Harper adoucit son image, mais pas trop, et reprend la tête de la course

M. Harper a appelé les Canadiens et les Canadiennes à «ne pas prendre de risque» et à voter Conservateurs aux élections du 19 octobre. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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M. Harper a appelé les Canadiens et les Canadiennes à «ne pas prendre de risque» et à voter Conservateurs aux élections du 19 octobre. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le Harper sans peur, accusé d’être un Harper sans cœur, tente, après que son apparente inflexibilité lui a fait perdre des points, de recentrer et d’adoucir son image. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Le premier ministre conservateur sortant Stephen Harper, dans ce qui semble une tentative de se débarrasser de l’image de va-t-en-guerre sans peur mais sans cœur, s’engage aujourd’hui à financer la recherche sur les causes du terrorisme s’il est reporté au pouvoir le 19 octobre, adoucissant du même coup son image, mais prenant soin de rester le héros des Canadiens qui ont peur.

Stephen Harper a promis ce vendredi 11 septembre le prolongement sur cinq ans du Projet Kamishka, un programme de recherche pour prévenir la radicalisation.

Lancé le 23 juin 2011, le projet Kanishka, ainsi nommé en l’honneur du vol 182 d’Air India, qui a été la cible d’un attentat à la bombe le 23 juin 1985, est initiative de cinq ans dans le cadre de laquelle 10 millions de dollars ont été investis dans la recherche sur le terrorisme et la lutte contre celui‑ci.

Le Projet Kanishka recevrait ainsi un autre 10 millions $ pour ces cinq ans, en cas de réélection du gouvernement conservateur, rapporte aujourd’hui La Presse Canadienne.

Harper adoucit son image…

Cet appétit déclaré pour la recherche sur les causes du terrorisme contraste avec les affirmations passées du chef conservateur, ne peut s’empêcher de souligner l’agence de presse. Au lendemain de l’attentat au marathon de Boston, en avril 2013, Stepnen Harper s’était moqué de Justin Trudeau qui parlait des «causes profondes» du terrorisme. Le premier ministre sortant disait alors qu’il fallait punir les terroristes et non pas essayer de les comprendre.

La veille, sur la question des réfugiés, après être resté inflexible et intraitable sur cette question pendant plusieurs jours, le Premier ministre Harper avait aussi annoncé qu’il examinerait comment accélérer l’accueil de réfugiés.

Depuis une semaine, M. Harper répétait tous les jours que son gouvernement en faisait déjà assez et qu’il n’y a rien à faire de plus. Il a à chaque fois mentionné le problème sécuritaire, qu’il fallait se soucier de la sécurité du Canada parce que ces réfugiés viennent d’une région où il y a des terroristes.

Mais, cette apparence d’inflexibilité lui faisant perdre des voix, alors que les conservateurs accusaient encore un retard dans les sondages sur les intentions de votes des Canadiens, surtout les plus modérés, le chef conservateurs a adouci sa position. Le parti conservateur a promis pendant la campagne d’accueillir 10 000 réfugiés supplémentaires d’ici quatre ans, portant le total à 20 000 pendant la même période.

Mais le chef conservateur a bien pris soin de continuer à se présenter comme le meilleur rempart contre l’insécurité pour ne surtout pas perdre l’appui de son électorat naturel.

…mais pas trop

De passage à Victoriaville, vendredi matin, Stephen Harper a ainsi présenté son parti comme le seul capable de protéger les Canadiens contre les dangers du terrorisme, reprochant aux néo-démocrates et libéraux d’être trop timides, par conviction idéologique et parce qu’ils tiennent à être politiquement corrects, rapporte l’agence de presse..

Le chef libéral soutient pour sa part que son approche était la plus équilibrée, se préoccupant à la fois de la sécurité et de la liberté des Canadiens, alors que le chef néo-démocrate maintient que le Canada devait cesser sa participation aux frappes aériennes contre le groupe État islamique (EI) en Syrie et en Irak. Selon Thomas Mulcair, c’est en bloquant la route aux armes, à l’argent et aux combattants que le Canada peut lutter plus efficacement contre l’EI.

Alors que les libéraux tentent de le faire passer pour un va-t-en guerre et que les néo-démocrates le dépeignent comme un homme sans cœur, M. Harper tente donc d’améliorer son image, sans renoncer à ses « principes »: cette semaine, finalement, au lieu de simplement se présenter aux Canadiens comme un défenseur sans peur, le chef conservateur aura tenté jeudi de projeter l’image l’un défenseur sans peur, certes, mais pas sans cœur et, vendredi, d’un homme sage, qui réfléchit et veut s’attaquer aux racines du problème du terrorisme.

Et reprend la tête de la course

Le chef conservateur reste toutefois le héros de la frange conservatrice de l’électorat auprès de qui sa position sur la question des réfugiés, loin de lui nuire autant que ses adversaires le souhaitaient, lui aura plutôt permis d’élargir encore davantage ses soutiens auprès cette frange conservatrice de l’opinion publique, selon Frank Graves, président de l’institut de sondage Ekos, dont la firme vient de sortir un sondage où les conservateurs ont maintenant repris la tête.

Les conservateurs de Stephen Harper recueillent 31,8 % des intentions de vote à un peu plus de cinq semaines du scrutin du 19 octobre, indique en effet aujourd’hui l’institut Ekos, alors que le Nouveau parti démocratique (NPD), bon premier dans la plupart des sondages précédents, n’est plus crédité que de 29,6 % des intentions de vote, et le parti libéral de 26,9 %.

« Avec ces chiffres », souligne le sondeur, les conservateurs pourraient facilement remporter l’élection et former un gouvernement minoritaire ».