La Couronne démonte la défense d’«enfant soldat» présentée par l’avocat du jeune ado Montréalais accusé de terrorisme

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Les loups solitaires, ces gens se radicalisant seuls, devant leur ordinateur, inquiètent les autorités.
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Les loups solitaires, ces gens se radicalisant seuls, devant leur ordinateur, inquiètent les autorités.
Les loups solitaires, ces gens se radicalisant seuls, devant leur ordinateur, inquiètent les autorités.

Au procès de l’adolescent de 16 ans accusé d’avoir commis un vol au profit d’une organisation terroriste et d’avoir voulu quitter le Canada pour se joindre au djihad, l’accusation s’est attaqué avec vigueur à la défense d’«enfant soldat» du jeune Montréalais radicalisé, rapporte aujourd’hui le quotidien montréalais La Presse.

La semaine dernière, la défense, représentée par Me Tiago Murias, du cabinet Amar et Murias, avait présenté l’accusé comme un «enfant soldat» impliqué dans un conflit armé «victime d’une idéologie nauséabonde» visant les jeunes vulnérables.

Selon le spécialiste en droit de la jeunesse et secrétaire de l’Association des avocats en Droit de la jeunesse, les traités internationaux de l’ONU sur la question stipule que l’enfant soldat, même volontaire, est une victime et ne peut être accusé d’un crime.

«Il faut remettre les pendules à l’heure», a pour sa part rétorqué Me Lyne Décarie, procureure de la Couronne fédérale et spécialiste des affaires de terrorisme, en ce dernier jour du procès de l’adolescent en Chambre de la jeunesse de Montréal.

Aux yeux de la Couronne, la défense du «conflit armé» et de l’«enfant soldat» ne s’applique pas puisque l’adolescent n’a pas quitté le pays pour combattre en Syrie aux côtés de l’État islamique. L’adolescent, dont l’identité est frappée d’un interdit de publication, n’est pas accusé de crime de guerre ni de crime contre l’humanité, mais bien de crimes commis ici en sol canadien en vertu des lois canadiennes, a souligné la procureure fédérale.

En outre, a fait valoir l’accusation, la défense de «conflit armé» est une mesure d’exception prévue dans la loi pour protéger les combattants qui agissent en conformité avec le droit international, alors que les activités du groupe armé État islamique sortent du cadre du conflit armé tel que régi par le droit international.

L’adolescent radicalisé, qui avait 15 ans au moment des événements, est accusé d’avoir commis un vol qualifié «au profit ou sous la direction» d’une organisation terroriste en plus d’avoir voulu quitter le Canada pour participer «aux activités d’un groupe terroriste à l’étranger», soit l’État islamique.

Il est le premier Canadien à subir son procès en vertu de ces nouvelles dispositions du Code criminel et la procureure fédérale a aussi rappelé les intentions du Législateur lorsque des nouvelles infractions ont été ajoutées à la loi antiterroriste en juillet 2013. «Le Législateur vise des comportements, des actions comme celles posées par l’accusé. On vise ici de façon préventive (à punir) une intention illégale», a-t-elle affirmé.

En même temps, ce qui peut sembler contradictoire avec la défense d' »enfant-soldat », laa défense alléguait aussi que la poursuite ne détenait aucune preuve tangible que l’accusé voulait faire le djihad en Syrie mis à part les «inquiétudes légitimes» des parents et de la propagande «accessible à tous sur internet» téléchargée dans son ordinateur.

Mais Me Décarie a rappelé que l’ado avait tenté de s’envoler vers la Turquie en achetant un billet d’avion «aller-simple» avec la carte de crédit de son père. L’accusé s’est aussi servi d’une autre carte de crédit de ses parents pour tenter d’acheminer un don à une association libanaise qui soutient les opposants au régime de Bachar Al-Assad. Il a alors confié à son père qu’il voulait «participer aux combats en Syrie d’une façon ou d’une autre».

Le jeune Montréalais radicalisé, qui a également volé un dépanneur en octobre 2014, avait lorsqu’interrogé par la police qualifié le fruit de son vol de «butin de guerre», puisque le Canada «massacre ses frères et ses sœurs (musulmans) en Afghanistan et en Irak.

La Cour rendra maintenant son verdict le 17 décembre. D’ici là, le jeune adolescent restera détenu dans un centre jeunesse.