Débats des chefs: «Si on refuse de se battre contre les horreurs de l’EI, contre qui ira-t-on se battre?»

Le premier ministre sortant Stephen Harper au grand débat des chefs en français jeudi 25 septembre 2015 . (Capture d'écran/45eNord.ca/Radio-Canada)
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Le premier ministre sortant Stephen Harper au grand débat des chefs en français jeudi 25 septembre 2015. (Capture d'écran/45eNord.ca/Radio-Canada)
Le premier ministre sortant Stephen Harper au grand débat des chefs en français jeudi 25 septembre 2015 . (Capture d’écran/45eNord.ca/Radio-Canada)

Au débat des chefs jeudi soir 24 septembre, la question de la lutte contre le groupe armé État islamique a été résumée dans une question-choc aux participants de la part du chef d’antenne de Radio-Canada, Patrice Roy: « Si on refuse de se battre contre les horreurs de l’EI, contre qui ira-t-on se battre? ».

Ce fut l’occasion pour le premier ministre sortant de souligner que la menace est bien réelle.

Le Canada s’est joint en octobre 2014 à la coalition multinationale luttant contre le groupe armé État islamique, la Force de stabilisation au Moyen-Orient (FSMO). La contribution du Canada à la lutte à l’EI, l’opération Impact, devait initialement durer six mois, mais elle a été prolongée en mars dernier d’un an jusqu’au 30 mars 2016 et étendu à Syrie, alors qu’auparavant le Canada n’effectuait que des frappes en Irak.

Pour le chef libéral Justin Trudeau, adversaire de l’engagement canadien au sein de la coalition qui mène des frappes aériennes en Irak et en Syrie, le Canada devrait plutôt se consacrer à la formation sur le terrain, comme il le faisait les dernières années de son engagement en Afghanistan.

Le chef libéral a également affirmé que, lorsqu’on envoie des troupes occidentales dans les pays musulmans, on récolte plus de problèmes que de bénéfices.

Mais Stephen Harper a répliqué que l’État islamique est une véritable menace et veut se servir de la Syrie et de l’Irak comme base pour attaquer d’autres pays, comme le Canada, concluant qu’on ne peut répondre à ce genre de menace par des actions humanitaires. Pour le premier ministre sortant, si l’humanitaire est nécessaire, il ne peut se substituer au militaire.

Trudeau revient à la charge sur les F-35

Justin Trudeau est aussi revenu à la charge sur la question des F-35.

Le chef libéral a réitéré sa promesse de lancer un nouvel appel d’offres pour le remplacement de la flotte de CF-18 s’il est porté au pouvoir le 19 octobre et a encore une fois accusé le gouvernement sortant de n’avoir pas su donner aux militaires les outils dont ils ont besoin pour remplir leur mission et aux vétérans ce qu’ils méritent après avoir servi le Canada.

Revenant sur la question du système d’approvisionnement, Justin Trudeau a répété ce qu’il avait dit le 20 septembre quand il avait annoncé qu’il écartera le coûteux chasseur F-35 de Lockheed Martin comme remplaçant de nos CF-18: «Après la décennie de M. Harper, l’armée canadienne est en état de stagnation. L’approvisionnement militaire est paralysé, la formation et la disponibilité opérationnelle ont été considérablement réduites, alors que 10 milliards de dollars en financement n’ont pas été dépensés».

Le chef néo-démocrate a profité du débat pour redire qu’il mettrait un terme à la mission canadienne de lutte contre l’EI s’il était porté au pouvoir le 19 octobre. Mais c’est plutôt le chef libéral qui semble s’être démarqué ce jeudi en développant l’argumentaire contre la poursuite de la mission canadienne au Moyen-Orient dans sa forme actuelle, tout en admettant la nécessité d’une action militaire.

Sur la sécurité, Trudeau tente de se glisser entre Mulcair et Harper

La question de la sécurité, aura donné lieu à un débat qui n’aura rien appris aux Canadiens, les chefs répétant ce que tous les électeurs savent déjà sur la position des partis à cet égard, mais aura été l’occasion pour le chef libéral de tenter de se glisser entre Mulcair et Harper.

Sur la question de l’équilibre entre la sécurité et les droits des canadiens, les participants ont réaffirmé ce jeudi soir leurs positions, Harper mettant encore l’accent sur la sécurité, Mulcair jurant d’abroger les récentes lois sur la sécurité du gouvernement Harper s’il est porté au pouvoir le 19 octobre, et Trudeau tentant encore une fois de se glisser entre les deux.

Le chef libéral a déclaré en effet que le parti libéral tenterait de réaliser l’équilibre entre la sécurité et les libertés comme « il l’a toujours fait par le passé » pour se faire toutefois rappeler par le bloquiste Gilles Duceppe la loi des mesures de guerre adopté par son père, le premier-ministre libéral Pierre Eliott Trudeau en…1970! Il y aura bientôt un demi-siècle!

Quant au premier ministre sortant, comme on pouvait s’y attendre, il a affirmé la nécessité de protéger les Canadiens, rappelant « qu’il y a une vrai menace dans le monde, le terrorisme international ».

Crise des réfugiés

Avec la photo du petit Aylan, mort, échoué sur une plage turque et sa famille qui avait tenté en vain de trouver refuge au Canada, la crise des réfugiés a fait irruption dans la campagne électorale fédérale. Accusé de ne pas en faire assez, pas assez vite, le gouvernement conservateur a annoncé samedi qu’il devançait à la fin de l’année 2016 l’accueil de 10 000 Syriens fuyant la guerre civile et accélérait, pour ce faire, le traitement des demandes d’asile, mais «sans compromettre la sécurité»

L’an dernier, Ottawa avait promis d’accueillir 11 300 réfugiés syriens d’ici la fin de 2017. En date du 8 septembre, 2406 d’entre eux étaient arrivés au pays. Le gouvernement fédéral s’est par ailleurs engagé à traiter d’ici la fin de l’année les dossiers de quelque 2000 personnes qui souhaitent s’établir au Québec, répondant ainsi aux demandes du gouvernement québécois.

Comme on pouvait s’y attendre, tous les partis d’opposition ont profité du débat pour insister sur l’accueil rapide d’un maximum de réfugiés, jugeant en outre le nombre de demandeurs d’asile que le gouvernement sortant s’est engagé à recevoir insuffisant, alors que le premier ministre sortant a réaffirmé que l’accueil aux réfugiés ne devait surtout pas ce faire aux détriment de la sécurité des Canadiens.

Trudeau se démarque, Duceppe brille de ses derniers feux

Trudeau se sera donc démarqué par ses attaques incisives, Mulcair aura été égal à lui-même, le vieux « debater » qu’est Duceppe aura peut-être brillé de ses derniers feux et, simplement en campant sur ses positions en matière de défense et de sécurité, Harper aura probablement réussi à solidifier sa base.

La campagne continue maintenant et nous aurons droit à un dernier débat des chefs en français organisé par le réseau TVA vendredi prochain, mais dont Elizabeth May, dont la maîtrise du français ce jeudi nous a étonné, sera absente.