L’initiative «Anyone But Conservatives»: lorsque certains ne comprennent rien et utilisent le statut d’ancien combattant…

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Une initiative contre-productive?
Une initiative contre-productive?

Pour être franc avec vous, j’ai été choqué de voir cette bande plus ou moins organisée avec des pancartes à la main, se cachant le visage et surtout se prétendant être des anciens combattants venir se mêler de la campagne électorale fédérale actuelle plus tôt cette semaine à Fredericton.

N’allez surtout pas mal interpréter mes propos, je n’ai absolument rien contre les anciens combattants qui tentent de faire avancer la cause, les services et la reconnaissance en amenant des solutions aux problèmes. J’ai quelque chose contre ceux et celles qui utilisent le statut d’ancien combattant pour critiquer sans apporter des alternatives concrètes tout particulièrement lorsque leurs arguments ne tiennent pas la route, que leurs compréhensions des enjeux sont déficitaires et que leurs solutions sont simplement le changement du parti politique au pouvoir par n’importe lequel autre parti. Ça ne fait pas très sérieux et, à mon sens, ça vient salir le statut d’ancien combattant!

Cette initiative appelée «Anyone But Conservatives – Canadian Veterans Campaign» est menée par un certain Tom Beaver du Nouveau-Brunswick. Leur campagne aurait un conseil d’administration composée d’une douzaine de membres et de 320 bénévoles. Le fait que ce groupe compte sur 332 personnes sur un total d’environ 700 000 anciens combattants au Canada démontre clairement qu’il s’agit d’une initiative isolée. Malgré tout, comme le montre leur page Facebook, ils utilisent le statut d’ancien combattant pour mener leur campagne et c’est ce même statut qui fait la première des journaux.

Le fer de lance de cette initiative est la fermeture des neuf bureaux régionaux en 2014 du ministère des Anciens combattants et les coupes budgétaires. Les problèmes au ministère des Anciens combattants sont beaucoup plus profonds que la simple fermeture de bureaux régionaux et les coupures budgétaires. Le prochain gouvernement aurait beau rouvrir les neuf bureaux et même en ajouter une vingtaine de plus partout au Canada et investir des millions de plus au budget du ministère, il y aura toujours les mêmes problèmes de fond qui sont entre autres causés par la «culture organisationnelle hyper-bureaucratique qui s’apparente à une mentalité de compagnie d’assurance». Le ministère des Anciens combattants dans pratiquement toute sa structure, toute sa grandeur, a besoin d’être modernisé et pour se faire de nouveaux procédés doivent être édifiés. Il ne faut pas tenter de donner quelques couches de peinture pour le mettre au goût du jour, mais il faut mettre la structure actuelle au rancart et en construire une nouvelle qui répondra aux besoins, aux réalités et aux défis des anciens combattants. Il faut un plan. Il faut des idées. Il faut consulter les anciens combattants et les familles. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui demande volonté et rigueur.

Pensez-vous sérieusement que les autres partis feront mieux que le précédent sans une refonte du ministère? Pensez-vous que même si le «Mario Lemieux» de la politique était nommé au poste de ministre des Anciens combattants, il pourra faire mieux que ces prédécesseurs sans des changements majeurs dans la structure de fonctionnement? Laissez-moi le privilège d’en douter fortement.

Dans ce contexte, la solution ne peut pas être aussi simple que «Anyone But Conservatives» proposée par Tom Beaver et sa bande. Je les invite à retourner faire leurs devoirs et à proposer des idées novatrices et constructives et peut-être réussiront-ils à amener plus de 332 anciens combattants à joindre leur initiative!

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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