Budget de la Défense nationale: le mythe et la réalité

La Défense nationale aura plus d'argent pour «Un Canada sécuritaire et sécurisé». (Archives/Banque du Canada)
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Pour faire suite à notre article comparatif des plateformes électorales des différents partis, notamment en matière de Défense, 45eNord.ca vous propose aujourd’hui de regarder dans le détail la réalité budgétaire du ministère de la Défense nationale.

Le 23 janvier 2006 Stephen Harper est devenu Premier ministre du Canada, avec un gouvernement minoritaire de 124 députés, mettant ainsi fin à 13 ans de règne libéral.

Élu avec la promesse de mettre fin aux coupes budgétaires dans les Forces armées canadiennes, Stephen Harper s’est engagé alors dans une course contre la montre pour donner les moyens à nos militaires. La Stratégie de Défense: Le Canada d’abord sera la pierre angulaire conservatrice.

«Décennie de noirceur» vs «décennie d’échecs»

Depuis le début de la campagne électorale début août, le parti Conservateur et son chef rappellent à qui veut l’entendre la terrible «décennie de noirceur» lors de laquelle le Parti libéral aurait procédé à d’importantes coupes dans le budget de la Défense nationale.

Le terme «décennie de noirceur» a été popularisé par… le général Rick Hillier, alors chef d’état-major de la Défense. Lors d’un discours à la Conférence des associations de la défense en 2007, le général Hillier a déclaré que les Forces armées ont vécu des moments difficiles à partir de 1994 lorsque les libéraux ont procédé à ces coupes majeures dans le budget de la défense afin d’atteindre le déficit zéro.

«Ces actions […] ont laissé des blessures profondes au sein de l’armée, une époque que je qualifierais de décennie de la noirceur», avait alors déclaré le général.

Vérification faite, entre le progressiste-conservateur Brian Mulroney en 1993 et le libéral Jean Chrétien de 1997, le ministère de la Défense nationale a effectivement bien vu son budget fondre de 23%. Mais, à compter de 1997, celui-ci a ré-augmenté pour atteindre, sous le gouvernement Martin au milieu des années 2000, presque le même niveau qu’en 1993.

Contrairement à Jean Chrétien, Stephen Harper s’est fait élire en 2006 sous le titre de «défenseur des militaires», celui qui allait donner les moyens. Si cela a bien été le cas au cours de ses trois premières années de règne, investissant massivement, les choses se sont gâtées par la suite.

Le premier budget présenté par le chef conservateur Stephen Harper en 2006 augmentait celui-ci de 5% par rapport à celui de son prédécesseur libéral, puis au cours des trois années suivantes, la Défense nationale verra son budget exploser de presque 20% supplémentaires. Entre le dernier budget de Paul Martin en 2005 et le quatrième budget de Stephen Harper 2009, le budget du ministère de la Défense nationale a donc augmenté de cinq milliards $.

Or, depuis 2009, le budget ne cesse de fondre, afin d’effacer le déficit canadien.

Cette année là, la Défense nationale a ainsi eu des dépenses autorisées de 24,2 milliards $. En 2015, les dépenses autorisées sont désormais de 18,9 milliards, soit une baisse de 23%… c’est à dire exactement la même baisse que lors de la «décennie de noirceur».

Le lieutenant-général (ret.) Andrew Leslie, ancien commandant de l’Armée canadienne et actuel candidat libéral dans Orléans n’hésite donc plus à décrire le règne des Conservateurs comme étant la «décennie d’échecs».

Il faut également noter que les budgets prévisionnels allant jusqu’en 2020 ne prévoient pas d’augmentation du budget (tournant autour de 19 milliards $) et ce, malgré la promesse de mettre en place une augmentation automatique annuelle de 3%.

En résumé, si les Libéraux ont bien coupé le budget de 23% entre 1994 et 1997 pour lutter contre le déficit, les Conservateurs ont aussi diminué le budget de 23% depuis 2009 pour les mêmes raisons.

* Tous les chiffres budgétaires présentés dans cet article sont en dollars canadiens constants de 2015, tenant ainsi compte de l’inflation annuelle. Une dépense de 100 $ en 1997 équivaudrait par exemple à une dépense de 141 $ en 2015.