Mistral: les élections auront fait passer le Canada à côté de l’occasion

Le BPC Mistral et le La Fayette arrivent à Québec. (Second maître Axel Manzano/Marine nationale)
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Les soldats du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada prennent la pose pour la photo souvenir. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Les soldats du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada prennent la pose pour la photo souvenir sur le Mistral en juin 2014 lors d’un exercice commun au Canada.(Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Après que 45eNord.ca a confirmé le 11 septembre, s’appuyant sur des sources outre-atlantiques, que le Canada avait manifesté un intérêt sérieux pour l’achat du Mistral, dont la vente à la Russie a été annulée en raison de la crise ukrainienne, la Presse Canadienne à son tour, affirme, s’appuyant pour sa part sur des sources militaires canadiennes.

La démarche canadienne s’est toutefois arrêtée, en grande partie en raison de la campagne électorale fédérale, et il est probable que le Canada passe maintenant à côté de cette occasion d’acquérir les porte-hélicoptères amphibies puisque les Français ont reçu des offres sérieuses d’autres pays pour les navires de 22.000 tonnes, rapporte cette semaine la Presse canadienne sous la plume de Murray Brewster, un journaliste canadien chevronné, spécialisé en matière de Défense.

Résultat: l’idée d’acheter le Mistral n’aura finalement été…que du vent.

Les sources de Murray Brewster, s’exprimant sous couvert d’anonymat puisqu’ils ne sont pas autorisés à discuter de la question publiquement, disent que le ministre de la Défense Jason Kenney était – jusqu’à qu’au déclenchement de l’élection – « activement engagé » dans des discussions avec les Français, notamment lors d’une rencontre bilatérale à l’occasion de la dernière réunion ministérielle de l’OTAN à Bruxelles juin dernier.

Mais, toujours selon les sources du journaliste canadien, le Canada aurait été incapable de se positionner comme acheteur pendant que la fenêtre pour négocier était encore ouverte.

Pour sa part, c’est le 11 septembre que 45eNord.ca apprenait de sources françaises que le Canada aurait véritablement montré un intérêt sérieux pour le Mistral.

Selon le compte-rendu d’une audition parlementaire à huis clos début septembre d’un haut responsable français, le Canada était bien sur les rangs pour l’achat des navires.

Le Canada était parmi les pays (l’Inde, Singapour mais surtout l’Égypte) qui ont exprimé un intérêt «sérieux» pour acheter les navires de guerre Mistral, dont la vente par la France à la Russie a été annulée le 5 août, avait alors confirmé à 45eNord.ca le bureau de Louis Gautier, secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) (un poste rattaché aux services du Premier ministre français manuel Valls), qui a négocié avec Moscou l’entente de rupture du contrat.

Il a bel et bien été confirmé du côté français que le Canada, avant même la conclusion de l’entente du 5 août, avait pris des contacts avec la France et suivait de près l’affaire des Mistral.

L’idée d’acheter le Mistral n’est pas nouvelle

200 militaires du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada, basés à Valcartier, après avoir débarqué du BPC Mistral lors d’exercices conjoints en Gaspésie les 20 et 21 juin 2014, reprennent la mer pour regagner le navire. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
L’idée d’acheter les porte-hélicoptères amphibies n’est pas nouvelle.

L’ancien chef d’état-major Rick Hillier a plaidé pour l’acquisition d’une pareille capacité dès 2006. L’ancien sénateur conservateur Hugh Segal a lui suggéré que le Canada achète les Mistral il y a quelques années, alors que d’un rapport indépendant de l’année dernière du colonel à la retraite George Petrolekas et de l’analyste en matière de défense Dave Perry va dans le même sens,présentant cet achat comme une partie d’une vaste stratégie visant à recapitaliser la Marine.

Mais tout cela risque bien de s’avérer complètement théorique puisque l’Égypte – soutenu par la riche Arabie saoudite – et les autres concurrents du canada pour l’achat des porte-hélicoptères, ont l’avantage d’avoir déjà des liens de défense établies avec la France; ils sont plus agressifs et capables de bouger plus vite que le Canada pour conclure l’affaire.

Pendant ce temps, surfant sur la vague (sans jeu de mots) de mécontentement des Canadiens qui voient leur Marine nationale peiner à remplir sa mission, alors que des sommes faramineuses ont été consacrées au programme controversé chasseur F-35, le chef libéral Justin Trudeau, hier à Halifax, a attaqué le gouvernement sortant sur son point faible en matière de Défense, ce qu’il a appelé la paralysie du système d’approvisionnement militaire, dévoilant la plateforme électorale libérale en matière de Défense qui mise sur la Marine.

« Nos engagements nous permettront de nous assurer que la Marine royale canadienne est en mesure de fonctionner comme une flotte de haute mer à long terme », a lancé le chef libéral.

Quant à l’intérêt du Canada, silence radio à Ottawa: impossible d’obtenir en ce moment plus d’information par la voie officielle sur l’intérêt du Canada. En cette période de campagne pour les législatives d’octobre où les porte-paroles à Ottawa se font discrets, la réponse d’Ottawa a été malheureusement tout particulièrement laconique: Ashley Dupire, porte-paroles du ministère canadien de la Défense la semaine dernière, et Daniel Proussalidis, porte-paroles du ministre Kenney cette semaine, se contentant tous deux de déclarer que «Les Forces armées canadiennes ne visent pas l’acquisition de ces navires pour le moment».

En résumé, pendant que Trudeau surfe sur la vague de frustration face au système d’approvisionnement, les conservateurs prennent bien soin quant à eux de ne pas faire d’autres vagues avec une histoire d’occasion manquée.