Les conservateurs cherchent des vétérans «heureux» disposés à prêter leur voix et leur visage à la campagne

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La France a déjà décerné la Légion d’honneur à plus de 600 vétérans canadiens qui ont participé à la libération (capture d’écran/45eNord.ca)
Le parti conservateur cherche maintenant des vétérans « satisfaits » disposés à prêter leur voix et leur visage à sa campagne et à paraître dans des publicités télévisées. (capture d’écran/45eNord.ca)

Pour mieux contrer les attaques de leurs adversaires sur la gestion des problèmes des anciens combattants, les conservateurs en sont réduits, maintenant, à chercher des vétérans « heureux » qui seraient disposés à prêter leur voix et leur visage à la campagne conservatrice en paraissant dans des publicités électorales télévisées.

C’est du moins ce qu’affirme le journaliste de La Presse Canadienne Murray Brewster ce jeudi 27 août.

Le journaliste chevronné spécialisé en matière de Défense, récipiendaire de plusieurs prix de journalisme au cours de sa longue carrière, rapporte aujourd’hui qu’un courriel circule parmi les vétérans qui indique que les conservateurs sont à la recherche de quelques vétérans satisfaits du gouvernement conservateur et qui accepteraient d’apparaître dans des publicités télévisées de Stephen Harper.

Toujours selon Murray Brewster, le courriel semble avoir été écrit par Kris Sims, directrice des communications de ministre des Anciens Combattants Erin O’Toole et qui est actuellement en congé afin de travailler pour le parti pendant la campagne.

Dans ce document, elle demande à être mise en contact avec des ex-soldats qui sont prêts à apparaître à la caméra et « à-dire dans leurs propres mots pourquoi (Stephen) Harper est le meilleur choix pour le Canada, sur la base de leur expérience militaire et des menaces qui nous guettent dans le monde. »

Le courriel, dont La Presse Canadienne dit avoir obtenu, poursuit en affirmant que l’apparition de vétérans dans des publicités télévisées sera destiné à contrer la campagne de l’Alliance de la Fonction publique du Canada qui claironne que « le NPD et les libéraux sont les meilleurs choix pour les anciens combattants des Forces armées canadiennes. »

Les soldats et les anciens combattants constituent une part importante de la la base électorale conservatrice. Longtemps critiqué pour sa gestion des problèmes des vétérans, le premier ministre Harper avait, à l’approche des élections, sacrifié son dévoué, mais ministre controversé ministre des Anciens combattants Julian Fantino, remplacé par l’actuel ministre Erin O’Toole.

Celui-ci avait tout de suite rétablit les ponts avec les vétérans, en colère contre son prédécesseur et, avant le déclenchement des élections, le gouvernement Harper a entrepris une série de réformes du régime de prestations et de services pour les ex-militaires et leurs familles.

Mais cela n’a pas empêché un groupe d’anciens combattants de déclarer la guerre à Stephen Harper la semaine dernière en lançant la campagne « Anyone But Conservatives » («N’importe qui sauf les conservateurs») dans le cadre de laquelle le groupe d,environ 300 vétérans prévoit notamment organiser des manifestations et utiliser les médias sociaux afin d’empêcher la réélection du premier ministre sortant.

La campagne de ce groupe, soulignait le 20 août le major à la retraite et aujourd’hui professeur à l’Université du Québec en Outaouais Dave Blackburn sur 45eNord.ca, « aurait un conseil d’administration composée d’une douzaine de membres et de 320 bénévoles. Le fait que ce groupe compte sur 332 personnes sur un total d’environ 700 000 anciens combattants au Canada démontre clairement qu’il s’agit d’une initiative isolée. Malgré tout, comme le montre leur page Facebook, ils utilisent le statut d’ancien combattant pour mener leur campagne et c’est ce même statut qui fait la première des journaux. ».

Mais, même s’il ne s’agit les quelques centaines de vétérans de ce groupe ne sont pas forcément représentatifs des 700.000 vétérans canadiens, le danger de désaffection de cet électorat naturel des conservateurs et que, même, certains d’entre eux « passent à l’ennemi » n’en est pas moins là.

Les adversaires du gouvernement sortant n’ont d’ailleurs pas hésité à s’engouffrer dans cette brèche dans la muraille conservatrice.

Cet appel à des vétérans satisfaits qui accepteraient de prêter leur voix et leur visage à la campagne conservatrice intervient quelques jours après que les libéraux ont dévoilé un plan de 300 millions $ visant à répondre aux griefs accumulés des anciens combattants sur les retraites et les services de soutien aux vétérans.

Avec l’économie qui bat de l’aile, les retombées négatives sur l’image du gouvernement du procès du sénateur conservateur Mike Duffy accusé de fraude et corruption, et des sondages inquiétants qui confirment un net recul du Parti conservateur (le dernier sondage Forum Research pour le compte du quotidien Toronto Star donne aujourd’hui 40% des intentions de vote à Thomas Mulcair), tous les votes comptent et les conservateurs se doivent de conserver leur « électorat naturel ».

Dans l’adversité, ils se retournent donc vers ceux qui ont longtemps été leurs alliés naturels.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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