2016 avec Wounded Warriors

Decant cet état de chose, l’organisateur de la « Journée des gardiens de la Paix » de 2012 et 2013, le sergent à la retraite Daniel Lafontaine, et l’association de défense des vétérans « Wounded Warriors » ont décidé de reprendre l’organisation de la « Journée des gardiens de la paix » pour 2016, a déclaré le vétéran canadien à 45eNord.ca aujourd’hui.

« Depuis que je ne m’occupe plus de cette hommage à Québec … rien ne se fait pour honorer adéquatement nos hommes et femmes qui ont participé dans plus de 60 missions depuis 1954 ». écrit Dan Lafontaine aujourd’hui sur sa page Facebook qui ajoute « En discutant avec Wounded Warriors Canada, nous sommes sur le point de reprendre cet événement qui aura lieu le 9 août 2016, pour honorer ceux qui sont tombés et tendre la main aux blessés ».

En entrevue cet après-midi, Daniel Lafontaine ne cachait pas sa tristesse de voir quue le sacrifice des casques bleus canadiens n’étaient plus honorer comme il le devait et a fait part de sa décision de s’impliquer de nouveau dans l,organisation de la « Journée des gardiens de la paix » pour revenir aux foules de 1.000 à 1.500 personnes qu’ie son organisation avait réussi à réunir auparavant.

Mieux encore, le sergent à la retraite, qui peut compter aujourd’hui sur la collaboration de Wounded Warriors, rêverait d.aller chercher jusqu’à 5.000 personnes pour la commémoration de 2016.

Les Casques bleus, pourtant une « invention canadienne »

Dans le passé, plus de 125 000 Canadiens ont servi sous les couleurs des Nations Unies, une forte implication du Canada dans les opérations onusiennes de maintien de la paix qui sont, en quelque sorte, une invention canadienne.

Lester B. Pearson, 14ème Premier ministre canadien et ancien ministre des Affaires extérieures, est reconnu comme le «père» des Casques bleus lorsqu’en 1956, en réponse à la crise de Suez, il parvient à négocier l’envoi de la première force d’urgence des Nations Unies (FUNU) visant à « assurer et superviser la cessation des hostilités, y compris le retrait des forces armées françaises, israéliennes et britanniques du territoire égyptien, et, après le retrait, à s’interposer entre les forces égyptiennes et israéliennes ». Le rôle déterminant et efficace de Lester B. Pearson dans la résolution de cette crise lui vaudra le prix de Nobel de la paix l’année suivante, en octobre 1957. Face à cette avancée majeure, le Canada a une responsabilité morale de maintenir un niveau d’engagement exemplaire aux Opérations de maintien de la paix.

L’époque héroïque des Casques bleus canadiens est révolue

Contribution du Canada aux missions de maintien de la paix des Nations Unies, en date du 30 juin 2015. (ONU)
Contribution du Canada aux missions de maintien de la paix des Nations Unies, en date du 30 juin 2015. (ONU)

Et pourtant, en ce moment le Canada a 111 Casques bleus dans le monde. Le Canada occupe donc, si on se réfère au total, la très « honorable » 66e place.

Le Canada participe aujourd’hui à un grand total de cinq missions de maintien de la paix, celles de la MINUSTAH, MONUSCO, UNFICYP, UNMISS, UNTSO. pour avoir une idée de l’ampleur de la participation canadienne, il suffit de savoir que la participation à la mission de UNFICYP, à Chypre eest de …une personne.

La participation canadienne aux OMP est ainsi en constante baisse depuis plusieurs décennies, passant progressivement de près de 3 000 Casques bleus en 1994, à 331 en 2004 pour atteindre ce chiffre actuel de 111.

Le Canada a cédé sa place aux pays pauvres

Alors que, sur son compte twitter et dans ses communiqués, le ministère canadien des Anciens combattants écrit de toutes les façons à propos des casques bleus, « Ne les oubliez pas », ce sont les pays en développement qui ont pris la relève de nos braves canadiens, fournissant les contingents de soldats nécessaires aux opérations de maintien de la paix. Par exemple, aujourd’hui en Centrafrique où un Casque bleu rwandais vient de retourner ses armes contre ses compagnons, , ce sont des soldats issus du issus du Burundi, du Cameroun, du Congo, de RD-Congo, de Guinée Equatoriale, du Gabon, du Rwanda, du Maroc, du Sénégal, du Pakistan, et d’Indonésie qui ont pour mission de maintenir la paix.
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Tout cela sans parler des scandales sexuelles où, en Haïti, des Casques bleus ont échangé de l’argent ou des téléphones contre des faveurs sexuelles de centaines de femmes en Haïti et au Liberia indique un rapport interne des Nations unies, par ailleurs vivement critiquées pour leur gestion d’accusations d’agressions sexuelles d’enfants en Centrafrique.
Alors, peut-être, dans ces conditions, est-il un peu gênant de se remémorer l’époque où de fiers soldats canadiens contribuaient courageusement au maintien de la paix dans notre pauvre monde. Mais les canadiens qui ont servi dans les missions de maintien de la paix ne l’entendent pas ainsi et, selon toute probabilité, on devrait avoir l’an prochain une cérémonie digne du sacrifice des soldats canadiens de la paix.