Accusations et mandat contre le jeune djihadiste canadien Farah Shirdon qu’on avait cru mort en 2014

Farah SHIRDON (GRC)
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Farah SHIRDON (GRC)
Farah SHIRDON (GRC)

Farah Mohamed Shirdon, un Canadien de 22 ans parti rejoindre les rangs du groupe État islamique et qui avait été donné pour mort l’an dernier, a été inculpé en son absence jeudi par l’Équipe intégrée de la sécurité nationale de la police fédérale canadienne, qui a également annoncé le dépôt auprès d’Interpol d’un mandat d’arrêt international.

L’enquête, dit la police canadienne « nous a permis de conclure que Shirdon a quitté le Canada le 14 mars 2014 pour prétendument se joindre à l’État Islamique en Syrie », qui ajoute que « Quoique qu’il ait été rapporté en 2014 que Shirdon avait été tué en Syrie, ces informations se sont révélées fausses ».

En août 2014, plusieurs reportages de médias sociaux en Irak faisaient état de la mort au combat dans ce pays du jeune homme de Calgary, qui était apparu dans une vidéo de l’EI quatre mois auparavant.

Sur la vidéo, Shirdon avait été filmé pendant qu’il brûlait son passeport canadien. Il faisait partie d’une vingtaine d’Albertains à s’être joints au groupe extrémiste depuis deux ans.

Aujourd’hui, des accusations en lien avec le terrorisme ont été déposées par contumace contre Shirdon par l’Équipe intégrée de la sécurité nationale de la GRC en Alberta dans le cadre d’une enquête nommée le projet STACCATO, dit le communiqué de la Gendarmerie royale du Canada publié aujourd’hui.

Les chefs d’accusation en vertu des articles du Code criminel contre le présumé djihadiste canadien sont les suivants, précise la police fédérale

  • Quitter le Canada pour participer dans une activité d’un groupe terroriste. (83.181
  • Participation dans l’activité d’un groupe terroriste. (83.18(1) – Augmenter la capacité de l’EI de se livrer à une activité terroriste ou de la faciliter.)
  • Fournir des instructions à une personne de se livrer à une activité terroriste au profit de l’EI. (83.21(1) – pour avoir encouragé d’autres à voyager en Syrie/Irak et d’envoyer des fonds à l’EI.)
  • Donner des instructions à quelqu’un de se livrer à une activité terroriste au profit de l’EI.(83.21(1) – pour avoir encouragé d’autres à commettre des actes de violence à l’appui de l’ÉI.)
  • Commettre un acte criminel pour un groupe terroriste. (83.2) – En lien avec la profération de menaces contre le Canada et les États-Unis commises le ou autour du 13 avril 2014 dans un vidéo diffusée par l’ÉI.)
  • Commettre un acte criminel pour un groupe terroriste. (83.2) – En lien avec la profération de menaces faites en date ou voisine du 23 septembre 2014 lors d’une entrevue avec Vice Media.)

Un mandat d’arrestation pancanadien a été émis et une Notice rouge sera émise sous peu par INTERPOL, ajoute la GRC mentionne qu’elle continue de « travailler activement avec ses partenaires nationaux et internationaux afin qu’il soit retourné au Canada où il sera arrêté et fera l’objet de poursuite »s.

« Notre enquête a démontré que Shirdon était impliqué dans un rôle de combat et remplissait d’autres fonctions au compte de l’EI telles que le recrutement, le financement, l’incitation pour que d’autres commettent des actes de violence, et la propagande, qui sont tous destinées à augmenter les activités de l’EI, » a déclaré le commissaire adjoint Marlin DeGrand, officier responsable des Opérations criminelles de la GRC en Alberta.

« Ces accusations démontrent non seulement que la GRC prend des mesures actives en enquêtant et en poursuivant des accusations criminelles contre les voyageurs à risque élevé, mais servent également de message dissuasif puissant envers les individus qui visent à voyager à l’étranger à des fins terroristes et ceux qui sont déjà engagés dans une telle activité », a souligné pour sa part le commissaire adjoint James Malizia, officier responsable des Opérations de la Police fédérale de la GRC.

De gauche à droite, Awso Peshdary, 25 ans, présumé terroriste arrêté le 3 février 2015 à Ottawa, et Khadar Khalib, 23 ans, et John Maguire, 24 ans, contre qui des accusations en lien avec des activités terroristes ont aussi été portées (GRC/45eNord.ca)

Plusieurs jeunes Canadiens sont partis rejoindre les rangs des djihadistes ces dernières années dont plusieurs de la province de l’Alberta ou du Québec.

La police ne donne pas de chiffres actualisés sur ces départs, mais, selon le témoignage l’automne dernier du commissaire de la GRC Bob Paulson après les deux attaques d’aspirant-djihadistes qui avaient tué deux militaires canadiens, environ 130 Canadiens auraient joint les rangs de l’EI.

Certains ont été tués, comme en janvier un ancien étudiant de l’Université d’Ottawa, John Maguire, parti début 2014 en Syrie et mort près de la ville syrienne kurde de Kobané fin 2014. Quatre autres jeunes, tous proches d’une même famille d’origine somalienne, avaient également été tués dans des combats en Syrie.

Ici, à Montréal, en février dernier, on apprenait que la police de Montréal enquêtait sur la disparition d’un groupe de six jeunes Québécois radicalisés âgés de 18 et 19 ans soupçonnés d’être partis pour se joindre à des groupes djihadistes en Syrie.

Les six jeunes, quatre garçons et deux filles, ont pris un vol autour du 16 janvier et auraient réussi à atteindre la Turquie avec l’intention de passer en Syrie voisine, puis, les autorités et leurs familles ont perdu leur trace.

Puis, en mai, dix autres jeunes radicalisés ont été interceptés avant de prendre l’avion et font l’objet de poursuites par la justice canadienne: les dix jeunes ont été arrêtés par la GRC à l’aéroport de Montréal alors qu’ils s’apprêtaient à quitter le pays pour joindre les rangs des djihadistes.