Colombie/Farc: pas décisif vers la paix avec un accord sur le sort judiciaire des combattants

Le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé un accord historique à La Havane mercredi 23 septembre pour mettre fin d'un demi-siècle de conflit en Colombie. À l'avant-plan, de gauche à droite, le président colombien Juan Manuel Santos, le président du pays hôte de la rencontre,le cubain Raul Castro, et le numéro un des Farc, Timoleon Jmenez "Timochenko". (Cesar Carrión/SIG)
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Le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé un accord historique à La Havane mercredi 23 septembre pour mettre fin d'un demi-siècle de conflit en Colombie. À l'avant-plan, de gauche à droite, le président colombien Juan Manuel Santos, le président du pays hôte de la rencontre,le cubain Raul Castro, et le numéro un des Farc, Timoleon Jmenez "Timochenko". (Cesar Carrión/SIG)
Le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé un accord historique à La Havane mercredi 23 septembre pour mettre fin d’un demi-siècle de conflit en Colombie. À l’avant-plan, de gauche à droite, le président colombien Juan Manuel Santos, le président du pays hôte de la rencontre,le cubain Raul Castro, et le numéro un des Farc, Timoleon Jmenez « Timochenko ». (Cesar Carrión/SIG)

Le président colombien Juan Manuel Santos et la guérilla marxiste des Farc ont signé mercredi à Cuba un accord sur le sort judiciaire des combattants, avant la conclusion d’accords de paix dans un délai maximum de six mois.

En vertu de cet accord, les crimes contre l’humanité, de génocide, les crimes de guerre, les déplacements forcés et les actes de torture ne seront pas amnistiés, indique le texte lu par les délégués des pays médiateurs, Cuba et la Norvège, ouvrant la voie à la fin du plus vieux conflit armé d’Amérique latine.

« Le chef du secrétariat des Farc et moi-même avons décidé que, au plus tard dans six mois, cette négociation doit se conclure et il faut signer un accord final de paix », a déclaré le président colombien lors d’une cérémonie en présence du numéro un de la guérilla, Timoleon Jimenez, dit Timochenko, et du président cubain Raul Castro.

Les trois hommes se sont réunis mercredi à huis clos pendant une demi-heure à La Havane, lieu des négociations de paix menées entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) depuis novembre 2012, avant de dévoiler officiellement cet accord.

Il s’agissait du premier face-à-face entre le président Santos et le chef des Farc, recherché pour homicide aggravé, terrorisme, enlèvement et rébellion.

La justice et le sort réservé aux auteurs de crimes de guerre est un volet crucial des pourparlers de paix censés mettre fin à plus d’un demi-siècle de conflit armé, le dernier encore en cours sur le continent américain.

La justice est le noeud des négociations de paix, avait assuré plus tôt dans la journée la présidence colombienne dans un communiqué, insistant sur le fait qu’un accord sur ce thème constituerait un point de non-retour vers la paix.


Allocution du président Santos sur l’accord avec les Farc le 23 deptembre 2015. (Presidencia de la República – Colombia)

Suspension des poursuites contre les chefs des Farc

Le Procureur général de Colombie a pour sa part annoncé mercredi soir la suspension des poursuites prévues contre les chefs des Farc pour « graves violations des droits de l’Homme », suite à l’accord sur le sort judiciaire des combattants signé mercredi dans le cadre du processus de paix.

« En vertu de cet accord en matière de justice transitoire, j’ai donné des instructions très précises pour que soient suspendues toutes les poursuites prévues contre le commandement des Farc (…) pour graves violations des droits de l’Homme », a déclaré le procureur général, Eduardo Montealegre, lors d’une conférence de presse.

M. Montealegre a précisé que ses services avaient prévu d’engager d’ici la fin de l’année des poursuites contre plus de 50 membres du secrétariat et de l’état-major des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), principale guérilla du pays engagée dans des pourparlers de paix avec le gouvernement depuis près de trois ans.

Mais que face au « fait historique » de mercredi, ses services devaient « adapter immédiatement son mode d’investigation », étant donné qu' »il y a un mode propre à la justice transitoire ».

Le gouvernement colombien de Juan Manuel Santos et les Farc ont donc franchi mercredi un pas décisif vers la paix, qu’ils se sont engagés à signer d’ici six mois, en annonçant un accord sur le sort judiciaire des combattants, point crucial des pourparlers entamés en novembre 2012.

La guérilla refusait jusqu’à présent un accord impliquant de la prison pour ses membres et le gouvernement se disait opposé à toute impunité.

John Kerry salue les « progrès historiques » vers la paix avec les Farc

Les États-Unis ont de leur côté salué mercredi les « progrès historiques » en Colombie après la signature entre le président Juan Manuel Santos et la guérilla des Farc d’un accord sur le sort judiciaire des combattants, première étape avant la signature des accords de paix.

« Les annonces faites aujourd’hui à l’occasion des négociations qui se tenaient à La Havane représentent des progrès historiques vers la conclusion d’un accord de paix final qui mettra fin à 50 ans de conflit armé », a indiqué le secrétaire d’Etat John Kerry dans un communiqué, précisant qu’il avait lui-même appelé le président Santos pour le féliciter.

« La paix est maintenant plus proche pour le peuple colombien et des millions de victimes de ce conflit », a-t-il ajouté.