Crise des réfugiés: le traitement des demandes d’asile accéléré, «sans compromettre la sécurité»

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Le camp de réfugiés syriens Zaatari (Photo: Archives/Brian Sokol/UNHCR)
Le camp de réfugiés syriens Zaatari (Photo: Archives/Brian Sokol/UNHCR)

Pressé de toutes parts de venir en aide plus rapidement aux réfugiés syriens et irakiens qui, fuyant la guerre, frappent aux portes de l’Occident, mais ne voulant pas en pleine campagne électorale indisposer son électorat naturel plutôt anti-migrants, le gouvernement conservateur sortant a annoncé qu’il accélérera le traitement des demandes d’asile mais, insiste-t-il, sans compromettre la sécurité des Canadiens.

La campagne pour les élections fédérales du 19 octobre avait été marquée la semaine dernière par la crise des réfugiés et la façon d’y répondre, avec une population canadienne divisée entre ceux qui, pour des raisons de sécurité rejettent ces réfugiés et les autres qui, bouleversés, veulent au contraire ouvrir toutes grandes les portes du pays.

La réponse des conservateurs, accusés d’insensibilité, est un plan qui accordera le bénéfice du doute au demandeurs d’asiles en ce qui a trait à leur qualité de réfugiés, mais seulement une fois l’étape de vérifications de sécurité passée.

Les agents des visas, explique le communiqué du ministère de l’Immigration, axeront leurs entrevues sur des vérifications de sécurité, d’antécédents judiciaires et médicaux. Seulement après, en l’absence de preuve du contraire, les agents des visas pourront tenir pour acquis que les personnes qui fuient le conflit ont qualité de réfugiés, ce qui accélérera le traitement des demandes ».

Le ministère dit viser ainsi à ce qu’une décision ait été prise à l’égard de toutes les demandes de Syriens reçues à ce jour d‘ici la fin de décembre 2015.

Le Canada, a annoncé le ministre de l’immigration Chris Alexandre aujourd’hui à Scarborough, « affecte de nouvelles ressources et apporte des modifications ciblées à ses directives afin de pouvoir respecter plus rapidement ses engagements actuels de réinstaller des réfugiés syriens et irakiens, sans qu’il réduise pour autant les mesures relatives au contrôle de sécurité, aux vérifications judiciaires et aux examens médicaux ».

Grâce à ces dispositions, les conservateurs comptent remplir l’engagement actuel que le Canada a pris de réinstaller 10 000 Syriens d’ici septembre 2016, soit 15 mois plus tôt que prévu. L’autre engagement que le Canada avait aussi pris de réinstaller 23 000 Irakiens sera aussi respecté d’ici la fin de l’année.

Le programme de parrainage, élément clé du plan conservateur

Le ministre canadien de l’Immigration, Chris Alexander, le 29 mai 2015, alors qu’il annomçait des changements majeurs à la Loi renforçant la citoyenneté canadienne. (@MinChrisA/compte Twitter)
Comme le lui recommandaient la plupart des experts et comme le lui demandaient les gouvernements provinciaux comme le Québec ou l’Ontario le Canada pour accélérer l’accueil de ceux et celles qui fuient la guerre mettra à profit le système déjà existant de parrainage, ce qui peut s’avérer particulièrement efficace dans le cas des Syriens dont un grand nombre de famille de classe moyenne sont déjà installée au pays.

En accélérant et en simplifiant le traitement des demandes de parrainage émanant notamment des Canado-Syriens, dont 40.840 vivent déjà ici, le Canada se trouvera en mesure de remplir ses engagements en matière d’accueil des réfugiés venant des zones de conflit sans risque de compromettre la sécurité des Canadiens et sans imposer à l’ensemble des contribuables un fardeau que certains dans la population n’étaient pas prêts à accepter.

Le Canada, dit le communiqué du ministère de l’Immigration qui annonce l’accélération du traitement des demandes, a déjà dépêché des agents des visas expérimentés supplémentaires dans ses ambassades de la région touchée, et d’autres arriveront au cours des prochaines semaines.

Le nombre d’employés au Canada qui traitent les demandes de parrainage sera ainsi, précise le ministère plus que doublé afin que l’on puisse évaluer aussi vite que possible les nouvelles demandes des Canadiens qui souhaitent parrainer des réfugiés. Cela se fera sans pour autant compromettre le filtrage en matière de sécurité et de santé.

Pour permettre aux Canadiens et aux résidents permanents de parrainer plus facilement des réfugiés venant de la région touchée, le Canada réduira temporairement le nombre de documents requis pour le processus de parrainage, mais cela ne touchera pas les documents exigés pour le contrôle de sécurité et l’examen médical.

Un autre avantage de l’utilisation du programme de réunification familiale est, bien que l’annonce d’aujourd’hui ne le précise pas, de ne pas avoir à faire de vérifications de sécurité dans le cas des enfants et des vieillard. personne, même les plus méfiants, ne craignent que les gamins et les grands-mères soient de dangereux infiltrés djihadistes.

Ce qu’on ne sait toutefois pas au moment d’écrire ces lignes c’est si le gouvernement conservateur entend élargir la liste des personnes admissibles à un parrainage. En ce moment, seuls les conjoints-conjointes, parents, grands-parents et enfants de moins de 19 ans peuvent être parrainés, mais pas les neveux, nièces, frères et sœurs, à moins de circonstances exceptionnelles.

Nomination d’un coordonnateur spécial des réfugiés syriens

Le Canada prend également des mesures pour faciliter la communication entre les répondants potentiels et les réfugiés recommandés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), et il améliorera la coordination avec des partenaires clés.

Un haut fonctionnaire sera désigné en tant que coordonnateur spécial des réfugiés syriens. Cette personne collaborera avec nos partenaires, des représentants d’autres ordres de gouvernement et des répondants du secteur privé pour veiller à ce que ces réfugiés obtiennent l’aide à la réinstallation dont ils ont besoin. Ce coordonnateur aidera également les Canadiens souhaitant secourir les réfugiés à communiquer avec des organismes de parrainage expérimentés. Ces demandes de parrainage seront traitées au cours des prochains mois et concernent des familles qui arriveront au pays d’ici septembre 2016 et qui pourraient avoir besoin du soutien de la communauté.

Le gouvernement conservateur avait déjà annoncé le 12 septembre la création d’un Fonds de secours d’urgence pour la Syrie où le gouvernement donnera un dollar pour chaque dollar admissible versé par les Canadiens à des organismes de charité canadiens enregistrés, jusqu’à concurrence de 100 millions de dollars, et ce, à compter de maintenant, jusqu’au 31 décembre 2015.

Le plafond ne bouge toutefois pas

Le nombre total de réfugiés que compte accueillir le gouvernement conservateur ne bouge toutefois pas. Le gouvernement du Canada ne s’engage toujours, s’il est reporté au pouvoir après les élections d’octobre, qu’à à accueillir 10.000 réfugiés syriens d’ici un an, a bien précisé le ministre de l’Immigration Chris Alexander.

La crise des réfugiés a pourtant été au centre des dernières semaines de campagne, plusieurs pressant le gouvernement Harper d’accepter plus de réfugiés. Lundi 7 septembre, Harper insistait pour bien filtrer les réfugiés pour des raisons de sécurité, mardi 8 septembre, le général à la retraite Hillier s’en mêlait, et réclamait que le Canada accueille 50.000 réfugiés, jeudi 10 septembre, rétropédalage de Harper sur la question des réfugiés pour ne pas paraître insensible, vendredi 11 septembre, Harper encore, après avoir adouci son image, mais pas trop, restait le héros de ceux pour qui prime la sécurité et reprenait la tête de la course, samedi 12, l’ex premier ministre libéral Chrétien, irrité par la réaction de Harper face à la crise des réfugiés, sautait à son tour dans l’arène.

Et cette semaine, avant-dernier épisode avant l’annonce d’aujourd’hui, l’ancien sénateur et lieutenant-général Roméo Dallaire affirmait mardi 15 septembre que le Canada pourrait accueillir jusqu’à 90.000 réfugiés syrien, ce qui serait «un atout incroyable» pour le Canada.

Dans un premier temps, pour répondre à ces critiques, le gouvernement conservateur proposait le 12 pour soulager la crise d’aider davantage aide aux réfugiées dans les pays voisins de la Syrie.

En accélérant comme il le fait aujourd’hui le traitement des demandes des demandeurs d’asiles sans céder un pouce sur la question de la sécurité, le gouvernement sortant joue donc sur les deux tableaux: ne pas paraître insensible, mais continue à se présenter comme le meilleur rempart pour la sécurité des Canadiens. En outre, il répond, quoi qu’un peu tard, aux nombreuses critiques qui lui avaient été adressées, tant par les familles canado-syriennes que par ses adversaires ainsi que plusieurs experts, sur le traitement des demandes de parrainage.

D’une pierre deux coup, le gouvernement conservateur répond à ses détracteurs, mais sans s’aliéner la frange la plus conservatrice de l’opinion publique qui constitue sa base électorale. Les réfugiés, on en accueillera pas plus, mais on accueillera plus rapidement ceux qui ne posent pas de problème…et ce, en grande partie avec l’aide des Canado-Syriens, pour la plupart éduqués et relativement à l’aise, déjà installés ici.

Trop peu et bien tard, selon le NPD

Pour sa part, la candidate du NPD dans Ahuntsic-Cartierville, Maria Mourani, elle même d’origine libanaise et qui s’intéresse de près depuis le début du conflit à la question des demandeurs d’asile syriens a accueilli favorablement la décision des conservateurs d’accélérer l’accueil des réfugiés syriens et de nommer un coordonnateur spécial pour gérer leur déplacement ».

Mais c’est trop peu et bien tard. Et on peut en effet se demander pourquoi il aura fallu attendre que la marmite soit sur le point d’exploser avant de prendre des mesures pour soulager la pression.

« La nomination d’un coordonnateur pour les réfugiés syriens est un pas dans la bonne direction pour accélérer leur arrivée au Canada, mais n’attendons plus », a déclaré Mme Mourani. « Nous pouvons et devons accueillir ces 10 000 réfugiés d’ici la fin de l’année ».

« Les Canadiens ont démontré leur solidarité envers ceux et celles qui fuient les violences mais la réponse du gouvernement est trop lente et insuffisante. Une fois de plus, nous nous tournons vers le gouvernement pour des actions réelles et immédiates », ajoute la candidate néo-démocrate et dans Ahuntsic-Cartierville et membre du Parlement canadien depuis 2006.

Au du plan conservateur dévoilée par le ministre Alexander ce 19 septembre, Maria Mourani répond en répétant appel du NPD pour une assistance humanitaire immédiate et propose d’accueillir 10 000 réfugiés syriens parrainés par le gouvernement d’ici la fin de 2015. Par la suite, les néo-démocrates ont proposé d’accepter 9 000 réfugiés par année au cours des quatre prochaines années.

« Un gouvernement du NPD lèvera le plafond des demandes de parrainage privé, éliminera les quotas, les obstacles bureaucratiques et traitera les réfugiés équitablement. Nous devons prendre des engagements audacieux et agir en tant que leader dans l’effort pour aider ceux qui en ont besoin », conclut la candidate néo-démocrate.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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