Mistral: l’accord de rupture avec Moscou officialisé, le démantèlement de l’équipement prévu en septembre

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Le BPC Vladivostok, de classe Mistral, en juin 2014, à Saint-Nazaire. (Archives/Quoique/Wikimedia Commons)
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Le BPC Vladivostok, de classe Mistral, en juin 2014, à Saint-Nazaire. (Archives/Quoique/Wikimedia Commons)
Le BPC Vladivostok, de classe Mistral, en juin 2014, à Saint-Nazaire. (Archives/Quoique/Wikimedia Commons)

Article remis à jour 06/08/2015 à 9h04

Le président de la République et le président Poutine se sont entretenus mercredi après-midi afin de confirmer que la France et la Russie sont parvenues à un accord pour mettre un terme au contrat signé en 2011 qui prévoyait la livraison de deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) de type Mistral, annonce enfin l’Élysée aujourd’hui.

Aux termes de cet accord, précise l’Élysée,

  • la Fédération de Russie est exclusivement et intégralement remboursée des sommes avancées au titre du contrat ;
  • les équipements russes qui ont été installés sur les bâtiments seront restitués ;
  • la France aura la pleine propriété et la libre disposition des deux bâtiments.

« Le président de la République et M. Vladimir Poutine se sont félicités du climat de partenariat amical et ouvert qui a marqué les négociations. Ils se sont accordés sur le fait que, désormais, ce dossier était clos », conclut le communiqué de la présidence française.

« La France a déjà transféré le remboursement et une fois que l’équipement aura été restitué, elle obtiendra la propriété des deux navires et sera en mesure de les utiliser », a déclaré de son côté le Kremlin, affirmant lui aussi qu’il « considère la question du Mistral comme entièrement résolu ».

Le suspense aura duré jusqu’à la dernière minute

Le 30 juillet, Moscou avait annoncé être être parvenu à un accord de dédommagement avec Paris pour la non-livraison des navires Mistral au terme de deux mois de négociations, mais l’information avait été aussitôt démentie par le président français François Hollande.

Voilà donc qu’aujourd’hui, Paris dément finalement son démenti.

Début juillet, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian avait annoncé à Washington que les autorités françaises avaient pris la décision définitive de ne pas fournir à la Russie les deux Mistral.

Mais le contentieux entre la France et la Russie sur la livraison des navires avait placé la présidence française dans une situation inconfortable, tiraillée entre intérêts économiques et volonté de pousser la Russie à infléchir sa position dans la crise ukrainienne.

«Les négociations sont déjà entièrement achevées, tout a déjà été décidé – et les délais, et la somme», avait annoncé le conseiller pour la coopération militaire et technique du président russe, Vladimir Kojine, dans des propos rapportés le 30 juillet par la très officielle agence russe Ria Novosti.

François Hollande s’était alors empressé de démentir les déclarations russes, indiquant que, «pour l’instant», il n’y avait «pas d’accord». «Des discussions sont engagées. Je prendrai la décision dans les prochaines semaines», avait déclaré le président français.

Mais Paris a finalement officialise mercredi l’accord de rupture avec Moscou sur le Mistral.

Le remboursement

Paris devait rembourser à la Russie 1,16 milliard d’euros (1,66 $ CAD), selon un calcul établi par le quotidien économique russe Kommersant, qui cite également pour l’appuyer plusieurs sources anonymes.

Le montant exact de la somme versée par la France à la Russie pour le règlement du dossier des navires Mistral « sera communiqué au parlement » mais sera inférieur au prix d’achat initial de 1,2 milliard d’euros, a indiqué pour sa part jeudi le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Interrogé par la radio RTL, le ministre a souligné que, suite à l’accord annoncé mercredi soir entre Paris et Moscou sur le règlement de cet épineux dossier, les deux navires étaient désormais « en pleine propriété de la France », qui va leur chercher un nouvel acquéreur.

« Un certain nombre de pays, ils sont nombreux, ont fait connaître leur intérêt pour ces bateaux », a-t-il assuré. « Il est souhaitable de le faire le plus rapidement possible. On ne pouvait pas le faire tant que le contentieux n’était pas réglé avec la Russie, c’est le cas (…) Il n’y a plus de contentieux ».

« La France remboursera à la Russie l’ensemble des frais engagés par la Russie pour l’acquisition de ces bateaux. Le prix initial était d’environ 1,2 milliard, le prix de l’accord sera inférieur puisque la Russie sera remboursée à l’euro l’euro des engagement financiers qu’elle a pu mobiliser », a précisé M. Le Drian. « Le montant exact sera communiqué au parlement parce qu’il y aura une loi de ratification. Le parlement va être saisi très rapidement du montant et du dispositif ».

L’heure est maintenant au démantèlement de l’équipement

Une équipe de spécialistes russes devrait donc se rendre en France en septembre pour y démanteler les équipements installés sur les deux porte-hélicoptères de classe Mistral,rapporte pour sa part l,agence publique russe TASS, disant tenir l’information d’une source travaillant dans les services de coopération militaro-technique russes.

« Une équipe de spécialistes se prépare actuellement à démonter pour le matériel de communication des porte-hélicoptères. Leur départ pour la France est prévue pour septembre, » aurait précisé de de l’agence russe.

Auparavant, une autre source dans le secteur de l,industrie russe de la défense avait confié à l’agence que les autorités russes avaient commencé à rassembler le groupe de spécialistes qui iraient à la France de démanteler les équipements installés sur les Mistral.

« Nous avons reçu la tâche de le faire et nous allons réunir un groupe d’experts qui va maintenant aller en France pour démanteler l’équipement de télécommunications et de contrôle fournis par les fabricants russes et installé sur le Mistral (Le Vladivostok), » avait révélé la source dès juillet.

Toujours selon cette source, le caractère universel de ce matériel permettra de l’utiliser sur d’autres navires de guerre russes.Les systèmes de télécommunications et de contrôle pour les deux porte-hélicoptères ont été conçus et fabriqués par la société russe Sistemy Upravleniya.