Les réseaux sociaux, fabrique du djihad (PHOTOS/VIDÉO)

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Les exemples ne manquent pas. Des jeunes hommes et femmes sans histoire, bons élèves, bons citoyens, qui du jour au lendemain ont tout quitté pour se rendre au Moyen-Orient et faire le djihad aux côtés du groupe terroriste État islamique. Organisée par le CIRRICQ, une conférence s’est donc intéressée à ce phénomène sensible, touchant nos valeurs les plus profondes.

Le directeur du CIRRICQ, Stéphane Roussel, présente le livre de Stéphane Berthomet. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Le directeur du CIRRICQ, Stéphane Roussel, présente le livre de Stéphane Berthomet. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Stéphane Berthomet, spécialiste des questions policières, de terrorisme et de sécurité intérieure, a fait une expérience peu banale, qu’il raconte dans son livre «La fabrique du djihad». Pendant plusieurs semaines, il s’est fait passer sur Facebook et Twitter pour un jeune homme «au prénom européen» s’intéressant aux questions de terrorisme et de radicalisation. Il n’a fallu que peu de temps pour qu’il se retrouve envahi d’images violentes, de lectures salafistes et wahhabites poussant au combat, et de «camarades» l’incitant à se convertir et à déménager en «terre sainte».

«Mon personnage s’est retrouvé embarqué dans un courant, dans un mouvement, dans une masse de gens qui sont venus lui parler, l’interpeller, le conseiller et le pousser», a-t-il expliqué en entrevue pour 45eNord.ca.

N’abordant pas volontairement la question des combattants locaux et de géopolitique, Stéphane Berthomet entouré de Nicolas Hénin, journaliste et auteur de «Jihad academy»  et de Jacques Beauchemin, Professeur de sociologie à l’UQAM, se sont surtout questionnés sur l’autoradicalisation.

En visioconférence depuis l'Allemagne, le journaliste Nicolas Hénin fait part de son expérience d'otage de l'EI et des contacts qu'il a eu avec ses geôliers. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
En visioconférence depuis l’Allemagne, le journaliste Nicolas Hénin fait part de son expérience d’otage de l’EI et des contacts qu’il a eu avec ses geôliers. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Pour Nicolas Hénin, qui a été enlevé et retenu en otage par l’EI pendant 10 mois, les djihadistes «n’ont rien à perdre» et, pour beaucoup défendent ce qu’ils croient être une bonne cause, défendre leurs frères musulmans qui se font massacrer. De plus, bien souvent, ces radicalisés deviennent des terroristes car l’EI leur offre ce que nos sociétés ne peuvent leur offrir: importance et célébrité, leur donnant ainsi une «forme d’immortalité».

Le point de vue est partagé par Jacques Beauchemin, pour qui «ces personnes radicalisées sont le produit de nos sociétés».

Depuis des décennies maintenant, et de plus en plus encore de nos jours, nos sociétés occidentales «prolongent l’individualisme pathologique». La quête de la réussite individuelle, d’être un gagnant, la quête de l’identité individuelle, d’être soi-même, pousse ceux qui n’y arrivent pas dans leurs retranchements et s’isolent. C’est à ce moment-là que, se questionnant sur leur identité, sur leur place dans la société, des individus sont les plus vulnérables à un discours bien rôdé des recruteurs djihadistes leur promettant cette célébrité et cette place, les poussant jusqu’au suicide mis en scène au cours d’un acte terroriste qui restera dans l’Histoire.

La pensée radicale peut alors aller jusqu’au terrorisme.

Il est indubitable que nos sociétés telles qu’elles sont organisées, telles qu’elles fonctionnent, telles qu’elles se mettent en scène aujourd’hui, sont évidemment un vecteur qui favorise cet individualisme, qui lui-même conduit à centrer ses intérêts sur soi et quand on cherche soi-même sa voie, sa place, à se trouver une autre place, cette identité fantasmée d’un individu n’étant pas satisfait […] de ce qu’il est dans la société se construit une nouvelle identité […] elle aussi fantasmée d’un défenseur de la veuve et de l’orphelin ou de l’opprimé ou d’un soldat qui va aller combattre pour une juste cause.
Stéphane Berthomet, spécialiste des questions policières, de terrorisme et de sécurité intérieure

«Les paramètres individuels, sociétaux, géopolitiques, compliquent la compréhension de ce problème et pour le contrer. Il s’agit de vecteurs tellement variés et qui s’entrecroisent et se nourrissent les uns les autres, qu’on a du mal à les répertorier […] On peut pas reproduire un modèle de radicalisation et c’est ça qui rend les choses compliquées», a encore précisé Stéphane Berthomet.

L’EI a réussi à faire «exploser le schéma du terrorisme» qui était un acte d’une violence incroyable destiné à faire de la publicité et à avoir un impact sur l’opinion en le transformant complètement en l’intégrant dans nos schémas de sociétés avec nos codes, nos réseaux sociaux. «Ils ont sublimé l’objectif du terrorisme qui est de tuer, mais aussi de parler du fait qu’ils ont tué et en même temps ils se sont placés dans une modernité qui est stupéfiante et impressionne aujourd’hui.

Finalement, en piste de solutions, Stéphane Berthomet avance que les établissements scolaires, les policiers, les psychologues, les services sociaux et le discours offert «proposent des outils aux jeunes qui peuvent être victimes de la radicalisation pour qu’ils comprennent qu’ils sont manipulés». C’est donc en ayant développé cet esprit critique, ce niveau de compréhension, que l’on pourrait protéger, au moins en partie, «des gens du discours radical qui est très appétissant et abrutissant».

Près d'une centaine de personnes ont assisté à la conférence portant sur les «Regards croisés sur la radicalisation et le terrorisme». (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Près d’une centaine de personnes ont assisté à la conférence portant sur les «Regards croisés sur la radicalisation et le terrorisme». (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

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