Le Pentagone se donne le droit dans certains cas d’assimiler reporter de guerre et «combattant illégal»

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Le Pentagone pourrait dans certains cas assimiler reporter de guerre et «combattant illégal».(capture d'écran/45eNord.ca/vidéo CPJ)
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Le Pentagone pourrait dans certains cas assimiler reporter de guerre et «combattant illégal».(capture d'écran/45eNord.ca/vidéo CPJ)
Le Pentagone pourrait dans certains cas assimiler reporter de guerre et «combattant illégal».(capture d’écran/45eNord.ca/vidéo CPJ)

Après le premier ministre sortant Stephen Harper au Canada qui veut établir des zones interdites de déplacements, voilà maintenant qu’aux États-Unis, le Pentagone se trouve sous le feu des critiques ce lundi pour avoir estimé, dans une récente série de recommandations, que les correspondants de guerre, comparés à des espions, pouvaient dans certains cas être traités comme des « combattant illégaux ».

Ces recommandations, rapportent les médias, étaient passées relativement inaperçues à leur parution en juin dans le nouveau manuel de Droit de la guerre du ministère de la Défense (Defense Department’s new Law of War Manual).

Mais dans un éditorial lundi, le New York Times les a fustigé et a demandé leur retrait, avertissant qu’elles pourraient rendre la couverture de conflits armés par les journalistes « plus dangereuse, lourde et sujette à la censure ».

De manière générale, les journalistes sont des civils qui doivent être protégés, estime le manuel.

Mais dans certains cas dont les contours ne sont pas clairement définis, les journalistes peuvent être considérés comme des « combattants illégaux », catégorie qu’ils partageraient par exemple avec les membres d’Al-Qaïda.

« Ecrire sur des opérations militaires peut être très similaire au fait de collecter des renseignements ou même espionner », peut-on lire dans le manuel à la page 175.

Article 4.24.4 Law of War manual

Journalists and Spying.

Reporting on military operations can be very similar to collecting intelligence or even spying.481 A journalist who acts as a spy may be subject to security measures and punished if captured.

482 To avoid being mistaken for spies, journalists should act openly and with the permission of relevant authorities. Presenting identification
documents, such as the identification card issued to authorized war correspondents or other appropriate identification, may help journalists avoid being mistaken as spies.

« Un journaliste qui agit comme un espion peut être soumis à des mesures de sécurité et puni s’il est capturé. Pour éviter d’être confondus avec des espions, les journalistes devraient travailler ouvertement et avec la permission des autorités compétentes ».

Pour le manuel, « les États peuvent avoir besoin de censurer le travail des journalistes ou prendre des mesures de sécurité pour qu'(ils) ne révèlent pas d’information sensible à l’ennemi ».

Grave atteinte à la liberté de presse, écrit le New-York Times

Il s’agit là d’une « grave atteinte à la liberté de la presse », écrit l’influent quotidien libéral new-yorkais.

« Les dirigeants autoritaires à travers le monde pourraient s’en servir pour montrer que leur traitement despotique des journalistes — dont des Américains — est largement en accord avec les normes érigées par le gouvernement américain », estime le Times.

En outre, associer espionnage et journalisme, estime le le journal progressiste, nourrit la propagande des régimes qui discréditent les journalistes occidentaux en les accusant à tort d’être des espions.

Sans compter tous les dérapages possibles.

Un responsable du Pentagone, invité à expliquer quand un journaliste peut être considéré comme un « combattant illégal», un responsable du pentagone, cité par le quotidien new-yorkais, n’a pu donner comme exemple que l’assassinat du commandant militaire afghan Ahmad Shah Massoud en septembre 2001. Exemple absurde aux yeux du Times, puisque Massoud a été tué par des assassins qui se faisaient passer pour des journalistes de la télévision et avaient caché des explosifs dans un appareil photo et non pas des journaliste qui auraient décidé de s’engager dans une action hostile. ne sont pas, en fait, les journalistes.

Et la situation d’un « combattant illégal » est carrément la pire qui se puisse imaginer.

Les combattants « légitimes » peuvent être capturés et détenus comme de prisonniers de guerre et, en tant que tel, bénéficie de la protection de la Convention de Vienne relatif au traitement des prisonniers de guerre, mais il en va tout autrement des « combattants illégaux ».

Ils peuvent subir un procès dans un tribunal militaire et être punis pour les actes qu’on leur reproche. Ils ne bénéficient pas de « l’impunité de combattant et prisonnier de guerre ».

4.3 LAWFUL COMBATANTS AND UNPRIVILEGED BELLIGERENTS

In addition to distinguishing between the armed forces and the civilian population, the law of war also distinguishes between “privileged” and “unprivileged,” or “lawful” and “unlawful” combatants.

As the Supreme Court has explained: Lawful combatants are subject to capture and detention as prisoners of war by opposing military forces. Unlawful combatants are likewise subject to capture and detention, but in addition they are subject to trial and punishment by military tribunals for acts which render their belligerency unlawful.

29 “Unlawful combatants” or “unprivileged belligerents” are persons who, by engaging in
hostilities, have incurred one or more of the corresponding liabilities of combatant status (e.g.,
being made the object of attack and subject to detention), but who are not entitled to any of the
distinct privileges of combatant status (e.g., combatant immunity and POW status)
.

La Commission de protection des journalistes (Committee to protect journalists) avait également critiqué les recommandations du pemtagonele mois dernier. « À un moment où le leadership international sur les droits de l’homme et de la presse est plus que jamais nécessaire », estimait le CPJ, « le Pentagone a publié un document qui sert ses propres intérêts et participe malheureusement à abaisser le niveau ».

Tout cela s’inscrit, naturellement, dans la tendance qu’ont les Forces armées occidentales à ne tolérer que les « jiounalistes intégrés » (embedded) qu’on peut, cela va de soi, mieux contrôler, leur offrant en retour une meilleure protection.

Journalists Authorized to Accompany the Armed Forces

Journalists authorized to accompany the armed forces have the status of such persons.

473 For example, they are detained as POWs during international armed conflict.

474 Such journalists are sometimes called “war correspondents.”475 DoD practice has been to embed journalists with units during
military operations.

476 Journalists authorized to accompany the armed forces may be detained by opposing military forces. Since such personnel are liable to become POWs, they must be issued identification cards so that they may establish their entitlement to POW status upon capture by the enemy during international armed conflict.

Pourtant, lors de la Journée mondiale de la liberté de presse en mai dernier, même le secrétaire d’État américain avait affirmé que « les journalistes sont pris entre les terroristes et les gouvernements », précisant même qu’entre « les extrémistes et les gangs criminels qui enlèvent et tuent les journalistes et les gouvernements autoritaires qui les persécutent, liberté de la presse est menacée. »

« Journalistes, vos papiers! »

*Avec AFP

150810 Law of War Manual June 2015