Des milliers de Turcs prennent la rue contre les «terroristes» du PKK

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Des manifestants turcs scandent de slogans hostiles au PKK, à Istanbul, le 8 septembre. (Ozan Kose/AFP)
Des manifestants turcs scandent de slogans hostiles au PKK, à Istanbul, le 8 septembre. (Ozan Kose/AFP)

Les attaques meurtrières des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) contre l’armée turque ont suscité la colère des nationalistes et des partisans du pouvoir, qui ont multiplié en riposte les manifestations contre le principal parti prokurde du pays.

Pour la deuxième nuit consécutive, des milliers de manifestants sont descendus mardi soir dans les rues de plusieurs villes turques pour dénoncer les «terroristes» du PKK et s’en sont pris aux locaux du Parti démocratique des peuples (HDP), accusé par le régime du président Recep Tayyip Erdogan de soutenir le mouvement rebelle.

«Ces campagnes d’attaques sont pilotées d’une seule main, celle de l’État», a accusé mercredi devant la presse le coprésident du HDP Selahattin Demirtas.

Dans la capitale Ankara, quelque 7000 manifestants ont défilé tard mardi soir dans le centre-ville pour dénoncer le «terrorisme» du PKK, a rapporté un photographe de l’AFP. La police a dispersé les manifestants les plus virulents en faisant usage de gaz lacrymogènes.

Un autre groupe d’une centaine de personnes a attaqué le quartier général du HDP, incendiant une pièce où étaient stockées les archives du parti. Le siège du parti a été totalement incendié à Alanya (sud).

M. Demirtas a recensé mercredi «plus de 400 attaques» visant son mouvement.

Un de ses collègues députés, Ertugrul Kürkçu, a même évoqué une «nuit de Cristal d’Erdogan», en référence au pogrom ordonné par les nazis contre les juifs en 1938.

Le siège du quotidien Hürriyet à Istanbul a également été attaqué mardi soir, pour la deuxième fois en 48 heures, par des partisans du gouvernement qui lui reprochent d’être hostile au président Erdogan. Une centaine de manifestants a tenté d’investir le bâtiment aux cris de «Dieu est grand».

Dès mardi soir, le premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu a déploré ces dérapages et lancé un appel au calme. «Attaquer la presse et les propriétés des partis politiques est inacceptable», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

«Bon sens»

«En tant que gouvernement, nous maudissons ces incidents et nous condamnons ceux qui en sont à l’origine», a renchéri mercredi devant la presse le vice-premier ministre Numan Kurtulmus en référence à l’attaque qui a visé Hürriyet.

«J’appelle mes concitoyens au bon sens», a pour sa part déclaré le chef de file de l’opposition social-démocrate au Parlement, Kemal Kiliçdaroglu.

Depuis la fin juillet, des affrontements meurtriers ont repris entre le PKK et les forces de sécurité turques et fait voler en éclat les discussions de paix engagées à l’automne 2012 pour mettre fin au conflit kurde, qui a fait 40 000 morts depuis 1984.

Le sud-est à majorité kurde est depuis plongé en état de guerre. Dimanche et mardi, deux embuscades ont causé la mort de 30 soldats ou policiers. En représailles, l’aviation turque a pilonné les camps du PKK dans le nord de l’Irak et les forces spéciales ont franchi la frontière à la poursuite de combattants rebelles.

Cette escalade de la violence intervient à moins de deux mois des élections législatives anticipées convoquées le 1er novembre.

Lors du scrutin du 7 juin, le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan a perdu la majorité absolue qu’il détenait depuis 12 ans au Parlement, en partie à cause du très bon score (13 %) réalisé par le parti prokurde. Le président fait campagne pour qu’il la retrouve afin d’établir un régime présidentiel fort.

Comme d’autres, M. Demirtas a clairement accusé le régime de M. Erdogan d’attiser le feu du conflit kurde à des fins politiques.

«Ce n’est pas nous qui avons décidé de plonger ce pays dans la guerre (…) c’est une décision qui a été prise par le président et par le gouvernement», a-t-il lancé. «Ils veulent nous dire « si vous ne nous donnez pas 400 députés, vous allez le payer »».

«Le chaos et l’insistance d’Erdogan à vouloir présidentialiser le système en sont les seuls responsables», a commenté à l’AFP Cengiz Aktar, professeur de sciences politiques à l’Université Süleyman Shah d’Istanbul. «Si ça continue comme ça, la Turquie va s’engouffrer dans une guerre civile», a-t-il pronostiqué.

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