Soins de santé pour les réservistes: l’Ombudsman de la Défense tire (encore) la sonnette d’alarme

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À l'abri, l'équipe se protège de l'explosion (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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L’Ombudsman de la Défense a mené une étude examinant les ressources pour fournir des évaluations de santé périodiques aux membres de la Première réserve. (Archives/34 GBC)

L’Ombudsman de la Défense, Gary Walbourne, met en garde contre l’absence de volonté des Forces armées canadiennes de mener des évaluations de santé périodiques pour ses réservistes, qui n’ont, pour 1/3 d’entre eux, pas de médecin de famille.

Fruit d’un partenariat avec le Groupe des Services de santé des Forces canadiennes, l’étude intitulée Faisabilité de mener des examens médicaux périodiques pour tous les membres de la Première réserve examine les ressources mises à contribution pour fournir des évaluations de santé périodiques aux membres de la Première réserve suivant les mêmes normes que celles appliquées à la Force régulière et rend compte de la situation.

Si les membres de la Force régulière sont périodiquement évalués, ce n’est habituellement pas le cas pour ceux de la Réserve.

Gary Walbourne rappelle que la préparation médicale de la Première réserve, «et l’argument plus large du droit des réservistes de bénéficier des soins de santé du MDN/des FAC, est un sujet de controverse depuis plus d’une décennie».

Depuis environ 25 ans, les réservistes des Forces armées canadiennes ont participé à des opérations expéditionnaires dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Afrique, et à des crises humanitaires comme en Haïti et aux Philippines, principalement comme troupes supplémentaires à la Force régulière.

Ils interviennent également de plus en plus lors d’opérations au pays, par exemple, pour assurer la sécurité d’évènements internationaux ou intervenir en cas de catastrophe naturelle. Les réservistes sont parfaitement adaptés aux missions au Canada, car ils sont présents dans les collectivités partout au pays. Les Forces armées canadiennes dépendent ainsi des éléments de la Réserve pour la défense des régions côtières et de l’Arctique.

Selon l’Ombudsman, il existe un «décalage entre la nécessité administrative d’avoir des membres de la Première réserve médicalement aptes et l’obligation de respecter la réglementation médicale».

La Première réserve compte une force totale de 26 777 membres, dont 28 % ont plus de 40 ans.

26 % des membres de la Première réserve n’ont pas de dossier médical à jour. Bien que les réservistes reçoivent généralement des services de santé de la province dans laquelle ils résident, 38 % des sondés n’ont pas de médecin de famille.

La présente étude avait pour but d’examiner et de définir la faisabilité de fournir aux membres de la Première réserve des EMP selon la même périodicité que pour la Force régulière. Selon les
prévisions, entre 4 881 et 6 106 évaluations médicales devraient être menées au cours d’une année donnée pour que les membres de la Première réserve en service de classe A reçoivent des
EMP au même titre que la Force régulière.

Le dossier pourrait devenir explosif, selon M. Walbourne, notamment si un réserviste venait à se blesser ou perdre la vie au cours d’une mission, et que l’on apprenait par la suite que le militaire n’avait pas subi d’évaluation médicale régulière avant d’être déployé.

Il existe plus de trente centres des services de santé des FAC (cliniques et détachements) à travers le Canada. Plusieurs de ces centres ont identifié les éventuelles contraintes budgétaires
auxquelles ils seraient confrontés s’ils devaient effectuer davantage d’examens médicaux périodiques, et le plan d’activités du Chef du personnel militaire pour 2015-2016 a établi que le maintien du niveau actuel des soins de santé entraînera une augmentation des pressions financières.

De plus, sur les 18 ambulances de campagne et/ou détachements au sein de la Réserve des Services de santé seules quatre ambulances de campagne de la Réserve mènent des EMP: Victoria, Vancouver, Winnipeg et Québec.

Plus grave, sur les 18 ambulances de campagne et détachements, 15 n’ont même pas accès au Système d’information de santé des Forces canadiennes (le système de dossiers de santé électroniques des FAC)!

Fournir des examens médicaux à tous les membres de la Première réserve ne sera réalisable que si d’autres mesures sont envisagées. Des recherches préliminaires menées dans le cadre de cette étude ont examiné les options potentielles et le Groupe des Services de santé des Forces canadiennes a également passé en revue d’autres moyens d’évaluer l’état de santé des membres de la Première réserve.

Le Groupe des Services de santé des Forces canadiennes examinera plus en détail les divers moyens d’action afin d’évaluer chacune des options, y compris le montant des coûts, et préparera un rapport de suivi sur ses constatations.

Gary Walbourne conclut en citant Richard Weitz dans The Reserve Policies of Nations: A Comparative Analysis: «Bien qu’il soit coûteux de fournir aux réservistes des soins de santé et autres avantages normalement offerts au personnel de la Force régulière, il est de plus en plus difficile, autant au plan moral que politique, de maintenir le statu quo alors que les rôles des Forces régulières et de réserve sont de plus en plus indifférenciés».