Opération IMPACT: un théâtre complexe aux multiples règles

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Le brigadier-général Lise Bourgon discute avec l’adjudant-Chef John Short, Adjudant-Chef de la FOI-Irak. (Op IMPACT)
Le brigadier-général Lise Bourgon discute avec l’adjudant-Chef John Short, Adjudant-Chef de la FOI-Irak. (Op IMPACT)

Arrivée à la mi-mai pour prendre le commandement de la Force opérationnelle interarmées – Irak, le brigadier-général Lise Bourgon a récemment accordé une interview à 45eNord.ca pour faire le point sur l’Opération IMPACT.

Le Canada, tout comme ses alliés de l’OTAN, a salué la Turquie dans sa double offensive récente contre les rebelles kurdes et le groupe armé État islamique. Le brigadier-général Lise Bourgon précise que, pour l’instant, «les frappes turques ne sont pas planifiées en coordination avec le Quartier général de la Coalition» et «ne font donc pas partie de l’Opération INHERENT RESOLVE [nom de la mission internationale, dont fait partie Op IMPACT]».

Après la chute de Ramadi, capitale de la province d’Al-Anbar (ouest), à la mi-mai, Washington a reconnu avoir subi un revers majeur, mais a promis de reprendre la ville avec l’aide des forces de sécurité irakiennes et des milices chiites.

Un combattant de l'EI installe un drapeau de l'organisation djihadiste dans une rue de Ramadi, le 18 mai (AFP)
Un combattant de l’EI installe un drapeau de l’organisation djihadiste dans une rue de Ramadi, le 18 mai (AFP)

Le 12 juillet, les forces irakiennes et chiites se sont donc lancées dans la reconquête de la ville en commençant une «phase d’isolement». Les avions de la coalition internationale ont donc apporté un soutien aérien aux troupes au sol en effectuant 29 frappes dès le premier jour, une centaine en date du 31 juillet.

Les djihadistes ayant commencé à placer des engins explosifs improvisés et des mines dans la ville et autour, l’approche des forces amies est prudente et les gains significatifs promettent d’être longs à venir, mais le brigadier-général Bourgon estime que voir les premiers effets «fait chaud au cœur».

«La route va être longue. Ramadi, c’est la première grosse contre-attaque, mais il y en aura d’autres. C’est une campagne à long terme», estime Lise Bourgon. «L’aviation de la coalition n’est là que pour donner de l’espace et du temps aux forces irakiennes. C’est leur bataille, et on est là qu’en support».

À Ramadi, l’aviation canadienne a ciblé à deux reprises des «positions de combat», mais le ciblage est l’un des facteurs principaux rendant la mission extrêmement complexe.

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«Il faut jongler avec les ressources limités que nous avons en théâtre, alors on priorise», dit la commandante de la FOI Irak. «Trouver et développer une cible prend beaucoup d’efforts d’intelligence, de surveillance et de reconnaissance. On priorise donc des cibles militaires, mais notre priorité première reste de soutenir les forces de sécurités irakiennes qui combattent au sol l’EI».

Depuis l’extension de la mission canadienne à la Syrie, le 30 mars, les CF-18 n’ont frappé qu’à quatre reprises dans ce pays. «Le Canada n’est pas autorisé à aller dans certaines zones en Syrie. On est restreint dans nos zones d’opérations», explique encore la commandante du contingent canadien au Moyen-Orient.

L’explication vient du fait que le Canada et les autres pays participant à la coalition internationale ont chacun leurs propres règles d’engagement, avec de «légères différences». «Certains pays ont certaines cibles qu’ils peuvent attaquer et d’autres non», résume le brigadier-général Bourgon. C’est au commandant de la coalition, ici le lieutenant-général américain James L. Terry, que revient la responsabilité de trouver un terrain commun et de tenir compte des «sensibilités» de chaque pays.

La coalition doit aussi compter sur des règles et conventions internationales à respecter, comme celles édictées par l’OTAN et l’ONU.

L’ancien ministre de la Défense nationale Rob Nicholson avait indiqué à la Chambre des communes en octobre 2014 que le Canada «se conformera aux normes les plus élevées au monde».

«C’est pour quoi, jusqu’à date, je suis heureuse de dire que du côté canadien, nous n’avons aucune perte civile de confirmée dans les opérations aériennes canadiennes», d’affirmer Lise Bourgon, précisant que les avions canadiens font exactement «ce qu’ils ont droit le faire».

On ne cible que des objectifs militaires en respectant le droit des conflits armés. On travaille vraiment vraiment fort pour ne pas faire d’erreur et ne pas avoir de dommages [collatéraux].
Brigadier-général Lise Bourgon, commandante de la Force opérationnelle interarmées Irak

Une bonne évaluation des pertes peut cependant être compliquée à obtenir puisque dans certains cas il n’y a personne au sol ou que la cible se situe au cœur d’un territoire ennemi. L’évaluation ne peut alors se faire que des airs.

Frappes aériennes en Irak. (MDN)
Frappes aériennes canadiennes en Irak. (MDN)

En Irak, les forces de la coalition peuvent compter sur les contrôleurs avancés d’attaque interarmées (JTAC) irakiens. Si certains membres des forces spéciales canadiennes ont fait du ciblage au début de la mission, ce n’est désormais plus, officiellement, le cas. «On n’a pas toujours besoin de JTAC, il y a plusieurs moyens de confirmer une cible avant de l’engager, mais en ce moment, ce sont les JTAC irakiens au sol qui nous aident à faire nos attaques», indique le brigadier-général Bourgon.

Rappelant que le Canada ne s’engage pas dans le conflit politique interne en Syrie, la commandante de la force opérationnelle interarmées en Irak précise que les cibles en Syrie ne sont que des cibles du groupe armé État islamique. «Le but d’Opération IMPACT et des frappes en Syrie, c’est de supporter l’Irak et affaiblir les capacités de l’EI. On est focusé sur l’Irak, mais comme certains se sauvaient en Syrie, alors on a décidé de cibler ça». Mais comme il y a beaucoup moins de ressources pour avoir une «image claire de la situation sur le terrain» et ne pas faire d’erreur, le nombre de frappes est beaucoup plus limitée en Syrie.

Afin d’avoir une image claire de la situation sur le terrain avant d’engager une cible, la coalition peut faire appel à différentes personnes: les équipes de renseignement dans les appareils de surveillance, les «personnes au sol qui contrôle la situation», et les pilotes des avions de chasse qui ont cependant le dernier mot sur la mission. «Les pilotes ont toujours le droit de changer d’idée et de ne pas attaquer», explique la commandante, qui précise également qu’il y a eu «plusieurs missions avortées», mais que «ce n’est pas arrivé très très souvent».

Se disant fière de ses troupes, le brigadier-général Lise Bourgon assure que malgré les températures frôlant les 50°, le moral est toujours bon, chacun et chacune trouvant du réconfort dans la nourriture, ou au gym. L’Opération IMPACT doit se poursuivre au moins jusqu’au 30 mars 2016, mais d’ici là une autre rotation de personnel aura lieu et permettra de donner du repos aux pilotes, techniciens, personnels de soutien et officiers d’état-major, qui rentreront chez eux, au Canada, auprès de leurs proches.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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