Colombie: enquête requise sur l’ex-président Uribe pour un massacre par des paramilitaires en 1997

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L'ex-président colombien Álvaro Uribe Vélez réagit le 6 ocotbre 2015 à la demande d'enquête du procureur général de Colombie sur son implication dans le massacre d'El Aro en 1997, dans la province d'Antioquia dont il était alors gouverneur et où des paramilitaires d'extrême-droite ont tué 17 habitants. (Álvaro Uribe Vélez Prensa)
L’ex-président colombien Álvaro Uribe Vélez réagit le 6 ocotbre 2015 à la demande d’enquête du procureur général de Colombie sur son implication dans le massacre d’El Aro en 1997, dans la province d’Antioquia dont il était alors gouverneur et où des paramilitaires d’extrême-droite ont tué 19 habitants. (Álvaro Uribe Vélez Prensa)

Le Procureur général de Colombie a requis mardi une enquête sur l’implication de l’ex-président Alvaro Uribe dans un massacre commis en 1997 par des paramilitaires dans le département d’Antioquia (nord-ouest), dont il était gouverneur, et pour obstruction à la justice.

La Cour suprême de justice a été saisie afin qu’une enquête soit ouverte sur l’ancien chef de l’État à propos de « sa probable participation, par action ou par omission, dans le dossier du massacre d’El Aro, municipalité d’Ituango, à Antioquia » dirigé par M. Uribe de 1995 à 1997, a déclaré le Procureur général, Eduardo Montealegre, lors d’une conférence de presse.

En octobre 1997, quelque 150 paramilitaires d’extrême-droite ont occupé pendant sept jours le village d’El Aro et tué 19 habitants.

Durant cette attaque, « la force publique a laissé la population sans protection » à la suite de quoi la Cour inter-américaine des droits de l’Homme (CIDH) a condamné l’État colombien « à verser une indemnité de près de 3,4 millions de pesos (environ 1,1 million USD) » aux proches des victimes, selon le CNMH.

M. Montealegre a ajouté que les autorités locales avaient été prévenues de l’approche des milices paramilitaires, mais le gouverneur « n’a pas pris les mesures adéquates pour éviter l’assaut ».

« La Cour suprême de justice –habilitée à juger les fonctionnaires et les élus– devra décider s’il y a ou non une éventuelle responsabilité de l’ex-gouverneur », a-t-il déclaré.

Il a en outre précisé avoir demandé à la Commission d’accusation du Congrès –habilitée à juger les présidents– d’enquêter pour savoir si M. Uribe a fait obstruction à la justice dans cette affaire quand il était à la tête de l’État (2002-2010).

Se basant sur une déposition d’un ex-chef paramilitaire et narcotrafiquant, Diego Murillo Bejarano alias « Don Berna », M. Montealegre a indiqué que « pendant la présidence d’Álvaro Uribe, il existait une stratégie pour faire dévier l’enquête sur les morts du village d’El Aro ».

Un des principaux témoins ayant relié M. Uribe à ce massacre, l’ex-paramilitaire Francisco Villalba, a été assassiné en 2009, ce que Don Berna a qualifié de « crime d’État », selon le Procureur qui a également demandé d’enquêter sur ce dossier.

Les Farc font dix propositions pour la fin du conflit

Le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé un accord historique à La Havane mercredi 23 septembre pour mettre fin d’un demi-siècle de conflit en Colombie. À l’avant-plan, de gauche à droite, le président colombien Juan Manuel Santos, le président du pays hôte de la rencontre,le cubain Raul Castro, et le numéro un des Farc, Timoleon Jmenez « Timochenko ». (Cesar Carrión/SIG)
Par ailleurs, la guérilla colombienne des Farc a présenté mardi à Cuba une liste de « 10 propositions minimales » pour la fin du conflit en Colombie, dans le cadre des pourparlers à la Havane avec le gouvernement colombien.

Ces propositions ont été faites deux semaines après l’annonce d’un accord clé sur la justice, assorti de l’engagement des parties à signer la paix dans les six mois.

Elles visent selon les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) à garantir l’établissement d' »une paix stable et durable » dans le cadre d’un « processus intégral et simultané ».

Parmi ces propositions, figure la création d’un « Plan national pour la fin du conflit », a annoncé la rébellion dans un communiqué lu devant la presse par Victoria Sandino, membre de l’équipe des négociateurs des Farc dépêchée à Cuba.

Elles comprennent également « la formalisation juridique de réformes et d’ajustements institutionnels » en vue de « la transformation des Farc en mouvement politique », de la « réforme de la politique de sécurité de l’Etat et du démantèlement de structures criminelles » telles que les milices paramilitaires.

Ont également été mentionnés par les Farc la constitution de « territoires spéciaux pour l’établissement de la paix », « un cessez-le-feu bilatéral » et des « garanties » pour la sécurité des guérilleros une fois démobilisés.

La guérilla a précisé qu’il reviendrait aux commissions de travail d’étudier ces propositions dans le détail.

Le 23 septembre dernier, gouvernement et rébellion ont conclu un accord judiciaire, pierre angulaire d’un accord de paix définitif que les deux parties entendent parapher d’ici au 23 mars 2016.

Ouvertes en novembre 2012, les négociations de la Havane ont déjà permis de régler trois des six points figurant à l’ordre du jour.

Une fois achevé le volet « réparation aux victimes » qui inclut la justice, deux autres thèmes restent à négocier : l’abandon des armes et la ratification d’un accord de paix définitif.

Le conflit en Colombie, le plus ancien en Amérique latine, a fait en un demi-siècle quelque 220.000 morts, impliquant guérillas d’extrême gauche, forces armées régulières et paramilitaires d’extrême droite.

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