Syrie: signes troublants d’une possible recrudescence de la présence militaire russe

0
L'avion de transport aérien stratégique russe Antonov-124 est le plus grand avion de transport militaire dans le monde. Ici, un Antonov-124 en formation avec 2 Sukhoi Su-27 au défilé de la Victoire à Moscou en 2010 (Archives/2010 Moscow Victory Day Parade. (Archives/Sergueï Kustov/Wikipédia)
L’avion de transport aérien stratégique russe Antonov-124 est le plus grand avion de transport militaire dans le monde. Ici, un Antonov-124 en formation avec 2 Sukhoi Su-27 au défilé de la Victoire à Moscou en 2010 (Archives/2010 Moscow Victory Day Parade. (Archives/Sergueï Kustov/Wikipédia)

Des préfabriqués pouvant accueillir des centaines de soldats, une tour de contrôle, des avions de transport? Plusieurs éléments semblent indiquer une recrudescence de la présence militaire russe dans le nord-ouest de la Syrie et suscitent l’inquiétude des États-Unis.

Officiellement, la Russie n’est présente sur le territoire syrien que grâce à ses installations logistiques militaires dans le port de Tartous, sur les bords de la Méditerranée.

Mais la diffusion ces derniers jours d’informations dans des médias sur une présence militaire accrue, puis de photos sur les réseaux sociaux russes montrant des militaires russes affirmant se trouver sur place, a immédiatement soulevé une question: la Russie trame-t-elle quelque chose en Syrie ?

Depuis plusieurs mois, Vladimir Poutine prône une double approche du conflit syrien: pousser les opposants syriens à unifier leurs positions pour négocier une sortie de crise politique avec Damas et créer une coalition militaire élargie à la Turquie, à l’Arabie saoudite et à l’armée régulière syrienne, pour combattre le groupe extrémiste État islamique. Cette initiative n’a pour le moment que peu de soutien.

Le président russe l’a en outre dit clairement: pour l’heure, il n’est pas question que l’armée russe participe à des opérations militaires directes en Syrie.

C’est dans ce contexte que les premiers signes d’une plus grande présence militaire sont apparus.

Le quotidien américain New York Times a tiré le premier, affirmant samedi que la Russie avait déployé un détachement et acheminé du matériel pour l’installation d’une base aérienne dans la région de Lattaquié, fief de Bachar al-Assad dans le nord-ouest de la Syrie. Dans la foulée, le secrétaire d’État américain John Kerry appelait son homologue russe Sergueï Lavrov afin d’exprimer ses craintes d’un risque d' »escalade » du conflit.

Les deux responsables ont eu mercredi un deuxième entretien consacré à la Syrie.

La veille, des responsables américains avaient indiqué à l’AFP que les Russes avaient récemment installé des préfabriqués pouvant abriter des « centaines de personnes » et une tour de contrôle aérien mobile. Au moins trois avions de transport – deux avions cargos géants Antonov 124 Condor et un avion de transport de passagers – ont atterri ces derniers jours à l’aéroport de Lattaquié, toujours selon ces responsables américains s’exprimant sous couvert de l’anonymat.

« Tout ceci suggère l’installation d’une base aérienne avancée », concluent ces responsables, précisant ne pas avoir « d’informations » sur la présence éventuelle d’armes russes sur place.

Première conséquence: la Bulgarie, membre de l’Otan, a annoncé avoir fermé dès le 1er septembre son espace aérien à des avions russes transportant, selon Moscou, de l’aide humanitaire vers la Syrie.

Elle est toutefois prête à laisser ces avions traverser son espace aérien à condition que Moscou accepte l’inspection de leur cargaison.

Les Russes musclent leur présence militaire en Syrie affirment encore les Américains

La Russie a continué d’augmenter son dispositif militaire en Syrie avec deux navires de débarquement de chars et des véhicules blindés de transport de troupes, a indiqué de son côté mercredi un responsable américain.

Les bateaux de débarquement sont arrivés à Tartous, sur les bords de la Méditerranée, où les Russes disposent d’une base permanente, selon ce responsable.

Les véhicules blindés, au nombre d’une dizaine, et des dizaines de soldats se trouvent sur l’aéroport Bassel al-Assad, dans la région de Lattaquié, un fief du régime de Bachar al-Assad, selon la même source.

Les soldats sont « moins de 50 », a indiqué de son côté un responsable américain de la Défense.

Le déploiement des soldats, des troupes de marine russes, ressemble pour l’instant à un dispositif de protection des équipements déployés, plus qu’à la constitution d’un groupe de combat, selon les sources interrogées.

Les responsables américains ont également confirmé un quatrième vol d’avion de transport militaire russe vers la Syrie ces derniers jours, trois ayant déjà été confirmés mardi.

Les avions militaires russes ont atterri sur l’aéroport Bassel al-Assad où Moscou a également fait installer des préfabriqués pouvant accueillir des centaines de soldats.

Les Américains estiment que les Russes sont peut-être en train d’installer une base aérienne avancée dans cette région qui est un fief de Bachar al-Assad.

La question pour le Pentagone est de savoir si les Russes veulent entrer directement dans les combats en Syrie pour aider leur allié Bachar al-Assad, et qui ils veulent frapper.

« Nous ne pouvons vraiment pas dire s’ils viennent pour combattre l’EI ou pour combattre l’opposition » au régime de Bachar al-Assad, a indiqué le responsable américain de la Défense.

Pour les responsables américains, il n’y a pas d’indication pour l’instant que les Russes ont déployé des armements.

Selon l’une des sources américaines interrogées mercredi, le premier des vols militaires russes vers la Syrie est passé par la Méditerranée pour rejoindre la Syrie.

Mais les vols suivant ont utilisé un itinéraire passant par le Caucase, l’Iran et l’Irak.

Moscou dément, mais tous pensent au précédent de la Crimée

Pour sa part, Moscou dément tout renforcement de sa présence militaire. La Russie assure qu’elle n’a jamais caché son soutien en armes et en instructeurs à l’armée syrienne « pour lutter contre le terrorisme », mais refuse de préciser ce que ses avions emportent en Syrie.

Le régime de Damas a également opposé un démenti et accusé les services de « renseignement occidentaux et arabes » de propager de fausses informations.

Interrogé par l’AFP, l’analyste indépendant Alexandre Golts rappelle qu' »il est normal pour des livraisons d’armes d’avoir des sortes de conseillers (militaires) ».

Et concernant les photos montrant des soldats d’infanterie de marine reproduites sur les réseaux sociaux, il pense qu’il doit s’agir de « ceux qui ont été déployés sur place pour surveiller le périmètre de la base de Tartous ».

Pour l’analyste Jeffrey White, du Washington Institute for Near East Policy, « beaucoup d’équipements russes arrivent par le détroit du Bosphore », notamment des véhicules blindés, et « le but premier est de consolider le régime syrien ».

Cette présence russe « va hypothéquer les chances de succès des rebelles », notamment dans la région de Lattaquié, stratégique pour Bachar al-Assad parce qu’elle est considérée comme une zone possible de repli pour le président et son clan. Depuis plusieurs mois, les rebelles y exercent une pression accrue.

L’inquiétude des Américains est d’autant plus grande que, par le passé, la Russie, comme sa devancière soviétique, a pu déployer en secret des soldats.

Au moment de l’annexion de la Crimée, des troupes d’élite de l’armée russe ont été déployées et, au départ, Moscou a invariablement démenti toute implication. Un an après, Vladimir Poutine reconnaissait qu’il avait travaillé à un plan d’intervention en Crimée.

Les commentaires sont fermés.