Syrie: Valls défend l’intervention française limitée à l’aviation, la France «soutiendrait» une coalition régionale au sol

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Manuel Valls dans un train entre Evry et Paris le 5 septembre 2015. (AFP/Archives/DOMINIQUE FAGET)
Manuel Valls dans un train entre Evry et Paris le 5 septembre 2015. (AFP/Archives/DOMINIQUE FAGET)

Manuel Valls a défendu mardi devant l’Assemblée nationale l’engagement français en Syrie, limité à l’aviation, en excluant à nouveau toute intervention terrestre occidentale même si la France « soutiendrait » celle d’une coalition « de pays de la région ».

Plusieurs missions de reconnaissance françaises, prélude à de futures « frappes », ont « déjà été réalisées » et « cette campagne durera le temps qu’il faudra, plusieurs semaines certainement », a indiqué le Premier ministre devant les députés.

Les missions de reconnaissance des avions français « sont conduites à titre national, en pleine autonomie de décision et d’action », a-t-il fait valoir, en soulignant que la France choisirait « seule » les objectifs à frapper en Syrie.

Manuel Valls a également insisté sur les « centres de commandement » de l’organisation État islamique présents en Syrie, où « s’organisent les filières » menant les combats sur place mais visant également la France et les cibles occidentales.

Il a d’ailleurs révisé en nette hausse le bilan des Français et résidents français impliqués dans ces filières « irako-syriennes », qui atteint désormais 1.880: 133 personnes parties de France sont mortes à ce jour (contre 110 début juin), et 491 sont sur place.

Répétant les propos du président François Hollande, le Premier ministre a exclu une intervention terrestre occidentale qui « serait inconséquente et irréaliste », a-t-il lancé.

« Mais si une coalition de pays de la région se formait pour aller libérer la Syrie de la tyrannie de Daech, alors ces pays auraient le soutien de la France », a-t-il poursuivi.

C’est la première fois qu’un haut responsable français apporte publiquement le soutien de la France à ce scénario, a confirmé à l’AFP une source diplomatique.

Manuel Valls a défendu le refus d’intervenir au sol en Syrie, une opération qui nécessiterait « des dizaines de milliers d’hommes », sans le soutien des alliés habituels de la France, et exposerait les troupes impliquées « à un très grand danger ».

‘très grand danger’ d’une intervention au sol

« J’ai entendu des voix plaider pour une telle option », a dit le Premier ministre alors que certains à droite, notamment Bruno Le Maire, défendent une intervention au sol.

« Intervenir avec les Européens ? Mais qui parmi eux seraient prêts à une telle aventure ? Avec les Américains ? Le veulent-ils ? Non », a souligné M. Valls, rappelant également les enseignements du passé « douloureux » de la guerre américaine en Irak.

« Ce que les exemples en Irak et en Afghanistan nous apprennent, c’est qu’il faudrait mobiliser plusieurs dizaines de milliers d’hommes, qui seraient alors exposés à un très grand danger », a également fait valoir le chef du gouvernement.

« C’est d’ailleurs le piège qui nous est tendu par les djihadistes: nous contraindre à intervenir sur leur terrain pour nous enliser, pour invoquer contre nous un soi-disant esprit de +croisades+, pour susciter une solidarité devant une prétendue+ invasion+ », a-t-il dit.

Enfin, le Premier ministre a assuré que l’intervention française qu' »aucun compromis, aucun arrangement » n’était « possible » avec Bachar al-Assad. Selon Manuel Valls, il est « hors de question » que les frappes françaises contribuent « à renforcer le régime » du leader syrien.

Alors que la Russie est accusée par les États-Unis de renforcer sa présence militaire en Syrie, M. Valls a également adressé un message à Moscou. « Nous avons tous un devoir de responsabilité: tout soutien militaire au régime de Bachar al-Assad ne fait qu’alimenter la spirale de la violence », a-t-il prévenu.

Députés et sénateurs débattent ce mardi, mais sans voter, de l’engagement militaire français en Syrie et des frappes aériennes contre le groupe Etat islamique que le président François Hollande a jugées nécessaires lundi.

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