L’infiltration des groupes de réfugiés par l’EI: quand la peur devient paranoïa

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le colonel Goulmourod Khalimov, chef des forces spéciales de police du Tadjikistan à rejoint les rangs de l'Etat islamique
L’infiltration des groupes de réfugiés par l’EI: quand la peur devient paranoïa

D’un côté, le déferlement de bons sentiments provoqué par les images choc du petit Aylan noyé, échoué sur une plage turque, de l’autre, la peur irrationnelle de cette horde de réfugiés derrière laquelle, croient certains, se cachent des centaines, voire des milliers de djihadistes infiltrés qui ne découvriront leur visage assassin qu’au moment de nous couper la tête.

Il y aurait des cellules dormantes du groupe terroriste État islamique (EI) en Europe qui pourraient se réveiller à tout moment, a déclaré, peu rassurant, Riadh Sidaoui, le directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (Caraps).

Le Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales est un centre de recherches académiques qui traite les mutations sociales, économiques et politiques dans le monde arabe. Basé à Genève, en Suisse, son directeur et responsable, Riadh Sidaoui, écrivain et politologue d’origine tunisienne, y occupe une place centrale et ne craint pas les déclarations choc.

Trop contents de trouver des experts dont les thèses lui permettent de fustiger l’entêtement des puissances occidentales à vouloir se débarrasser de leur client et allié Bachar Al Assad, laissant ainsi le champ libre aux pires terroristes, les Russes font cette semaine sur le site de la très officielle agence Sputnik une large place à la question de l’infiltration des groupes de réfugiés par les djihadistes.

Et les Occidentaux ne sont pas en reste avec tous les journaux à sensation qui alimentent la peur du terrorisme et des réfugiés. Lundi, le journal britannique de droite Daily Express, associé au parti anti-immigration UKIP, ajoutait lui aussi de l’huile sur le feu, en affirmant que plus de 4.000 combattants de Daech avaient pénétré en Europe en tant que réfugiés, disant tenir cette information d’une source au sein de l’EI.

Les combattants s’intègrent aux flux de réfugiés dans les ports turcs d’Izmir et de Mersin pour arriver en Italie via la mer Méditerranée, écrit le Daily Express. Ensuite, ils se dirigent vers d’autres pays européens, notamment la Suède et l’Allemagne.

Toujours selon la source du tabloïd populaire de droite, l’envoi de combattants est le début d’une action de représailles pour les frappes aériennes de la coalition internationale en Irak et en Syrie dirigée par les États-Unis.

« Nous voulons établir le califat non seulement en Syrie mais aussi dans le monde entier », aurait déclaré la source du quotidien britannique à sensation. Après le Moyen-Orient, le monde!!! On croirait entendre résonner le rire sinistre d’un sombre vilain.

Sur un registre plus savant

« Il y a des cellules dormantes qui n’ont pas forcément de liens directs et qui reçoivent des ordres directs de l’état-major de Daesh (…). On peut avoir ces cellules qui se réveillent pour commettre des attentats », indique pour sa part Riadh Sidaoui sur un ton plus savant mais non moins alarmant, pour ne pas dire alarmiste.

Selon le directeur du Caraps, il est « fort possible » qu’il y ait des terroristes parmi les milliers de réfugiés syriens qui arrivent en Europe. Mais le problème est que les médias occidentaux sont en train de diaboliser cette vague d’immigration et le régime du président syrien Bachar el-Assad au lieu de parler de « l’EI, qui est à l’origine de ce drame ».

« On instrumentalise le terrorisme contre Bachar (…). On ne peut pas jouer avec le terrorisme. Si on banalise le terrorisme en Syrie ou ceux qui financent ce terrorisme, à un certain moment donné, le terrorisme va frapper », renchérit le politologue selon qui « la guerre contre le terrorisme doit être globale, totale sans hésitation et sans instrumentalisation ».

Un autre expert interrogé, cité lui aussi par l’agence russe, émet toutefois des doutes quant à la présence de djihadistes de l’EI parmi les migrants.

« Le mouvement terroriste, quand il forme des activistes, il ne prend pas le risque de mettre ses gens sur des bateaux qui risquent de couler et dont on ne connaît pas exactement la destination. Ils ont les moyens de leurs payer des billets d’avion en première classe en passant par des zones détournées pour rejoindre les pays cibles », a indiqué quant à lui Alain Rodier, directeur de recherche chargé du terrorisme et de la criminalité organisée du Centre français de recherche sur le renseignement. (CF2R).

Bien filtrer les réfugiés pour s’assurer qu’ils ne représentent pas un risque inacceptable pour la sécurité du pays hôte, , comme l’indiquait le premier ministre canadien Stephen Harper en réponse à la surenchère dans la volonté d’accueillir toujours plus de réfugiés, ne devrait pas pour autant être synonyme de paranoïa où on voit un djihadiste et un tueur derrière chaque demandeur d’asile.

La peur, comme la colère, est mauvaise conseillère. Notre humanité et notre capacité de discernement est ce qui devraient nous différencier des fanatiques de l’EI et susciter l’adhésion à notre cause. La « compassion » est aussi une arme.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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