Turquie: le chef du parti kurde assimile le couvre-feu imposé aux habitants de Cizre à la «peine de mort »

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Le coprésident du principal parti prokurde de Turquie, Selahattin Demirtas, tente de rejoindre à pied la ville de Cizre, le 10 septembre 2015. (AFP/Archives/ILYAS AKENGIN)
Le coprésident du principal parti prokurde de Turquie, Selahattin Demirtas, tente de rejoindre à pied la ville de Cizre, le 10 septembre 2015. (AFP/Archives/ILYAS AKENGIN)

Le chef du principal parti prokurde de Turquie a encore dénoncé vendredi le couvre-feu imposé par les autorités aux habitants de Cizre (sud-est), en proie à des combats meurtriers entre l’armée et les rebelles kurdes, le comparant à « la peine de mort ».
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Mise à jour au 11/09/2015 à 11h46

Le couvre-feu très controversé imposé depuis huit jours à la ville turque de Cizre (sud-est), théâtre d’affrontements meurtriers entre les forces de sécurité et les rebelles kurdes, sera levé samedi matin, ont annoncé vendredi les autorités.

« Le couvre-feu entré en vigueur le 4 septembre 20h00 à Cizre sera levé le samedi 12 septembre à 7h00 » (4h00 GMT), a indiqué le gouverneur de la province de Sirnak, Ali Ihsan Su, dans une déclaration.

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« Normalement, ceux qui violent un couvre-feu sont passibles d’une amende de 100 livres turques (30 euros). À Cizre, ils risquent la peine de mort et les exécutions », a déclaré à la presse le coprésident du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas.

Les forces de sécurité turques ont instauré depuis huit jours un strict couvre-feu à Cizre, frontalière de l’Irak dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, en raison des combats qu’elles y livrent aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le ministre de l’Intérieur Selami Altinok a indiqué jeudi que 30 à 32 combattants du PKK et un civil avaient été tués à Cizre.

Le HDP a pour sa part affirmé jeudi que ces affrontements avaient déjà causé la mort de 21 civils, dont des enfants, et dénonce, à grand renfort de photos diffusées sur les réseaux sociaux, le « blocus » imposé par les autorités aux 120.000 habitants de la ville.

Ces bilans n’ont pas été confirmés de source indépendante.

Les forces de l’ordre ont interdit jeudi l’entrée dans Cizre à une délégation d’élus kurdes emmenée par M. Demirtas pour « des raisons de sécurité ».

« Ceux qui s’aventurent dans les rues sont tués par des tireurs embusqués », a insisté M. Demirtas, ajoutant que le ministre de l’Intérieur et le gouverneur local devaient rendre des comptes devant la justice. « Vous pourrez expliquer au tribunal comment vous avez donné l’ordre de ces exécutions », leur a-t-il lancé.

Selon l’agence de presse kurde Firat News, deux mineurs qui avaient violé le couvre-feu ont été tués dans la nuit de jeudi à vendredi.

Le commissaire du Conseil de l’Europe aux droits de l’Homme, Nils Muiznieks, a demandé vendredi à la Turquie de laisser entrer à Cizre des observateurs, dénonçant des « interférences avec les droits de l’Homme » et le « black-out » imposé à la ville.

Depuis la fin juillet, les affrontements meurtriers ont repris entre l’armée et le PKK dans le sud-est de la Turquie.

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