Le journaliste Mohammed Fahmy condamné à 3 ans, Ottawa réclame sa libération immédiate

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Les journalistes canadien et égyptien Mohamed Fahmy (g) et Baher Mohamed (d) lors de leur procès au Caire, le 29 août 2015. (AFP/Khaled Desouki)
Les journalistes canadien et égyptien Mohamed Fahmy (g) et Baher Mohamed (d) lors de leur procès au Caire, le 29 août 2015. (AFP/Khaled Desouki)

Trois journalistes de la chaîne qatarie Al-Jazeera ont été condamnés en Égypte à trois ans de prison ferme, et deux d’entre eux immédiatement arrêtés, malgré les appels de la communauté internationale à clore cette affaire.
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Mise à jour au 30/08/2015 à 12h38

L’avocate de Mohammed Fahmy, Amal Clooney, a affirmé qu’elle et l’ambassadeur canadien Troy Lulashnyk rencontreraient des représentants égyptiens pour demander ce pardon.

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Mise à jour au 29/08/2015 à 11h12

Al-Jazeera entend faire appel de la condamnation samedi en Egypte à trois ans de prison de trois de ses journalistes, verdict qu’un responsable de la chaîne qatarie a fustigé comme scandaleux et répugnant.

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Dans un nouveau procès, l’Australien Peter Greste, le Canadien Mohamed Fahmy et l’Égyptien Baher Mohamed ont été reconnus coupables par un tribunal du Caire d’avoir « diffusé de fausses informations » et travaillé sans les autorisations nécessaires en 2013.

M. Mohamed a écopé d’une peine de six mois supplémentaire pour avoir été en possession d’une balle de pistolet qu’il avait ramassé lors d’une manifestation.

En prononçant son verdict, le juge Hassan Farid a affirmé que les trois hommes « n’étaient pas des journalistes » car ils n’étaient pas enregistrés comme tel auprès des autorités compétentes.

La justice égyptienne considère qu’ils ont soutenu dans leur couverture médiatique les Frères musulmans, la confrérie de l’ex-président islamiste Mohamed Morsi, destitué en juillet 2013 par l’ex-chef de l’armée et actuel président, Abdel Fattah al-Sissi.

Les journalistes de l’antenne anglophone d’Al-Jazeera peuvent interjeter appel devant la Cour de cassation, qui pourra confirmer le jugement ou l’annuler. En cas d’annulation, elle devra elle-même examiner cette affaire.

M. Greste était jugé par contumace, après avoir été expulsé vers l’Australie en février en vertu d’un décret présidentiel.

Fahmy arrêtés en plein tribunal, sa femme en pleurs

MM. Fahmy et Mohamed ont eux été arrêtés au tribunal après l’énoncé du verdict, devant une assistance sous le choc. La femme de M. Fahmy, en larmes, était présente au tribunal, aux côtés d’Amal Clooney, l’avocate de son époux.

Mme Clooney a indiqué aux journalistes qu’elle allait rencontrer des responsables du gouvernement pour demander une grâce présidentielle et l’expulsion de son client.

M. Fahmy, qui détient la nationalité canadienne, a renoncé à sa citoyenneté égyptienne pour pouvoir être expulsé comme son collègue australien. Sans succès pour l’instant.

« Précédent dangereux »

Lors d’un premier procès en juin 2014, MM. Fahmy et Greste avaient écopé de sept ans de prison et M. Mohamed de dix ans. Mais la Cour de cassation avait annulé les condamnations des journalistes, ordonnant un nouveau procès.

À l’ouverture du nouveau procès en février, MM. Fahmy et Mohamed avaient été remis en liberté conditionnelle après plus de 400 jours de détention.

« C’est un précédent dangereux en Égypte, (de voir) que des journalistes peuvent être emprisonnés simplement pour rapporter des informations et que les tribunaux peuvent être utilisés comme des instruments politiques », a lancé Mme Clooney.

« Je suis choqué, terriblement choqué », a de son côté déclaré à l’AFP le frère de M. Fahmy, Adel.

Le directeur exécutif d’Al-Jazeera English a qualifié, à l’antenne, la condamnation des journalistes de « scandaleuse et répugnante ».

Dans un communiqué, la chaîne qatarie a considéré qu’il s’agissait d' »une attaque délibérée contre la liberté de la presse » et d’un « jour noir pour la justice égyptienne », fustigeant une affaire « totalement politisée.

Le Canada exige la libération « immédiate » de Mohamed Fahmy

Le Canada a exigé pour sa part samedi la libération « immédiate et sans condition » de Mohamed Fahmy.

« Le gouvernement du Canada continue de demander au gouvernement égyptien d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour résoudre le cas de M. Fahmy et permettre son retour immédiat au Canada », a déclaré la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Lynne Yelich, déçue par la condamnation.

Mme Yelich a indiqué dans un communiqué que des membres du gouvernement canadien avaient abordé « cette affaire auprès de représentants égyptiens de haut niveau et ils continueront de le faire ».

En janvier, le ministre des Affaires étrangères John Baird avait fait le déplacement en Egypte avec l’objectif de rapatrier Mohamed Fahmy. M. Baird avait démissionné de ses fonctions quelques semaines plus tard.

Les services consulaires continuent de fournir l’assistance nécessaire à M. Fahmy tout en s’assurant qu’il soit traité « de la même manière que tout autre ressortissant étranger ».

Selon le Committee to Protect Journalists (CPJ), au moins 18 journalistes, essentiellement accusés de faire partie des Frères musulmans, sont derrière les barreaux en Egypte.

« Affront à la justice »

Amnesty International a également condamné « un affront à la justice qui sonne le glas de la liberté d’expression en Égypte », fustigeant une affaire « politisée ».

Les trois hommes ont été condamnés pour avoir travaillé et utilisé du matériel de diffusion sans les autorisations nécessaires. MM. Fahmy et Greste avaient été interpellés en décembre 2013 dans une chambre d’hôtel du Caire qu’ils avaient transformé en bureau.

Mais M. Fahmy, qui par le passé a travaillé pour CNN, affirme qu’ils ignoraient que leur employeur n’avait plus les autorisations requises et que la direction ne les a jamais mis au courant.

Les peines initiales des journalistes avaient suscité une pluie de critiques internationales, notamment de la part de Washington et de l’ONU.

Le président Abdel Fattah al-Sissi, l’ex-chef de l’armée architecte de la destitution de M. Morsi, avait reconnu qu’il aurait mieux valu expulser les reporters plutôt que de les juger.

L’affaire avait débuté en pleine crise entre l’Égypte et le Qatar, à couteaux tirés depuis l’éviction de M. Morsi.

Le Caire reprochait à Doha de soutenir les Frères musulmans, notamment via Al-Jazeera, dont les antennes arabophones ont dénoncé la destitution de M. Morsi et la sanglante répression qui s’est abattue sur ses partisans et a fait plus de 1.400 morts.

Par ailleurs, trois co-accusés égyptiens des journalistes ont écopé de 3 ans de prison, tandis que deux autres ont été acquittés. Ils étaient jugés pour appartenance aux Frères musulmans et pour avoir cherché à « nuire à l’image de l’Égypte ».

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