Le colonel Ouellette, viré sans ménagement de son commandement en 2010, victime d’un déni de justice

Le colonel Bernard Ouellette en octobre 2009 en Haïti (Photo : caporal Shilo Adamson, Combat Camera)
Le colonel Bernard Ouellette en octobre 2009 en Haïti (Photo : caporal Shilo Adamson, Combat Camera)
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Le colonel Bernard Ouellette en octobre 2009 en Haïti (Photo : caporal Shilo Adamson, Combat Camera)
Le colonel Bernard Ouellette en octobre 2009 en Haïti (Photo : caporal Shilo Adamson, Combat Camera)

Le colonel Bernard Ouellette, ex commandant de la MINUSTAH (la mission des Nations-Unies en Haïti) dépouillé de son commandement sur des soupçons de liaison avec sa secrétaire, et qui avait déposé un grief sur son éviction au Comité des griefs des Forces canadiennes, a été victime d’un déni de justice, a statué cette semaine une juge de la Cour fédérale.

Cinq ans après les événements, la juge de la Cour fédérale Martine St-Louis a statué que le grief de Bernard Ouellette n’a pas été traité de façon équitable et a ordonné un réexamen par le chef d’État-major qui devra tenir compte, cette fois des conclusions du Comité des griefs.

Le président du Comité, Bruno Hamel, avait bien recommandé que l’armée revienne sur sa décision d’évinceer bernard ouellette.. «Je suis choqué par la manière dont le plaignant a été traité », a dit M. Hamel, ajoutant qu’il était troublé par la décision des supérieurs du colonel Ouellette de le démettre de son poste si brusquement sur la base de ces allégations.

« Ce gars-là a été l’objet un déni de justice tout au long du chemin », a déclaré pour sa part son avocat, Me Michel Drapeau, spécialiste en droit militaire et lui-même ex colonel des Forces canadiennes. « Il n’a jamais été rétabli à ce qu’il aurait dû être. Nous lui devons, en tant que nation, le genre de reconnaissance et les éloges (qui devrait être attribué à) quelqu’un qui a fait la fierté du Canada. »

Un porte-parole des Forces armées canadiennes, a quant à lui déclaré mardi que la décision était en cours d’examen et qu’aucun plan d’action n’avait encore été décidé.

Viré après des allégations avant même qu’elles ne soient vérifiées

Les aventures amoureuses et les relations sexuelles sur un théâtre d’opérations sont interdites aux militaires en mission. Des membres du personnel sous les ordres du colonel Ouellette avaient à l’époque, en 2010, accusé le colonel d’avoir une liaison avec Vlora Merlaku, sa secrétaire à la MINUSTAH.

Le colonel Ouellette avait alors été démis de ses fonctions en Haïti fin juin 2010. Au moment de son éviction, le ministère de la Défense avait déclaré aux journalistes qu’il avait été relevé de son commandement en raison de problèmes «moraux» Un porte-parole du ministère avait ajouté que le colonel était objet d’une enquête et qu’il avait eu une relation inappropriée avec un membre du personnel des Nations Unies.

Mais Bernard Ouellette a toujours nié nie toute malversation, expliquant qu’il avait accordé à Mme Merlaku une chambre dans une résidence à la Maison du Canada afin d’assurer sa sécurité dans les mois qui ont suivi le tremblement de terre dévastateur qui a frappé Haïti et tué près de 100 membres du personnel des Nations Unies en Haïti.

«Mme Merlaku avait sa propre résidence … Cependant, ce quartier (où était située la résidence) a été considéré comme dangereux et inhospitalier», affirmait le colonel Ouellette dans sa déclaration. Il a alors expliqué qu’il avait permis à sa secrétaire de rester à la Maison du Canada pendant deux mois « pour des raisons de sécurité et de santé » et qu’il a dormi, lui, dans son bureau ou ailleurs.

Le colonel Ouellette précise dans sa déclaration qu’il n’a jamais tenté de dissimuler ou de cacher cet arrangement. »J’ai été marié pendant 28 ans [à l’époque] et je n’ai jamais trompé ma femme … J’ai agi de bonne foi et sans arrière-pensée. », avait alors insisté le colonel.

Les conclusions du Comité des griefs ont été ignorées

Le colonel, qui demeure membre des Forces canadiennes, soutient que le ministère de la Défense porte une lourde responsabilité, car c’est à tort qu’il l’a relevé de son commandement et déshonoré. Bernard Ouellette réclame également réclamé 6,2 millions de dollars de dommages et intérêts ainsi que des excuses.

Alors que cette affaire s’est avéré, aux dires mêmes du Comité des griefs des Forces canadiennes, n’être fondée que sur des « allégations non confirmées » et des « insinuations » et que Bernard Ouellette n’a même pas eu l.occasion de pouvoir répondre à ces accusations, les Forces armées n’ont jamais réparé le tort fait au colonel.

En 2014, le général Tom Lawson, chef d’état-major de la Défense, a rejeté les conclusions du Comité et maintenu la décision d’évincer Ouellette, qui n’a pas eu d’autres choix que de s’adresser à la Cour fédérale.

Cette semaine dans sa décision, la juge fédérale Martine St-Louis a, outre statuer qu’il y avait eu déni de justice, carrément renvoyé l’affaire au chef d’État-major de la Défense, aujourd’hui le général Jonathan Vance, pour qu’il revoit la décision des Forces armées en tenant compte cette fois sur la base des conclusions formulées par le Comité des griefs en 2011.

L’avocat de Bernard Ouellete, Me Drapeau, a pour sa part déclaré mardi que son client espère sa réputation sera restaurée. Depuis sa retraite des Forces canadiennes l’an dernier après 36 ans de service et après avoir été ainsi déshonoré, Ouellette a été incapable de trouver un emploi intéressant, a noté Me Drapeau.