Afghanistan: Washington revoit son plan sur l’après-2016

Des soldats de l'Otan arrivent sur les lieux d'un attentat suicide à la voiture piégée à Kaboul, le 11 octobre 2015. (AFP/Archives/Noorullah Shirzada)
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Des soldats de l'Otan arrivent sur les lieux d'un attentat suicide à la voiture piégée à Kaboul, le 11 octobre 2015. (AFP/Archives/Noorullah Shirzada)
Des soldats de l’Otan arrivent sur les lieux d’un attentat suicide à la voiture piégée à Kaboul, le 11 octobre 2015. (AFP/Archives/Noorullah Shirzada)

Les États-Unis sont en train de revoir à la hausse leur présence militaire en Afghanistan après 2016, qui ne prévoit pour l’instant qu’un millier d’hommes à Kaboul, a confirmé mercredi à Washington le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter.

Les États-Unis sont en train de « faire des ajustements sur la présence américaine prévue (en Afghanistan après 2016), pour tenir compte des circonstances actuelles », a déclaré le chef du Pentagone, dans un discours devant des militaires de l’armée de terre.

La semaine dernière, le général américain John Campbell, commandant la mission de l’Otan en Afghanistan s’était déjà dit favorable à un renforcement du dispositif américain prévu après 2016.

Le plan est pour l’instant de ne laisser qu’un millier d’hommes à Kaboul, contre encore 9.800 aujourd’hui.

Plusieurs offensives récentes des talibans, comme à Kunduz (nord), ont montré que les forces afghanes ne parvenaient pas toujours à tenir leur terrain toutes seules, malgré les quelque 60 milliards de dollars dépensés par Washington depuis 14 ans pour les équiper et les former.

Mercredi, le secrétaire à la Défense a insisté sur le fait que les Etats-Unis « n’allaient pas et ne pouvaient pas » quitter l’Afghanistan.

Le faire serait « perdre les succès » engrangés depuis le début de l’intervention de l’Otan dans ce pays en 2001, a-t-il estimé.

Le responsable américain a estimé que ses collègues de l’Otan étaient sur la même longueur d’onde.

La semaine dernière lors d’une réunion de l’Otan à Bruxelles, « beaucoup de mes collègues ont tenu à réaffirmer leur engagement » en faveur de l’Afghanistan, a-t-il dit.

Retour au calme précaire a Kunduz, hausse du bilan MSF

L’hôpital de l’ONG Médecins sans Frontières après une frappe aérienne, le 3 octobre 2015 à Kunduz, en Afghanistan. (MSF/AFP/MSF)
Par ailleurs, les habitants de Kunduz commençaient à revenir dans cette grande ville du nord afghan mercredi, au lendemain de l’annonce par les talibans qu’ils s’en étaient retirés.

Par ailleurs, le bilan de la frappe américaine ayant touché un hôpital de l’ONG Médecins sans frontières à Kunduz le 3 octobre a été revu à la hausse à 24 morts, après la confirmation du décès de deux employés supplémentaires.

L’électricité et l’eau ont partiellement été rétablies, selon des habitants et des responsables, et certains magasins ont rouvert.

« Les forces de sécurité demandent aux gens de revenir, mais ils ont toujours peur, ils craignent que la situation ne change a nouveau », a assuré un habitant, Ajmal Kakar.

La télévision montrait les troupes afghanes patrouillant dans les rues et ôtant le drapeau noir des insurgés islamistes.

Les talibans, qui n’avaient gardé le contrôle de la ville que quelques jours, avaient ensuite continué à échanger des tirs avec les forces afghanes.

Mardi soir, ils ont annoncé s’être complètement retirés de Kunduz, au lendemain d’une nouvelle offensive insurgée contre une autre capitale provinciale, Ghazni, où ils ont été repoussés.

La rébellion islamiste, après avoir saisi des équipements de l’armée afghane, abattu des opposants et libéré des centaines de prisonniers à Kunduz, a « ordonné à ses combattants de se retirer des principaux carrefours, marchés et bâtiments gouvernementaux et de se replier vers les zones rurales alentours », ont indiqué les insurgés sur leur site web.

Ce retrait tactique vise à « renforcer leur ligne de défense et préserver leur force pour des opérations futures », poursuit le mouvement.

Le vice chef d’état-major afghan, le général Murad Ali Murad, s’est félicité devant la presse mercredi du recul des insurgés, soulignant que ses troupes « poursuivraient les talibans jusqu’au fin fond de Kunduz ».

La chute de Kunduz le 28 septembre a constitué un échec cuisant pour les troupes afghanes formées par l’occident, qui se sont retrouvées presque seules face à l’ennemi depuis la fin de la mission de combat de l’Otan en décembre.

L’aviation américaine, intervenue en appui aux forces afghanes et de l’Otan, a été pointée du doigt pour un bombardement sur un hôpital de MSF le 3 octobre.

MSF a indiqué mercredi que le bilan s’était alourdi, passant de 22 à 24 morts, dont 14 employés de l’hôpital et 10 patients, tandis que 9 personnes sont toujours portées disparues.

L’ONG a réclamé une enquête indépendante sur cette tragédie. Mercredi, la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits (CIHEF), basée à Berne, a indiqué avoir proposé aux Etats-Unis et à l’Afghanistan d’ouvrir une investigation, pour laquelle elle devra obtenir leur accord.