Harper insiste pour bien filtrer les réfugiés pour des raisons de sécurité

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Une famille réfugiée attend un bus après son arrivée dans la gare centrale de Munich, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2015. (AFP/CHRISTOF STACHE)
Une famille réfugiée attend un bus après son arrivée dans la gare centrale de Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 5 septembre 2015. (Archives/AFP/CHRISTOF STACHE)

Alors qu’après les images choc du petit garçon syrien noyé échoué sur une plage turque se poursuit la surenchère et que tous, partis politiques, provinces, villes et groupes de tout genre veulent accueillir plus de réfugiés, Stephen Harper insiste pour qu’on continue de filtrer les réfugiés pour des raisons de sécurité.

Le premier ministre conservateur sortant a déclaré aujourd’hui qu’avant d’accueillir des réfugiés syriens, il faut s’assurer qu’ils ne représentent pas un risque pour la sécurité canadienne, répondant ainsi aux demandes pressantes de certaines provinces et de ses rivaux en campagne électorale, dont, Justin Trudeau qui réclame une réunion avant la fin de la campagne électorale pour discuter de la crise.

En réponse au Québec, la province de la Fédération canadienne la plus à gauche et où le NPD a fait élire 58 députés sur les 75 de cette province qui réclame aujourd’hui l’intervention d’Ottawa pour pouvoir accueillir au plus vite 3650 réfugiés sur son territoire, le premier ministre conservateur sortant a réitéré qu’il n’a besoin de rien faire de plus que ce qu’il fait déjà et brandit la menace à la sécurité.

«Laissez-moi assurer aux Canadiens que lorsque nous amenons des gens d’une zone de guerre, d’un secteur contrôlé par des terroristes, nous nous assurons que la sécurité des Canadiens est bien protégée», a-t-il lancé sous les applaudissements nourris de ses partisans dans la province,à Scarborough, en Ontario

Il a ajouté que les «plus vulnérables» devraient être accueillis d’abord, expliquant aussi que ce ne serait pas «premier arrivé, premier servi». Le gouvernement conservateur a déjà annoncé qu’il voulait accueillir 10 000 réfugiés issus de minorités religieuses et ethniques.

De son côté, le porte-étendard séparatiste sur la scène fédéral, Gilles Duceppe, dont la formation bat de l’aile et qui pourrait être ne danger dans sa propre circonscription, y a été de son grain de sel, propose de s’inspirer du Kosovo, estimant qu’on pourrait s’inspirer de l’expérience du Kosovo alors que le Canada avait accueilli 6000 réfugiés en six mois. Les avions militaires canadiens avaient même servi au déplacement de ces réfugiés.

«Les plans à très long terme, c’est ben beau, mais (…) ça suppose que le parlement soit réuni, ça suppose de nouvelles structures. Entre-temps, on ne peut pas attendre trois, quatre, cinq mois. Il faut agir immédiatement. Et je pense que l’exemple du Kosovo est un bon exemple», insisté le chef du V+Bloc québécois.

Humanitaire ou militaire

Et même temps, les observateurs politiques canadiens peinent de plus en plus à comprendre pourquoi on oppose les approches militaire et humanitaire qui pourraient être tout bonnement complémentaires.

Ironiquement, alors que tout le Canada, à l’exception de Stephen Harper, semble aujourd’hui focaliser uniquement sur l’aspect humanitaire, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, prévient que milliers de nouveaux réfugiés syriens continueront de frapper aux portes de l’Europe si la communauté internationale ne règle pas le conflit en Syrie et abandonne la population aux mains du groupe État islamique (EI).

Et c’est ainsi que, pendant qu’au Canada, pourtant le premier pays occidental à s’engager aux côtés des Américains dans la lutte à l’EI en Syrie, la gauche en avance dans les sondages sur les intentions de votes aux législatives d’octobre promet de mettre fin à la mission canadienne, inversement, la France et la Grande-Bretagne, devant la gravité de la situation, veulent maintenant s’engager à leur tour en Syrie.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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