Le père du bébé palestinien brûlé vif succombe à son tour à ses blessures

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Funérailles du bébé palestinien tué par des extrémistes juifs, le 3 août 2015 dans le village de Douma en Cisjordanie (Archives/Thomas Coex/AFP)
Funérailles du bébé palestinien tué par des extrémistes juifs, le 3 août 2015 dans le village de Douma en Cisjordanie (Archives/Thomas Coex/AFP)

Saad Dawabcheh, le père du bébé palestinien brûlé vif dans l’incendie de leur maison par des extrémistes juifs, a succombé samedi à ses blessures, un décès qui risque de relancer les tensions dans les Territoires palestiniens.

Le 31 juillet, son fils Ali, 18 mois, mourait dans l’incendie provoqué par des hommes masqués ayant lancé des cocktails Molotov dans leur petite habitation du village de Douma, entouré de colonies israéliennes dans le nord de la Cisjordanie occupée.

Sa femme Riham, 26 ans, quasiment entièrement brûlée au troisième degré, est toujours hospitalisée en Israël dans un état critique, tandis que leur autre fils, Ahmed, 4 ans, entame une lente convalescence. Il n’est plus placé sous respiration artificielle et il aurait ouvert les yeux et reconnu plusieurs personnes autour de lui, indiquent les médias locaux.

Les murs noircis de leur maison incendiée avaient été couverts des mots «Vengeance» et «Prix à payer», la signature habituelle des colons et activistes de l’extrême droite israélienne.

Ce «prix à payer», c’est celui qu’imposent des extrémistes juifs, qui, depuis des années, agressent et vandalisent Palestiniens, Arabes israéliens et même soldats israéliens. Ils disent répliquer aux destructions de colonies sauvages, pourtant illégales aux yeux de la communauté internationale comme de la loi israélienne, et aux décisions politiques israéliennes qu’ils estiment contraires à leur volonté de coloniser tous azimuts les Territoires occupés et d’évincer les lieux de culte chrétiens et musulmans du «Grand Israël».

Autopsie pour la CPI

Longtemps impunis, ces activistes sont désormais dans le viseur du gouvernement de Benyamin Nétanyahou, pourtant l’un des plus à droite de l’histoire d’Israël.

Décidées à juger ces «terroristes», selon les mots du premier ministre israélien lui-même, les autorités ont placé, pour la première fois depuis des années, un extrémiste juif en détention administrative. Ce régime, qui permet d’incarcérer des suspects sans inculpation et pour une période de six mois renouvelable indéfiniment, est traditionnellement réservé aux Palestiniens.

Les autorités ont par ailleurs arrêté le jeune Meïr Ettinger, soupçonné d’être l’un des inspirateurs des récentes violences de l’extrémisme juif.

Si l’attaque de Douma a provoqué un tel émoi en Israël, c’est aussi parce qu’elle a eu lieu au lendemain d’une autre attaque au couteau menée par un extrémiste juif pendant la parade de la Fierté gaie à Jérusalem, qui a tué une adolescente et blessé cinq personnes.

Deux autres jeunes israéliens ont été arrêtés après l’attaque de Douma. Ils sont soupçonnés d’activités extrémistes, mais les autorités n’ont pas indiqué s’ils étaient ou non mis en cause pour la mort du nourrisson.

Pour Anouar Dawabcheh, un proche de la famille rencontré samedi par l’AFP, «c’est un crime commis par les colons mais avec l’accord des autorités de l’occupation». «Ce n’est pas possible qu’Israël, avec toute son armée et ses services de renseignement, n’ait toujours aucune information sur cette attaque», a-t-il affirmé.

Les Palestiniens, qui raillent régulièrement l’inaction de la justice israélienne face aux extrémistes juifs, veulent porter l’affaire devant la Cour pénale internationale (CPI). Aussitôt après la mort du petit Ali, le président Mahmoud Abbas en annonçait la saisine. Samedi, un responsable palestinien a affirmé que le corps de son père serait autopsié à Naplouse afin d’apporter de nouvelles preuves au tribunal de La Haye.

Les funérailles de Saad Dawabcheh, 32 ans, sont prévues samedi après-midi à Douma, a indiqué le maire Abdessalam Dawabcheh à l’AFP.

«Comités populaires»

Le décès de Saad Dawabcheh intervient au lendemain de la journée hebdomadaire de manifestation, qui dégénère chaque semaine en heurts en Cisjordanie occupée. Vendredi, des violences ont également secoué à Gaza, l’aviation israélienne ayant mené un raid en représailles à un tir de roquette.

À Douma, comme dans d’autres villages, les habitants disent vivre dans la peur de nouvelles attaques, sans espoir d’obtenir protection des forces israéliennes, ni palestiniennes puisque ces dernières ne sont pas autorisées à se rendre dans plus de 60 % de la Cisjordanie et ne peuvent accéder à la plupart des zones restantes qu’avec le feu vert de l’État hébreu.

L’Autorité palestinienne a toutefois annoncé la création de «comités populaires» de protection.

Un porte-parole du Hamas, Hossam Badran, a appelé sur sa page Facebook à un «affrontement ouvert et global contre l’occupant sans attendre […] de feu vert de quiconque», alors que le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza est en conflit ouvert avec l’Autorité palestinienne qu’il accuse de se compromettre avec Israël.

L’envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient Nickolay Mladenov a lui appelé à juger «les auteurs de cet acte terroriste» car il ne faut pas «que les extrémistes […] prennent le contrôle de l’ordre du jour politique».

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