Crise des réfugiés: l’ex premier ministre Chrétien, âgé de 81 ans, saute dans l’arène et fustige Stephen Harper

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L'ancien Premier ministre libéral Jean Chrétien en 2010 (WikiCommons)
L’ancien Premier ministre libéral Jean Chrétien en 2010 (WikiCommons)

Scandalisé par la «réaction froide et dure» de Stephen Harper face à la crise des réfugiés, Jean Chrétien intervient aujourd’hui dans la campagne électorale afin de dénoncer les torts qu’infligent les conservateurs à la réputation du Canada sur la scène internationale, rapporte ce matin le quotidien montréalais La Presse qui publie également une lettre de l’ancien premier ministre libéral âgé maintenant de 81 ans.

En entrevue avec le quotidien montréalais qui rapporte ces propos aujourd’hui sous la plume du journaliste Joël Denis Bellavance, celui qui a dirigé le Canada plus de dix ans, du 4 novembre 1993 au 12 décembre 2003, a rappelé les efforts déployés par son gouvernement pour accueillir au Canada 5000 réfugiés du Kosovo en un seul mois.

«Il y avait un problème humanitaire évident. Il y avait une guerre. Je n’ai pas hésité une seconde avant d’agir. En ce qui me concerne, cela allait de soi. Je ne me suis pas dit: « Est-ce qu’il y en a un qui ne sera pas un bon citoyen? » Cela peut arriver. Cela fait 50 ans que je suis là-dedans. Il y en a eu, des réfugiés qui sont venus ici en 50 ans. Et dans 99,9999% des cas, ils sont devenus de bons citoyens exemplaires», a-t-il dit.

«Aujourd’hui, en tant que Canadien, c’est avec un mélange de honte et de tristesse que j’observe la réaction froide et dure de notre premier ministre face à la tragédie des réfugiés en provenance de la Syrie et de l’Irak. Entretemps, la chancelière allemande Angela Merkel s’est montrée à la hauteur du drame et le monde regarde la générosité de son pays avec la plus grande admiration. La même chose vaut notamment pour la Norvège, la Suède et la Finlande. Ils ont agi rapidement et avec diligence pour faciliter les procédures d’accueil aux réfugiés et non les compliquer davantage. Mais pas Stephen Harper dont le détachement fait honte aux Canadiens et à notre pays aux yeux de la communauté internationale», écrit aussi l’ancien premier ministre dans la lettre qu’il fait paraître aujourd’hui dans le quotidien montréalais.

Celui qui, lorsqu’il était premier ministre, avait refusé de suivre les Américains et de participer à la guerre en Irak de 2003, fustige son successeur pour avoir a mis abruptement fin à une longue tradition canadienne, toute allégeance politique confondue, voulant faire du Canada une nation «avancée et progressiste» qui s’évertue à promouvoir la paix et la stabilité dans le monde.

Des Casques bleus de Lester B. Pearson pour mettre fin à la crise du canal de Suez en 1957 à la décision de Pierre Trudeau d’établir des relations diplomatiques avec la Chine en 1970 en passant par la lutte de Brian Mulroney contre l’apartheid en Afrique du Sud et la signature, sous l’impulsion du gouvernement Chrétien, du traité d’interdiction des mines antipersonnel en 1997, le Canada s’est patiemment construit «une réputation internationale exceptionnelle» en misant sur une approche «multilatérale [des]problèmes mondiaux». Mais le gouvernement Harper, en moins de 10 ans, «a terni près de 60 ans de notre réputation de bâtisseurs de paix et porteurs de progrès», écrit dans sa lettre Jean Chétien qui va jusqu’à dire avoir aujourd’hui «honte» du gouvernement Harper.

L’ancien chef du gouvernement canadiens’inquiète également de l’esprit guerrier du gouvernement conservateur de Stephen Harper, rappelant que le Canada mené par les conservateurs a envoyé des avions de chasse en Libye en 2011 et qu’il participe à la mission militaire en Irak et en Syrie depuis presque un an.

«Après la campagne de Libye dont on sait maintenant les conséquences désastreuses, le gouvernement Harper a fait survoler le parlement par nos chasseurs-bombardiers en signe de victoire; un rituel normalement caractéristique de nations conquérantes et guerrières, un peu comme tirer des coups de feu en l’air», souligne aussi le 20e premier ministre du Canada.

L’homme politique maintenant âgé de de 81 ans qui souhaite vivement l’élection d’un autre gouvernement le 19 octobre pour stopper ce qu’il qualifie de dérive du Canada sur la scène internationale, semble donc s’engager résolument dans la campagne électorale en cours et, dimanche, sera aux côtés du jeune chef libéral, Justin Trudeau à Hamilton, où il prononcera un discours devant les militants au cours pour dénoncer les travers de la politique étrangère pendant les dix ans de règne conservateur.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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