Récit de l’ex-sniper du Royal 22e Régiment Wali au cœur des opérations kurdes contre l’EI (PHOTOS)

0

Wali, cet ancien tireur d’élite du Royal 22e Régiment, et parti combattre le groupe armé État islamique au Moyen-Orient livre aujourd’hui pour 45eNord.ca un récit brut et authentique de ses deux premiers mois passé sur la ligne de front. Il a désormais accepté de dévoiler son visage, mais pas encore son nom.

La première semaine de mon arrivée ressemblait plus à du tourisme de guerre, si je peux dire. Ça faisait parti du plan, étant donné que je fais autant sinon plus une guerre de l’image qu’une guerre de soldat tenant simplement un fusil.

Le but de cette première étape était de montrer les conséquences de la guerre sur la population. Par exemple, j’ai visité un camp de réfugiés. Mon objectif était de montrer concrètement des gens ayant souffert de la guerre. Des gens sans maison, peut être même sans avenir.

Je suis aussi aller filmer un monastère chrétien perché dans les montagnes. Ce monastère se trouve à quelques kilomètres du front, tout près d’un ancien champ de bataille d’Alexandre le grand. Des enfants y vivent. Advenant une percée ennemie, ces religieux subiraient des atrocités, sans parler du bâtiment, un joyau d’architecture et d’histoire, qui serait éventuellement détruit. Du haut du monastère, on voit clairement la ligne de front. Ça ne prend que quelques minutes en voiture pour s’y rendre.

Pour ce qui est de mon intégration au sein des forces kurdes, le début a été complètement différent de ce que j’avais prévu. Les lions de Rojava n’étaient pas, à mon sens, bien organisés pour accueillir les étrangers. Du moins pas pendant mon arrivée. Peut-être s’agit t’il d’un signe du destin?

Les kurdes responsables de l’accueil pour les Lions de Rojava ne comprenaient pas la portée de mon projet de documentaire. D’après moi ils pensaient que je prenais simplement des images personnelles.

À mon arrivée, ils ont commencé par saisir mon passeport ainsi que mes appareils électroniques de communication, ce que je peux comprendre pour des raisons de sécurité. On me disait que j’allais les revoir une fois en Syrie. Nous n’avions aucune armes et attendions dans un appartement le prochain transport vers la Syrie. Aucune information ne nous étaient données. Allions nous bouger dans une semaine, deux jours?

La deuxième journée, des rumeurs commençaient à circuler que notre emplacement était connu de cellules ennemies dans le secteur. Un combattant étranger sur place était même soupçonné d’être un espion. Nous étions méfiants et vigilants, sachant qu’une rançon de 150.000 $ US pour chaque combattant étranger livré à l’EI pendait au dessus de nos têtes. De plus, les kurdes nous accueillant ne mangeaient pas avec nous les combattants étrangers, entre autre, ce qui est inhabituel dans la culture kurde. C’est même jugé comme extrêmement déplacé.

C’est alors qu’on m’a demandé de signer un contrat écrit à la main. Une clause me dérangeait particulièrement: je devais m’engager à rester minimum 6 mois. Je leur ai expliqué que si je voulais avoir un impact avec le documentaire, je devais retourner au Canada à l’automne, pour le montage et les entrevues. Rien n’y faisait, les Kurdes en question ne parlant pas l’anglais. La goutte qui a fait déborder le vase est quand j’ai appris qu’en retournant au Canada, j’allais devoir payer une amende aux Kurdes pour l’expiration de mon visa. C’en était trop! J’avais traversé deux continents à mes frais, afin de combattre et d’aider le Kurdistan… tout cela pour ensuite être remercié en payant une amende de plusieurs centaines de dollars!

J’ai donc décidé de joindre les peshmergas du côté irakien, entraînant avec moi d’autres combattants étrangers, insatisfaits de leur accueil avec les Lions. C’était une excellente décision. Après quelques péripéties, nous avons rejoint la ligne de front.

« …Nous avons d’abord été accueillis par un excellent repas, ainsi qu’une profusion de sourires et de thé. Tous voulaient nous connaître et nous parler. Le commandant sur place, un héros des guerres du passée, a immédiatement compris l’importance de mon projet. Des quartiers ont été spécialement préparés, ainsi que quelques commodités, telle une douche, des prises de courant, des matelas. Quelques jours plus tard, le commandant a même fait installer Internet, afin que je puisse envoyer des nouvelles!… » (Extrait de mon journal de guerre)

Les Kurdes nous traitent tellement bien! Je n’ai jamais vu une telle hospitalité. Jamais! Partout où nous allons, nous sommes couverts de cadeaux et d’invitations. Tous veulent nous inviter dans leur village. Quand nous nous y rendons, nous mangeons les meilleurs repas, nous buvons le meilleur thé, que les familles nous servent avec empressement. Tous veulent se faire prendre en photo avec nous. Nous ne recevons que des encouragements et remerciements. Nous sommes telles des vedettes. Il n’est pas rare de se faire prendre en photos des dizaines de fois jour, au point d’être fatigué de sourire. Ils adorent les Occidentaux. « Canada, America, friends… » qu’ils nous disent souvent.

Les paysages de l’arrière pays sont à couper le souffle! Des montagnes, des rivières, des collines couvertes de pâturages. Et entre ces montagnes magnifiques se trouve toujours une autre famille désireuse de nous offrir un repas. Même les pauvres insistent pour nous gâter.

Mon quotidien… Ici c’est 10 % de guerre et 25% de tournage dit « culturel ». Je passe le reste du temps à écrire, traiter des photos, préparer des articles, boire du thé avec les kurdes, interagir avec eux.

Ici le front ressemble à la première guerre mondiale. C’est clairement délimité. Ce n’est pas une contre insurrection comme en Afghanistan, avec des bases éparpillées sur un territoire.

« …La zone de front est couverte de ruines, de débris et de carcasses de voitures. Certains villages sont complètement rasés. Et puis à une heure de voiture de ce décors apocalyptique, on peut manger dans un beau restaurant, sans trop de danger. C’est très contrasté, et ce contraste est intéressant, du point de vue du documentaire. » (Extrait de mon journal de guerre)

Sur le front, la situation est relativement tranquille. Des tirs isolés se font parfois entendre. L’ambiance ressemble à la campagne afghane. Ça me rend nostalgique. On entend des criquets, ainsi que des coyotes aboyer. La nuit, les étoiles sont magnifiques. J’aime dormir à la belle étoile.

Dans mon secteur, l’ennemi se fait constamment bombarder par l’aviation. Il n’est pas rare de voir des dizaines de bombes exploser en une soirée. Certaines de ces bombes ressemblent à des petites bombes nucléaires.

L’ennemi effectue parfois des tirs d’artillerie isolés. On entend des explosions d’attentats à la voiture piégée, aussi. Le risque de contre attaque massive de l’ennemi est omniprésent. Une telle offensive s’est d’ailleurs produite au printemps.

Il y a donc deux « modes » ici: le mode défensif, et le mode offensif. C’est lors des offensives que c’est le plus intéressant. Ça ressemble à une attaque de la Deuxième guerre mondiale, avec l’aviation, les blindés et l’infanterie qui attaquent en masse. Le nombre de morts est plus élevé que lors de mes missions passées en Afghanistan.

« …À ce moment, j’étais séparé de mon groupe. La situation était confuse. C’était chaotique, mais foutrement intéressant. Déjà, des véhicules blindés se dirigeaient vers les prochains villages, qui étaient enveloppés de fumée. De loin, on pouvait suivre la progression des différentes attaques en regardant les colonnes de fumée dans le ciel. Ça ressemblait à un blitzkrieg de la Seconde guerre mondiale. Une expérience inoubliable… » (Extrait de mon journal de guerre)

« …Les combats étaient plus proches que je pensais. En fait, les tirs venaient du prochain coin de rue! Le blessé s’est fait déposé près de la route principale. Une vingtaine de soldats se sont agglutinés afin de filmer avec leur cellulaire, publiant du même coup sur les réseaux sociaux! Pendant ce temps, des tirs rapprochés se faisaient entendre, et les médics s’exécutaient ! Pourquoi pas prendre le temps de « taguer » le blessé, un coup parti!… » (Extrait de mon journal de guerre)

Avant une offensive, quand on approche du front, c’est une ambiance de libération. Les gens nous saluent du côté de la route. On se sent énergisé. On sait alors qu’on combat du bon côté.

Le plus souvent, l’ennemi meurt écrasé sous les tonnes de bombes et de béton armé. Ceux qui restent ne peuvent plus s’enfuir, en raison de l’aviation qui couvre les routes entre les villages. L’ennemi finit donc par se faire encercler et massacrer.

Dans les villages, les scènes sont apocalyptiques. Ce n’est que destruction, ruines, bâtiments en feu. Il plane comme une odeur spéciale et macabre.

Filmer et être soldat est fatiguant. On travaille toujours en double. Notre cerveau est constamment en activité. Même pendant les moments tranquilles, je dois filmer.

« …C’est alors que la colonne de véhicules a reçu des tirs de la droite. Les tourelles se sont tournées vers l’ennemi. Et moi j’étais debout sur un véhicule, à découvert! J’avais deux choix: tirer ou filmer. J’aime à dire que je tiens un fusil d’une main et une caméra de l’autre, mais que mon arme principale est la caméra. J’ai donc décidé de filmer… » (Extrait de mon journal de guerre)

« …J’avais le goût de vomir. J’avais chaud et j’étais déshydraté. J’avais déjà couru et marché plusieurs kilomètres avec mon équipement, sous la chaleur accablante. ce qui était particulièrement fatiguant, était de filmer tout en étant soldat. Ça draine énormément de jus. Un seul des deux est déjà fatiguant. Mon cerveau est constamment en activité. Je dois penser à tout, et en double! Même pendant les moments tranquilles je dois penser et travailler. Quel est le bon angle pour cette prise? Ai-je assez couvert ce sujet? Dois-je monter sur ce bâtiment afin d’avoir un meilleur plan? Et ainsi de suite. » (Extrait de mon journal de guerre)

Je suis fier d’avoir capturé un drapeau à l’ennemi. Deux en fait. L’un des drapeaux se trouvait à l’écart d’un village qui venait d’être pris. Ma crainte était que certains bâtiment abritent encore des soldats ennemis, et que les environs du drapeau soient minés et piégés. Après avoir évité les endroits suspects, moi et mon ami Kurde avons ramené le drapeau, le traînant dans la poussière devant un groupe de réfugiés, afin que les sympathisants ennemis comprennent que c’était la fin de l’occupation dans leur village.

Dans les jours qui ont suivis cette première étape de l’offensive, des milliers de réfugiés ont affllués.

« …Ces enfant étaient magnifiques! L’image même de l’innocence. Une petite fille regardait dehors, profitant du vent qui glissait contre son visage. Clic, clic. Quelles belles images! Parmi mes préférées. La petite fille s’occupait d’un bébé tenu par une dame. Dire que quelques années plus tard, ce même bébé aurait sans doute été une recrue de l’EI. Peut être aurait il été un bourreau? Il était maintenant sauvé de l’empoisonnement de l’endoctrinement.

C’est à ce moment que j’ai compris à quel point mon travail de soldat a des répercussions directes et palpables sur la vie de gens réels. Il n’y a aucune théorie ici. Et on entend pas les discours des politiciens. Il n’y a rien de plus désarmant que de voir ces enfants dans le besoin. Ému, j’avais conviction qu’en tant que soldat, ça valait la peine de mourir pour que ces gens vivent en paix… » (Extrait de mon journal de guerre)

Des surprises et des images saisissantes seront dévoilées dans le documentaire intitulé « Parmi les héros », qui sera prêt pour une diffusion en 2016.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

Les commentaires sont fermés.