Promesses d’Ottawa d’accélérer l’accueil de réfugiés, encore rien un mois après l’annonce

Le camp de réfugiés syriens Zaatari (Photo: Archives/Brian Sokol/UNHCR)
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Le camp de réfugiés syriens Zaatari (Photo: Archives/Brian Sokol/UNHCR)
Le camp de réfugiés syriens Zaatari (Photo: Archives/Brian Sokol/UNHCR)

Presque un mois après avoir annoncé des mesures urgentes pour accélérer l’accueil de réfugiés syriens au Canada, le gouvernement conservateur n’a toujours pas posé les gestes promis, rapporte aujourd’hui la Presse Canadienne.

En pleine crise,pPressé de toutes parts de venir en aide plus rapidement aux réfugiés syriens et irakiens qui, fuyant la guerre, frappent aux portes de l’Occident, mais ne voulant pas en pleine campagne électorale indisposer son électorat naturel plutôt anti-migrants, le gouvernement conservateur sortant a annoncé le 19 septembre qu’il allait accélérer le traitement des demandes d’asile mais, insistait-t-il, sans compromettre la sécurité des Canadiens.

Le gouvernement sortant promettait que toutes les demandes de réfugiés syriens déjà reçues allaient être traitées «avant la fin décembre» et que 10 000 réfugiés syriens pourraient s’installer au Canada avant septembre 2016, soit 15 mois plus tôt que prévu.

Un mois plus tard, le gouvernement conservateur sortant n’a toujours pas doublé, tel qu’annoncé, le nombre d’employés au pays qui sont à évaluer les nouvelles demandes de parrainage de réfugiés, rapporte la Presse Canadienne sous la plume de Lina Dibb ce vendredi 16 octobre. Les fonctionnaires qui doivent évaluer ces dossiers ne sont encore que 15 en attendant les renforts, rapporte la journaliste, qui ajoute que « Pour ce qui est des agents de visas supplémentaires promis aux ambassades, on continue, au ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration, à parler de leur envoi au futur ».

Une «coordonnatrice spéciale» nommé dans la plus grande discrétion

Le 19 septembre, le gouvernement sortant annonçait également des mesures pour faciliter la communication entre les répondants potentiels et les réfugiés recommandés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), et l’amélioration de la coordination avec des partenaires clés.

Un haut fonctionnaire, promettait-il, serait désigné en tant que coordonnateur spécial des réfugiés syriens avec pour mission de « collaborer avec nos partenaires, des représentants d’autres ordres de gouvernement et des répondants du secteur privé pour veiller à ce que ces réfugiés obtiennent l’aide à la réinstallation dont ils ont besoin ».

Le coordonnateur aurait aussi pour tâche de faciliter la communications « les Canadiens souhaitant secourir les réfugiés avec des organismes de parrainage expérimentés ».

Ottawa a effectivement nommé dans la plus grande discrétion une «coordonnatrice spéciale de la réinstallation des réfugiés syriens et irakiens». Mais, rapporte la Presse Canadienne, mais on ignore le mandat exact de la nouvelle coordonnatrice, Deborah Tunis, qui a quitté sa retraite pour prendre ce poste, et aucun geste concret n’a encore été posé.

Priorité aux Chrétiens

Et, pour compliquer encore davantage les choses, les médias canadiens rapportaient début octobre que, loin de s’accélérer, le traitement de certains dossiers de réfugiés syriens avait été suspendu en juin par ordre du Conseil privé, le bras administratif du premier ministre.

Le bureau du premier ministre avait ordonné la suspension, en juin, du traitement des dossiers référés par le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). Comme cette suspension ne visant pas les réfugiés parrainés par des organismes privés, on en a vite conclu que le gouvernement conservateur avait voulu ralentir l’entrée de réfugiés musulmans sunnites.

Le gouvernement conservateur ne s’est jamais caché de vouloir donner la priorité aux réfugiés syriens chrétiens, un choix dénoncé par plusieurs organismes humanitaires, dont le Comité de la Croix-Rouge.

Selon des sources de l’agence de presse, ce serait le premier ministre sortant Stephen Harper lui-même qui aurait ordonné il y a environ un an qu’on donne la priorité aux réfugiés chrétiens, ce que ses adversaires, le chef libéral Justin Trudeau en tête, ont qualifié de tout bonnement « disgusting », dégoûtant.

Il faut dire que personne ne trouverait acceptable qu’un hôpital fasse le tri des patients, non pas en fonction de l’urgence de leur situation, mais en fonction de leur appartenance religieuse, et cette histoire a fort probablement ébranlé même certains partisans de Stephen Harper.

Bref, sur le dossier des réfugiés, les conservateurs auront réussi à ne pas tenir leur promesse, même avant d’être éventuellement réélus.