Serbie: inculpation de huit personnes impliquées dans le massacre de Srebrenica

Une femme bosniaque au milieu des tombes le 11 juillet 2015 au mémorial de Srebrenica. (Dimitar Dilkoff/AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Une femme bosniaque au milieu des tombes le 11 juillet 2015 au mémorial de Srebrenica. (Dimitar Dilkoff/AFP)
Une femme bosniaque au milieu des tombes le 11 juillet 2015 au mémorial de Srebrenica. (Dimitar Dilkoff/AFP)

Le procureur serbe chargé des crimes de guerre a inculpé jeudi huit personnes accusées d’être impliquées dans le massacre de 8.000 musulmans bosniens en 1995 à Srebrenica, dans l’est de la Bosnie, a annoncé le parquet pour les crimes de guerre.

Il s’agit du premier dossier lié au massacre de Srebrenica dont s’est saisie la justice serbe.

Ces hommes, arrêtés en mars dernier, sont accusés d’avoir, en juillet 1995, ordonné et participé à l’exécution de centaines de Musulmans en une seule journée dans un entrepôt à Kravica, une localité proche de Srebrenica, précise le parquet dans un communiqué.

S’ils sont déclarés coupables, ils encourent une peine allant jusqu’à vingt ans prison.

L’inculpation est un message qu’il n’y aura pas d’impunité pour les crimes de guerre et que les victimes ne seront pas oubliées, a déclaré à l’AFP le procureur pour les crimes de guerre Vladimir Vukcevic.

Cette inculpation montre la position de la Serbie envers le plus grave crime commis depuis la Seconde guerre mondiale et elle est le résultat d’une bonne coopération régionale, a-t-il ajouté.

Les huit hommes sont soupçonnés d’avoir appartenu à une unité spéciale de la police des Serbes de Bosnie, Jahorina, dont une dizaine d’anciens membres ont déjà été condamnés en Bosnie pour leur implication dans la tuerie qui s’est produite à Kravica.

Le commandant de cette unité Nedeljko Milidragovic, surnommé Nedjo le boucher, fait partie des huit inculpés. Il est accusé d’avoir notamment ordonné que personne ne doit sortir vivant de l’entrepôt.

Après le conflit en Bosnie (1992-95), Milidragovic s’est installé en Serbie où il était un homme d’affaires à succès, avaient rapporté les médias locaux au moment de son arrestation.

Plus de 1.000 hommes et adolescents musulmans ont été exécutés sommairement dans un entrepôt agricole à Kravica après la prise de l’enclave de Srebrenica par les forces serbes de Bosnie.

Les hommes qui avaient été incarcérés dans cet entrepôt faisaient partie de groupes de musulmans qui avaient tenté de fuir l’enclave au moment où les forces serbes de Bosnie en prenaient le contrôle.

Après avoir été rassemblés par centaines sur une plaine, ces prisonniers ont été enfermés dans l’entrepôt et exécutés sommairement ensuite par des membres des forces policières et militaires serbes de Bosnie, selon plusieurs verdicts prononcés en Bosnie pour ces crimes.

Les dépouilles des victimes de Kravica ont été découvertes dans au moins trois charniers, selon le procureur en charge du dossier.

Près de 8.000 hommes et garçons musulmans ont été tués par les forces serbes bosniennes dans l’enclave de Srebrenica en juillet 1995, à quelques mois de la fin de la guerre de Bosnie (1992-1995). Il s’agit de la pire tuerie en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, un massacre qualifié de génocide par la justice internationale.

Les ex-chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, 69 ans et Ratko Mladic, 72 ans, sont actuellement jugés notamment pour génocide pour leur rôle dans le massacre de Srebrenica, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye.

Le TPIY a inculpé 20 accusés en tout pour le massacre de Srebrenica et plusieurs anciens officiers serbes bosniens ont été condamnés à des lourdes peines de prison.

Fin janvier, le TPIY a confirmé en appel les condamnations à perpétuité pour le génocide de Srebrenica de deux anciens responsables militaires serbes de Bosnie, l’ancien lieutenant-colonel Vujadin Popovic, 57 ans, et l’ancien colonel Ljubisa Beara, 75 ans.

Plusieurs procès pour génocide contre des anciens militaires et policiers se sont déroulés devant la justice bosnienne.