Les conservateurs mettent de l’avant leur plan ambitieux de renforcement de la Réserve

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La simulation permet aux militaires de la Réserve de s'exercer dans des conditions quasi-réelles (Photo: Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Ce sont souvent les réservistes qui répondent aux urgences nationales. La simulation permet aux militaires de la Réserve de s’exercer dans des conditions quasi-réelles (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Les conservateurs ont mis de l’avant aujourd’hui leur plan de renforcement des Forces de réserve dans un document qu’ils ont fait parvenir aux médias et qui rappelle aussi l’ensemble de leurs engagements en matière de défense s’ils sont reportés au pouvoir pour un quatrième mandat consécutif le 19 octobre prochain.

La Force de réserve comprend la Première réserve, les Rangers canadiens, la Réserve supplémentaire et le Service d’administration et d’instruction des organisations de cadets. Les membres de la Première réserve sont présents dans plus de 130 communautés, partout au Canada.

Affirmant qu’il faut que les Forces armées canadiennes aient la profondeur stratégique dont elles ont besoin pour répondre aux urgences et aux défis variés, et parfois nombreux, à l’échelle nationale et internationale, les conservateurs rappellent aussi que pendant la guerre en Afghanistan, les réservistes représentaient 25 % des Forces canadiennes déployées. Encore aujourd’hui, ils représentent 5 % de la force déployée dans la lutte contre l’EI. En outre, au Canada, ce sont souvent les réservistes qui répondent aux urgences nationales comme les inondations et les feux de forêt, souligne le document.

S’ils sont réélus, les conservateurs s’engagent donc à agrandir la Première réserve de 24 000 à 30 000 membres au cours du prochain mandat, au lieu des 20 ans originellement prévus, à prendre des mesures pour simplifier et raccourcir le processus de recrutement des réservistes et améliorer les possibilités de formation, et à allouer un budget prévisible, suffisant et durable pour les unités de la Force de réserve et de la Première réserve.

En cas de victoire, les conservateurs entendent aussi mettre l’accent sur l’accent sur l’utilisation de la Première réserve afin d’améliorer les liens entre les Forces armées et les communautés canadiennes.

En novembre 2014, l’ami du caporal Nathan Cirillo abattu par un tireur fou, le caporal Branden Stevenson avait courageusement repris sa position de sentinelle au Monument commémoratif de guerre. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

« Les réservistes gardent fièrement notre Monument commémoratif de guerre, où ils rendent hommage ceux qui se sont sacrifiés pour le Canada », souligne le document des conservateurs, alors que la mort du jeune réserviste Nathan Cirillo, abattu par un aspirant-djihadiste alors qu’il montait la garde au Cénotaphe à Ottawa est encore fraîche à la mémoire de tous les Canadiens.

« Il est possible d’intensifier ce rôle par l’intermédiaire de trois régiments de réserve: les Governor General’s Foot Guards, les Governor General’s Horse Guards et les Canadian Grenadier Guards, qui se trouvent à Ottawa, Toronto et Montréal respectivement », avance le document des conservateurs.

Ces unités, s’engagent les conservateurs, deviendront des centres d’excellence pour les fonctions cérémonielles, et leur force sera augmentée afin de réaliser ces tâches importantes. De plus, la Force de réserve participera à un plus grand nombre d’événements de commémoration, partout au pays, et jouera un rôle central dans les célébrations de Canada 150 en 2017.

De plus, le gouvernement sortant s’engage à préserver que le « patrimoine de nombre de nos manèges militaires régionaux », et, si possible, les ouvrir au public. Ainsi, l’accès public sera un élément clé de l’historique Manège militaire des Voltigeurs de Québec.

Le plan des conservateurs

Aux mesures déjà prises pour renforcer la Réserve (par exemple en aidant les entreprises qui emploient des réservistes déployés pour des exercices ou des opérations, et en versant des prestations aux réservistes blessés, au même titre que les membres de la Force régulière) voici donc le détails des mesures additionnelles suivantes pour renforcer la Réserve contenues dans le plan des conservateurs.

Le plan des conservateurs pour les Forces de Réserve

Agrandir la Première réserve de 24 000 à 30 000 membres au cours du prochain mandat

Une Première réserve élargie augmentera considérablement la capacité d’appoint des FAC en cas d’urgence, et sera plus en mesure de participer à la protection de la souveraineté du Canada, d’intervenir en cas d’urgence nationale comme les inondations et les feux de forêt, et de mieux protéger les eaux côtières et territoriales du Canada.

Coût de cette expansion de la Première réserve: 163 millions de dollars sur trois ans et environ 63,4 millions de dollars par la suite, une fois que l’objectif de 30 000 membres aura été atteint.

Prendre des mesures pour simplifier et raccourcir le processus de recrutement des réservistes et améliorer les possibilités de formation

Le processus de recrutement va être raccourci à pas plus de 60 à 90 jours entre la demande et l’enrôlement. De plus, un gouvernement conservateur réélu va élargir les critères d’admissibilité pour inclure les résidents permanents, afin de tirer profit de cet important groupe de candidats possibles et de faciliter le processus d’obtention de la citoyenneté canadienne.

Allouer un budget prévisible, suffisant et durable.

Un gouvernement conservateur réélu s,engage à assurer un financement prévisible à long terme des unités de Réserve.

Se rapprocher des Canadiens

Tirant profit des mesures déjà prises par le gouvernement Harper pour renforcer les liens entre les FAC et les Canadiens, l’accent sera mis sur l’utilisation de la Première réserve afin d’améliorer les liens entre les FAC et les communautés canadiennes.

Les manèges militaires

Le Manège militaire de Québec avant l’incendie qui l’a détruit en 2008 (Photo: Delphien Ménard, WikiCommons)

Le gouvernement sortant rappelle aussi qu’il entend poursuivre ses investissements dans l’infrastructure qui soutient les Forces de réserve. Dans le cadre du Plan d’action économique, environ 136 millions de dollars sont investis au titre du Plan d’investissement dans les infrastructures, financement qui, notent les conservateurs, sert à procéder aux mises à niveau requises aux 60 manèges militaires du Canada.

De plus, le gouvernement sortant rappelle qu’il entend s’assurer que le riche patrimoine de nombre de nos manèges militaires régionaux est préservé et, si possible, ouvert au public. L’accès public sera un élément clé de l’historique Manège militaire des Voltigeurs de Québec.

Défense/Sécurité, le cheval de bataille des conservateurs en ce début de campagne

Alors que l’économie qui commence à battre de l’air n’est plus le cheval de bataille idéal, le chef conservateur s’était dès la deuxième semaine de campagne vite retourné vers les questions de défense et de sécurité où il est perçu par plusieurs comme le meilleur rempart contre les menaces qui visent les canadiens, ici comme à l’étranger.

Après une première semaine de campagne centrée sur la question de l’économie au cours de laquelle son bilan a été sévèrement critiqué par ses adversaires, le premier ministre avait vite ramené les questions de défense et sécurité à l’avant-scène, défendant avec vigueur sa décision d’engager militairement le Canada au Moyen-Orient sur l’air bushien de’Combattons les là-bas pour ne pas avoir à les combattre ici!’. Il s’était aussi empressé, comme on s’y attendait, de remettre à l’avant-plan la question du terrorisme.

En outre, de passage à Iqaluit, dans le Nunavut, le vendredi 14 août, le premier ministre sortant a promis d’augmenter le nombre de Rangers juniors en cas de victoire 19 octobre: il augmenterait alors le nombre de Rangers juniors canadiens de 15 %, les faisant passer de 4.400 à 5.000 membres, a-t-il promis.

Les conservateurs posent en champions des Forces armées

Nouvelle promesse électorale pour Stephen Harper: plus de Rangers juniors s’il est réélu. (Archives/CPM)
En détaillant ses engagements en matière de défense, les conservateurs reprennent aussi certains « airs connus ».

« Rebâtir les Forces armées canadiennes (FAC) est une priorité pour le gouvernement du Premier ministre Stephen Harper depuis qu’il est au pouvoir. De solides FAC sont essentielles à la protection de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Canada, et sont un outil important pour défendre nos intérêts et promouvoir nos valeurs à l’étranger », déclare d’entrée de jeu le document des conservateurs.

Oubliant sans doute que son principal adversaire dans cette course est le NPD, les conservateurs ne manquent pas d’écorcher au passage les libéraux, se vantant d’avoir rétabli la «capacité militaire de base» des FAC après une décennie de noirceur sous les Libéraux.

« La capacité de transport aérien, de surveillance de la souveraineté et de combat des Forces armées canadiennes a été renforcée », insistent-ils.

Et de citer les mesures requises pour rebâtir la Marine royale canadienne (MRC) et la Garde côtière canadienne par l’intermédiaire de la Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale, d’une valeur d’environ 35 milliards de dollars, et la construction de navires à Halifax et à Vancouver.

Le document rappelle aussi l’engagement du Canada contre la menace du terrorisme dans le cadre de la coalition militaire contre le groupe armé État islamique et la position ferme d’Ottawa contre l’ »agression russe » en Ukraine par une mission de formation militaire et un soutien à des mesures de dissuasion en Europe, conjointement avec nos alliés de l’OTAN.

S’ils sont en retard dans les intentions de vote chez les Canadiens dans leur ensemble, (le dernier sondage Léger donnant près répartition des indécis, 33% au NPD, 28 % au Libéraux, les Conservateurs fermant la marche avec 27%), leur appui chez les militaires est encore fort, le premier ministre sortant étant encore perçu, à tort ou à raison, comme le champion de la « cause militaire ».

Depuis le début de la campagne, les conservateurs n’ont cessé de claironner que leurs adversaires mettraient un terme à la lutte contre le groupe État islamique et réduiraient le budget de défense du Canada, ce qui aurait, disent-ils, des conséquences négatives disproportionnées sur les Forces armées canadiennes.

Attiser la craintes de pertes de budget et opposer ainsi civils et militaires n’est peut-être pas toutefois, à plus long terme, la meilleure idée pour un gouvernement qui a lui-même du procéder ;a plusieurs coupes pour tenter d,équilibrer son budget.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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