Opération IMPACT: et si la véritable contribution ne venait pas des frappes?

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Des CF-188 Hornet partent de la 4e Escadre Cold Lake le 21 octobre 2014 en vue d’appuyer l’opération Impact. PHOTO : Caporal Audrey Solomon
Des CF-18 Hornet partent de la 4e Escadre Cold Lake, le 21 octobre 2014, en vue d’appuyer l’opération IMPACT. (Archives/Caporal Audrey Solomon)

Fin août, le Premier ministre Stephen Harper reconnaissait pour la première fois que la mission canadienne en Irak et en Syrie ne se passait pas aussi bien qu’espéré. Or, si depuis plusieurs mois les officiels canadiens avancent le chiffre de 20 à 25% de perte de territoires pour le groupe armé État islamique, de récents rapports jettent un doute sur cette affirmation. 45eNord.ca fait le point à l’approche du premier anniversaire de l’Opération IMPACT.

Pendant plusieurs mois, tant le Pentagone que les Forces armées canadiennes ont annoncé que l’opération IMPACT a «arrêté et amoindri le soi-disant [EI], qui a perdu sa capacité d’opérer dans 20 à 25 pour cent de la région qu’il contrôlait auparavant». Désormais, la coalition met de l’avant que l’EI «ne peut plus agir librement dans près de 25 à 30 pour cent des zones habitées d’Irak qu’il contrôlait auparavant».

La nuance entre les deux est importante, puisque le théâtre syrien est désormais exclu, on ne parle plus de perte «de capacité d’opération», mais de perte «d’agir librement» et il ne s’agit plus de«région», mais de «zone habitées».

Ces chiffres, bien que publiés par le Pentagone et la Défense canadienne, seraient loin d’être complètement véridiques, à en croire de récentes révélations. Plusieurs dizaines d’analystes en renseignement au US Central Command ont lancé une plainte, signalant que les militaires seniors dans le renseignement ont altéré systématiquement leurs rapports, pour bien paraître aux yeux de l’administration.

Les plus récentes cartes compilant les attaques, le contrôle et le soutien à l’EI, montrent en effet clairement que le groupe continue d’étendre son emprise, malgré les frappes aériennes des pays de la coalition.

Depuis le début de la mission canadienne, l'EI a renforcé sa présence en Syrie. (45eNord.ca/ISW)
Depuis le début de la mission canadienne, l’EI a renforcé sa présence en Syrie. (45eNord.ca/ISW)

Douze pays prennent part aux frappes: l’Arabie saoudite, l’Australie, le Bahreïn, le Canada, le Danemark, les Émirats arabes unis, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Jordanie, les Pays-Bas et la Turquie. En date du 8 septembre, la coalition menée par les États-Unis a mené pas moins de 6.700 frappes en Irak et en Syrie.

150916-operation-impact-frappesToutefois, à la même date, le Canada n’avait effectué que 155 frappes, soit 2,31% de toutes les frappes. Le constat est le même quand au nombre de sorties aériennes. Sur les 53.278 de tous les avions de la coalition, l’aviation canadienne n’en a fait que 1.456, soit 2,73%.

De plus, le nombre de frappes canadiennes, rapportées par  mois, fluctuent du simple au triple. De neuf frappes durant tout le mois de février, la force opérationnelle aérienne canadienne est passée à 30 frappes en juillet… pour retomber à 11 au mois d’août. Dans le même temps, la coalition a effectué 306 frappes en Irak en juillet, et 402 en août.

Le Canada n’a également réalisé que 5 frappes en Syrie, depuis l’extension du mandat à ce pays le 30 mars dernier.

Une histoire de budget?…

La raison principale tiendrait au fait que le budget est limité!

Mi-février, le ministre de la Défense nationale Jason Kenney dévoilait en effet que le budget estimé des six premiers mois de la mission était de 122 millions $. Pour le directeur parlementaire du budget, le coût de la première année allait donc revenir à 243 millions $, dans son estimation la plus basse. Près de la moitié du budget est dédié à l’«exploitation des aéronefs».

Or, l’Aviation royale canadienne a un nombre limité d’heures de vol, comme nous l’avait expliqué son ancien commandant, le lieutenant-général Yvan Blondin, qui a pris sa retraite début juillet.

«Pour chaque vol que je fais du Koweït jusqu’en Syrie où on fait des opérations, c’est en moyenne 4.5 à 5 heures de vol», indiquait le général, révélant du même souffle que sur les 15.000 heures de vols autorisés chaque année pour les 77 CF-18 de l’Aviation royale canadienne, 6.000 heures de vols par an sont allouées à l’Opération IMPACT.

Extrapolant que la durée de la mission est à peine plus courte pour l’Irak, cela donne environ 1.500 sorties autorisées par année d’opération. Or, en 10 mois de mission, les CF-18 ont effectué près de 950 sorties. En novembre, les CF-18 devraient donc avoir volé près de 1.200 fois, soit assez proche de leur maximum.

«Il faut jongler avec les ressources limités que nous avons en théâtre, alors on priorise», nous avait également dit la commandante de la mission canadienne contre le groupe armé État islamique, le brigadier-général Lise Bourgon, au cours d’une interview avec 45eNord.ca fin juillet.

Dans un courriel envoyé à 45eNord.ca, la Force opérationnelle interarmées de l’Opération INHERENT RESOLVE (CJTF-OIR) a précisé que «les États-Unis prennent part à plus de frappes aériennes que tout autre pays pour le simple fait que les États-Unis ont le plus grand inventaire d’avions au sein de la Coalition».

… de sensibilité…?

Toutefois, le commandement de la coalition précise que «chaque nation de la Coalition apporte des capacités uniques et de l’expertise à l’opération INHERENT RESOLVE et ces capacités uniques sont principalement exploités dans le jumelage des actifs de la coalition à des cibles appropriées».

Les cibles peuvent en effet être désignés par un pays membre de la Coalition. Soit par le biais d’un pilote en vol, soit par plusieurs sources de renseignements.

«Pour veiller à ce que chaque nation réalise son potentiel maximum, l’équipe de la Coalition décide ensemble quels matériel de quel pays contribuera le mieux pour mener une frappe. Ce processus de sélection prend en considération de nombreux facteurs de réserves stratégiques nationales et les capacités techniques et aboutit finalement à des bombes sur des cibles».

Lise Bourgon nous avait également précisé que le Canada était extrêmement prudent dans ses frappes aériennes afin d’éviter toute erreur, ce que d’autres pays ne font pas forcément, car les règles d’engagement des différents pays de la coalition ne sont pas exactement identiques. L’assignation d’une cible doit donc tenir compte des «sensibilités nationales».

«Le Canada n’est pas autorisé à aller dans certaines zones en Syrie. On est restreint dans nos zones d’opérations», expliquait encore la commandante du contingent canadien au Moyen-Orient.

… à moins que…

Si le portrait peut paraître pessimiste, la vérité est peut-être ailleurs. La plus grosse contribution du Canada ne viendrait pas tant des frappes que du renseignement et de la formation.

D’après le général américain Tom Weidley, chef d’état-major du CJTF-OIR, a indiqué au National Post que «le Canada est un membre clé de la coalition».

Selon lui, le CF-18 est «une plate-forme absolument capable dans cet environnement». C’est cependant sur les conseillers militaires des forces spéciales qu’il insiste le plus. «Chaque combattant peshmerga que touche les Canadiens améliore un futur leader peshmerga. Ces actifs incorporels se développent au fil du temps. Ce combattant peshmerga va former ses subordonnés et continuera de croître en tant que leader en gravissant les échelons. Un petit nombre de formateurs a la capacité de faire un énorme impact à travers l’espace de bataille».

Le gouvernement, désormais en demande d’être reconduit au pouvoir avec les élections fédérales, s’est refusé à augmenter le nombre de ses conseillers militaires, encore moins envoyer de troupes au sol combattre.

Le général américain se dit également particulièrement satisfait de l’avion espion Aurora: «J’ai vu quelques-uns des produits qu’ils ont fournis et ils sont superbes. C’est la synthèse de cette capacité à apporter rapidement ces informations qui ont un effet opérationnel sur le champ de bataille. En travaillant en combinaison avec les autres plates-formes de collecte de renseignements, cela nous donnent une image homogène de ce qui se passe réellement sur le terrain».

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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