Le Japon commémore la capitulation annoncée le 15 août 1945

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Mamoru Shigemitsu, le ministre des Affaires étrangères du Japon, signe les actes de capitulation du Japon à bord de l'USS Missouri (BB-63) sous le regard du général Richard K. Sutherland, le 2 septembre 1945. (Army Signal Corps/Naval Historical Center)
Mamoru Shigemitsu, le ministre des Affaires étrangères du Japon, signe les actes de capitulation du Japon à bord de l’USS Missouri (BB-63) sous le regard du général Richard K. Sutherland, le 2 septembre 1945. (Army Signal Corps/Naval Historical Center)

Le Japon commémore samedi la capitulation sans condition du pays prononcée le 15 août 1945, un 70e anniversaire qui pourrait conduire des responsables politiques au sanctuaire Yasukuni où sont honorés des soldats morts au combat, mais aussi des criminels de guerre.

Ces commémorations se déroulent au lendemain d’une déclaration officielle du Premier ministre Shinzo Abe par laquelle il a exprimé ses « condoléances éternelles » pour les victimes de la guerre et qualifié d' »inébranlables » les excuses passées du Japon pour ses actes, en particulier sur le continent asiatique.

Le Premier ministre de droite, dont les paroles étaient très attendues en Chine et dans les deux Corées, a aussi appelé à exempter dorénavant d’excuses les générations d’après-guerre, provoquant l’ire de Pékin et Pyongyang.

Il y a 70 ans, Hirohito, père de l’actuel empereur Akihito, avait stupéfait ses sujets en s’exprimant pour la première fois à la radio pour annoncer la reddition du Japon, quelques jours après les bombardements atomiques de Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août).


(Audio/The Japan News/The Yomiuri Shimbun)

Une cérémonie officielle, en présence de l’empereur Akihito, de l’impératrice Machiko et de M. Abe est prévue au coeur de Tokyo, dans un espace appelé Budokan.

En marge de ces commémorations, des parlementaires et peut-être un ou plusieurs membres du gouvernement pourraient effectuer une visite au sanctuaire patriotique Yasukuni perçu par les pays voisins (Chine et Corée du Sud essentiellement) comme le symbole du passé colonialiste de l’archipel.

Y sont honorés quelque 2,5 millions de morts, mais la colère de Pékin et Séoul provient de l’inscription en secret en 1978 des noms de 14 criminels de guerre condamnés par les Alliés.

Le Premier ministre ne devrait pas se rendre dans ce sanctuaire. Il avait renoncé les précédentes années à ce pèlerinage le jour anniversaire de la capitulation mais avait effectué une visite en décembre 2013 pour le premier anniversaire de son retour au pouvoir après un mandat raté d’un an entre 2006 et 2007.

La dernière visite au Yasukuni d’un Premier ministre en exercice un 15 août remonte à 2006. Le conservateur Junichiro Koizumi avait alors été le seul à oser ce geste un jour anniversaire de la capitulation après un autre chef de gouvernement de droite, Yasuhiro Nakasone, en 1985.

« Au 70e anniversaire de la fin de la guerre, je m’incline profondément devant les âmes de tous ceux qui ont péri tant dans notre pays qu’à l’étranger. J’exprime mes sentiments de profonde peine et mes condoléances éternelles et sincères », avait dit vendredi soir M. Abe dans sa déclaration officielle.

« Le Japon a à maintes reprises exprimé ses sentiments de remords profonds et ses excuses sincères », avait-il ajouté en qualifiant d' »inébranlables » ces excuses formulées par ses prédécesseurs. Mais « nous ne devons pas laisser nos enfants, petits-enfants et les générations suivantes, qui n’ont rien à voir avec la guerre, être prédestinés à s’excuser », avait ajouté le Premier ministre nationaliste âgé de 60 ans.

Les voisins asiatiques de l’archipel, qui ont souffert du colonialisme japonais et des exactions de l’armée impériale pendant la première moitié du 20e siècle, ont réagi amèrement à ces propos.

« Le Japon doit dénoncer explicitement la nature de cette guerre, faite d’agression et de militarisme, et assumer sa responsabilité dans ces guerres », a déclaré une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, exigeant des « excuses sincères ».

La Corée du Nord a condamné plus fermement les propos de M. Abe, y voyant une « raillerie impardonnable du peuple coréen ».

L’expansion militaire du Japon entre 1910 et 1945 continue à empoisonner ses relations avec ses voisins asiatiques, qui décortiquent à chaque anniversaire les propos et gestes des politiques japonais.

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